FAUSSES DÉCRÉTALES. DONATION DE CONSTANTIN
suprématie du siège de Rome, fondée sur la primauté de Pierre, on fait découler l'autorité souveraine de leurs décrets et l'obligation de l'obéissance pour toute la chrétienté. La hiérarchie, représentée par l'épiscopat, s'achevant dans la papauté et indépendante des pouvoirs laïques, tel est le système des fausses décrétales ; c'est parla que l'auteur a servi la cause du saintsiège, bien plus encore que celle de l'épiscopat.
11 reste la question : quand et où le recueil a-t-il été composé? L'époque peut être fixée peu avant 8/|7 ; en cette année un diacre de Mayence, Benoît Lévita, acheva une collection de capitulaires, dans laquelle se rencontrent des matériaux pseudoisidoriens. Le lieu de naissance est plus difficile à déterminer ; on a fait à ce sujet des hypothèses diverses ; tout ce qu'on peut dire avec quelque certitude, c'est que les fausses décrétales n'ont pas été fabriquées à Rome, mais dans l'église franque ; là seulement on signale des circonstances qui peuvent avoir inspiré à l'auteur l'idée de commettre sa fraude5. C'est aussi en France, au concile de Chiersy en 857, qu'on a fait usage pour la première fois de quelques-unes des pièces fausses. A Rome, au contraire, on ne parait pas avoir connu le recueil avant Nicolas Ier.
5 Kneist, De fontïbus et consilio pscudo-isidorianœ colleetionis. Gôttingue 1832, in-4°. — Gieseler, 4e éd. T. 2, P. 1, p. 173. — Wasserschleben , Beitrdyc rite Gcschichte der falscJwn Dekretalen. Breslau 1844, et un ai ticle du même dans l'Encyclopédie de Herzog, lre éd., T. 12, p. 337. D'après ce savant, le recueil aurait été fait dans le diocèse de Mayence. Weizsâcker en place l'origine dans le diocèse de Reims ; Hinkmar und Pseudo-Isidor, Zcitsclivift fur hist. Thcol., 1858. Une troisième opinion, moins probable, est soutenue par Langen, dans la Hist. Zeitsclirift , 1882, 3e livr. : l'auteur serait Servat Loup, abbé de Ferrières, chargé en 849 d'une négociation avec le pape, au sujet de la Bretagne, qui cherchait à se soustraire à l'autorité ecclésiastique de l'archevêque de Tours.
Après avoir servi pendant des siècles à justifier le système des papes, les fausses décrétales sont abandonnées depuis longtemps par les catholiques eux-mêmes.
pc PÉR. 771-107:!. CHAP. I. PAPAUTÉ
L'auteur a aussi compris dans sa compilation ce qu'on appelle la donation de Constantin. D'après cet acte, Constantin, aussitôt après son prétendu baptême par Silvestre, aurait donné à ce pape et à ses successeurs les droits politiques et ecclésiastiques les plus étendus, et au clergé romain de grands privilèges honorifiques : la chaire de Saint-Pierre, élevée plus haut que l'empire, doit avoir la suprématie sur les patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérusalem, de Byzance et sur toutes les églises du monde; le pape sera juge en tout ce qui concerne la foi et le culte ; il portera les insignes impériaux ; le clergé romain jouira des distinctions du sénat, il couvrira ses chevaux de housses blanches, et se chaussera de sandales blanches; enfin l'empereur abandonne au pape la souveraineté de Rome, des provinces et des villes de toute l'Italie ou des contrées occidentales6.
Au premier coup d'œil ce document révèle son caractère apocryphe, son origine romaine et son intention. Nous avons dit plus haut. qu'en 777 Adrien Ier avait parlé dans une lettre à Charlemagne d'une donation de Constantin; l'acte lui-même existait-il à cette époque? S'il avait existé, le pape n'aurait pas manqué sans doute de s'y appuyer expressément ; il est plus probable qu'il ne fut composé qu'un peu plus lard, pour fixer une opinion qu'on voulait faire prévaloir7. La constante préoccupation des papes était qu'en Italie leur puissance devait prendre la place,
G Omncs Italiœ seu occidentalium regionum provincias , loca et eivitates. Au onzième siècle on changea seu en et. Dôllinger, Papstfabeln, p. 83.
7 Dôllinger, o. c, p. 76, place la rédaction entre 750 et 775. Langen, Hist. Zeitschrift, 1883, 3'' livr., pense qu'Adrien I" fit composer la pièce au printemps de 778. — D'après Grauert, Hist. Tasclicnbuch. Munich 1883, 4e livr., elle n'aurait été écrite qu'entre 840 et 850 à Saint-Denis. — Bayet, La fausse donation de Constantin, examen de quelques théories récentes ; Annuaire de la faculté des lettres de Lyon, 1884, 1er fascicule ; l'auteur croit que la partie relative à la cession de l'Italie date du commencement de 774, mais qu'elle n'est peut-être qu'une interpolation ajoutée à un texte rédigé déjà sous Paul Ier.