‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 8 sur 215 · FAUSSES DÉCRÉTA LE S. DONATION DE CONSTANTIN · texte numérisé non relu

FAUSSES DÉCRÉTA LE S. DONATION DE CONSTANTIN

$ 2. Les fausses décrétâtes et la donation de Constantin.

Aucun des papes dont il vient d'être question n'a joué un rôle éminent dans l'histoire de l'église ; le couronnement même de Charlemagne fut moins la preuve d'une grande conception politique que du besoin qu'avait Léon III de se créer un protecteur. Gomme évêques de Rome les papes étaient soumis aux empereurs; leur seigneurie temporelle était fondée, mais n'avait pas encore toute son indépendance ; personne en Occident ne contestait la primauté du siège apostolique, mais la suprématie absolue de celui qui l'occupait trouvait encore des contradicteurs. Lorsque, en 833, Grégoire III vint en France pour s'interposer comme médiateur entre Louis le Débonnaire et ses fils révoltés, les évêques du parti de l'empereur le traitèrent comme leur égal, lui rappelèrent son serment de fidélité et le menacèrent de déposition et d'excommunication. Les circonstances n'avaient pas été favorables à des prétentions plus ambitieuses ; d'ailleurs, jusqu'à Nicolas Ie' pas un des papes du neuvième siècle n'aurait eu les qualités requises pour surmonter ces circonstances. Avec Nicolas la papauté se relève et reprend de nouvelles forces. Avant de parler de cet homme remarquable, il faut examiner un ouvrage et un document qui tous deux sont des fraudes , mais qui tous deux seront invoqués pendant longtemps à l'appui d'une extension illimitée du pouvoir pontifical. L'ouvrage est un recueil de décrétales, le document une prétendue donation de Constantin.

Vers le milieu du neuvième siècle on vit paraître une collection de canons de conciles et de lettres décrétales de papes, dont l'auteur est appelé tantôt hidorus mercator, tantôt hidorus peccator, tantôt Isidore tout court. Ce nom signifie que l'auteur, quel qu'il fût, a voulu faire passer son œuvre comme étant de

l'archevêque Isidore de Séville, auquel on attribuait un recueil du même genre, mais non falsifié. Pour distinguer le nouveau recueil, on le qualifie aujourd'hui de Pseudo-Isidore4. Il contient, outre un certain nombre de pièces authentiques, beaucoup de pièces fausses, composées d'éléments tirés de sources diverses ; le compilateur s'est borné à leur donner la forme épistolaire et à y mettre le nom de quelque ancien pape. Ce qui s'y rapporte au dogme, au culte, à la morale, n'est qu'une partie accessoire; le premier et principal dessein de l'auteur est de démontrer l'indépendance des évêques aussi bien à l'égard du pouvoir politique que des métropolitains et des conciles provinciaux. Toute la sollicitude de l'auteur est pour l'épiscopat; il veut mettre les évêques à l'abri de la justice séculière et des poursuites que pourraient diriger contre eux leurs propres supérieurs ; les procédures contre eux sont entourées de tant de difiicultés, qu'une condamnation devient presque impossible. Les conciles devant lesquels doivent être portées les causes ne peuvent être convoqués que de l'agrément du pape ; toute sentence prononcée par un concile réuni à l'insu ou contre la volonté du pape est déclarée nulle ; et lors même qu'un évêque est condamné régulièrement, il lui reste l'appel à Rome. Par ces différentes mesures l'autorité des conciles provinciaux, et par conséquent celle des métropolitains, est diminuée et celle des papes est agrandie en proportion. Il est dit en outre que dans les villes principales il doit y avoir des primats, supérieurs aux archevêques et en relation directe avec les papes. Ces derniers sont appelés évêques universels de l'église ; de la

4 Publié d'abord par Merlin, Tomus primas quatuor conciliorum etc. Ysidoro auctore. Paris 1524, in-f°. Ce texte, assez fautif, fut reproduit en 1853 dans la Patrologie de Migne, T. 230. La première bonne édition critique est celle de Hinscbius, Decretalcs pseudo-isidorianœ et capitula Anyilrarnni. Leipzig 1863.

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