I 37. ORDRES MENDIANTS
la fondation d'ordres nouveaux, «afin que la trop grande diversité n'introduise pas dans l'église une confusion dangereuse; quiconque veut entrer en religion, doit adopter une des règles établies». Peu après pourtant furent créés deux ordres, destinés à répondre à des besoins qu'Innocent n'avait pas prévus, et à prendre une importance considérable ; ce sont ceux des frères mineurs ét des frères prêcheurs, tous les deux voués à la mendicité. Par leur intention de reproduire la vie des apôtres, ces ordres devinrent dans l'église une puissance nouvelle, l'appui le plus solide de la papauté, sa vraie milice pour la défense et pour la conquête : leur seule arme dut être la parole, leur seul moyen de subsistance la besace; mais ce fut cette simplicité même, aussi longtemps qu'ils ne s'en départirent point, qui fit le secret de leur force. Par eux le monachisme se rapprocha du peuple, il rentra dans le monde, non pour participer à ses intérêts ou à ses occupations, mais pour le diriger dans le sens du catholicisme. Au début de leur existence ils durent former le contraste* le plus tranché avec les clergés séculier et régulier qui, par leurs mœurs mondaines, s'étaient aliéné beaucoup de laïques. Leur création fut un de ces nombreux essais de réforme tentés au moyen âge dans le sein de l'église elle-même; remettre sous les yeux du monde le spectacle de la vie apostolique, d'une vie pauvre et austère, mais active, dévouée, compatissant à toutes les misères, combattant tantôt l'erreur, tantôt le péché, tel fut le dessein des fondateurs; en prêchant «la Parole de Dieu», en appelant les hommes à la repentance, en les raffermissant dans l'unité catholique, les moines mendiants durent consolider l'église, menacée par les sectes et compromise par les désordres du clergé au moment même où sous Innocent III la papauté célébrait ses triomphes les plus éclatants.
François, le fondateur de l'ordre des frères mineurs, naquit en H 82 dans la ville d'Assise, sur le versant occidental des
Ile pék. 1 073-1 2«J1. CIIAP. III. MONACIIISME.
Apennins39. Il ne reçut pas d'autre instruction que celle qu'on donnait alors aux enfants laïques; doué d'une vive imagination, il se livrait à toute sorte d'excentricités. Une maladie le fit rentrer en lui-même; à l'âge de 25 ans, pendant un séjour dans une grotte non loin d'Assise, les idées qui le préoccupaient prirent la forme de rêves, de visions, de voix célestes ; il se crut appelé à renoncer au monde. S'étant brouillé avec son père, qui était un marchand riche, il quitta la maison paternelle sans rien emporter. Pendant quelque temps il mena une vie errante, mendiant sa subsistance ou rendant les services les plus méprisés. En 1209, ayant entendu dans la petite chapelle de Portiuncula, qu'il avait érigée au moyen de collectes, la lecture de la péricope Matthieu X, il crut avoir découvert le but de son existence : redevenir comme un apôtre, sans s'inquiéter du lendemain. Dès lors il prêcha la pénitence dans les rues d'Assise, raillé des uns, admiré par d'autres. Le 16 mai deux jeunes bourgeois imitèrent son exemple, donnèrent leurs biens aux pauvres et se joignirent à lui. Ce jour passe pour celui de la première fondation de l'ordre. Les trois frères, auxquels bientôt s'associèrent quelques autres, se bâtirent des cabanes près de la chapelle de Portiuncula ; ils n'en sortaient que pour mendier et pour prêcher. Quand ils furent au nombre de huit, François les envoya deux par
39 Biographie de saint François : par Thomas de Célano, 1229. complétée en 124G par les très socii Léo, Angélus et Ruffinus ; Acla Sanct., octobre, T. 2, ]>. G83; par Bonaventure. o. c, p. 742. — S. Francisci opéra. Paris 1041, in-f°; Cologne 1849. — Chavan de Malan, Histoire de saint François. 4e éd. Paris 1855.
— Hase, Franz von Assisi, ein Heiligenbild. Leipzig 185G; trad. par Berthoud, Paris 18G4.
La règle de l'ordre, Holstenius T. 3, p. 30. — Bullarium franciscanum, cum supplemento. Rome 1759, 5 vol. in-f". Wadding, Annales minorum. Lyon 1625, 8 vol. in-f°; nouv. éd., continuée, Rome, 1731 à 18G0, 25 vol. in-f°.
— Wadding, Scriptores ordinis minorum. Rome 1550, in-f°. — Sbaralea, Supplementum et castigatio ad Scriptores minorum Waddingi. Rome 1806, in-f».