ORDRES CHEVALERESQUES
côte; tous acquirent par donation des propriétés considérables. En 11181e deuxième custode ou procureur de l'ordre, l'ancien chevalier Raymond du Puy, rédigea une règle plus complète, dans laquelle il n'est pas encore parlé d'un but militaire. Bientôt toutefois, entraînés sans doute par l'exemple des templiers, ils ajoutèrent au devoir de soigner des pèlerins malades celui de défendre les chrétiens par les armes. Par une bulle de 1130 Innocent II confirma l'institution sur cette double base. L'ordre fut organisé à peu près comme celui du Temple : à la tête un grand-maître, assisté d'un conseil; des grands-dignitaires; trois catégories de membres, chevaliers faisant la guerre, prêtres, frères servants chargés des hospices. Suivant la patrie des chevaliers, l'ordre fut classé par langues, représentant les provinces; chaque langue eut ses bailliages et ses commanderies ; chacune d'elles devait fournir un des dignitaires, à la différence des templiers, qui prenaient les leurs indistinctement dans leurs diverses provinces.
Les deux ordres se répandirent avec une égale rapidité; partout l'idée de l'union du monachisme et de la chevalerie séduisit les imaginations; des seigneurs de tout rang se firent recevoir au nombre des frères. Dans tous les pays de l'Occident on fit au Temple et à Y Hôpital des donations immenses, on leur céda des châteaux, des villes, des territoires entiers. Les papes leur accordèrent les privilèges les plus étendus. En U54 Anastase IV prit, les chevaliers de Saint- Jean sous la protection immédiate du siège apostolique, les autorisa à établir sur leurs domaines des églises et des cimetières, leur permit de célébrer le culte en temps d'interdit, les exempta de l'obligation de fournir les dîmes de leurs propriétés, et défendit aux évêqucs de les frapper de sentences d'excommunication. Ces mêmes privilèges furent donnés aux templiers par une bulle d'Alexandre III, publiée en 1162. Les rois les affranchirent des péages, des impôts publics et du service du ban.
fi» PÉR. 1073-1294. CHAP. III. MON A Cil I S M E.
Ces franchises, par lesquelles les deux ordres furent soustraits a la juridiction épiscopale et à l'action des gouvernements séculiers, leur constitution si fortement et si habilement organisée, leurs richesses, la renommée de leurs exploits, leur procurèrent une situation qui pouvait devenir inquiétante pour l'église et pour l'état. A peine cinquante ans après leur établissement, ils étaient devenus des puissances, jouant dans l'histoire un rôle des plus importants ; sans eux la domination chrétienne en Orient fût tombée plus tôt. Mais grâce à ce progrès de leur fortune, le côté religieux des deux institutions ne tarda pas à s'effacer, il ne resta en évidence que le côté militaire. En Terre- Sainte templiers et johanniles combattirent aussi souvent pour leur propre gloire que pour la cause du saint-sépulcre; plus d'une fois aussi il éclata entre eux des rivalités dangereuses. Déjà vers le milieu du douzième siècle on se plaignit de leur orgueil et de leur opulence ; on les accusa d'avoir été corrompus par leurs richesses, de piller des églises, de molester les prêtres, de mépriser l'autorité des papes en admettant chez eux des excommuniés, de recevoir des gens indignes, de pactiser même avec les infidèles. En 1208 Innocent III adressa des remontrances au grand-maître du Temple; en 1238 Grégoire IX en adressa à celui de l'Hôpital.
Après la prise de Saint-Jean-d'Acre en 1291, les deux ordres se retirèrent dans l'île de Chypre. Au concile de Salzbourg, tenu l'année suivante, on fit la proposition de les fondre en un seul; elle échoua contre le refus du grand-maître du Temple. En 1309 les chevaliers de Saint-Jean s'emparèrent de l'île de Rhodes ; les templiers s'étaient établis dans leurs possessions sur le continent, où Paris était devenu leur centre.
Un troisième ordre militaire fut fondé pendant le siège de Saint-Jean-d'Acre en 1190. Quelques Allemands, saisis de pitié à la vue des soldats de leur nation, réduits à la misère, se réu-