‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 93 sur 215 · II» PÉR. 1073-120 1. CHAP. III. MONACHISME · texte numérisé non relu

II» PÉR. 1073-120 1. CHAP. III. MONACHISME

et sans payer aux curés les taxes accoutumées. Ces droits étaient des empiétements sur ceux des prêtres paroissiaux ; non contents d'en user, les frères fort souvent en abusaient; ils se montraient plus indulgents dans le confessionnal, dictaient des pénitences plus faciles, donnaient plus aisément l'absolution, accusaient les prêtres séculiers d'être ignorants, incapables de résoudre les cas de conscience compliqués. Par ces moyens ils réussirent à exercer plus d'influence que les curés ; ceux-ci se virent abandonnés, diminués dans leurs revenus autant que dans leur autorité. 11 s'établit ainsi entre les deux clergés une hostilité qui dura depuis le milieu du treizième siècle jusqu'à la lin du moyen âge ; il n'y a presque pas de ville où il n'y eût des querelles, incessamment renouvelées, entre les ordres mendiants et les curés; les droits de ces derniers étaient généralement sacrifiés, lors même qu'on faisait intervenir les papes.

D'autres conflits éclatèrent entre les moines et les magistrats, à cause de privilèges qui lésaient les droits des citoyens. En 1265 Clément IV accorda aux frères le droit de succession, comme s'ils étaient restés séculiers; seulement, comme chacun individuellement avait fait vœu de pauvreté, c'était l'ordre qui devait hériter des biens. Les moines continuaient de mendier, mais les ordres devenaient des propriétaires, pourvus de franchises que n'avaient pas les églises et qui menaçaient d'enrichir les monastères au détriment des familles laïques. Les magistrats ne voulant pas tolérer cet état de choses, il arriva plus d'une fois que des couvents furent fermés et les moines expulsés.

La même hostilité contre les ordres mendiants se manifesta, sous une autre forme, dans l'université de Paris. Là les dominicains obtinrent en J230 une des douze chaires de la faculté de théologie; bientôt après les franciscains en obtinrent une à leur tour. Il en résulta des contestations avec les régents sécu-

g 38. PRIVILÈGES ET CONFLITS.

tiers, jaloux des succès des frères qui, de leur côté, alléguaient leurs privilèges pour refuser l'obéissance aux lois de la corporation. Dans l'ardeur de la lutte, le docteur en Sorbonne Guillaume de Saint-Amour attaqua l'institution même des ordres mendiants; il écrivit à ce sujet plusieurs traités, dont le plus important, rédigé en 1256, est celui de periculis novissimorum temporum**; sans y nommer les ordres, il les désigne assez clairement pour qu'aucun lecteur ne pût s'y tromper; il dit entre autres que la possession de biens temporels n'est pas condamnable en soi, que la mendicité, loin d'être un signe d'humilité, favorise l'orgueil et la paresse; que Jésus et les apôtres ont été pauvres, mais qu'ils n'ont pas été des mendiants ; que dès qu'on possède des biens et qu'on accepte des legs, la pauvreté n'est plus qu'une fiction ; qu'en usurpant les droits du clergé séculier, on devient pour l'église une cause de désordre.

Le dominicain Thomas d'Aquin et le franciscain Bonaventure prirent la défense des deux institutions 44 ; ils soutinrent que la pauvreté est un précepte évangélique, que le clergé séculier ne suffit pas aux nombreux besoins de l'église, que nul mieux que le moine mendiant ne peut connaître les misères du peuple, que nul aussi ne doit être plus irréprochable dans ses moeurs^ puisque nul ne dépend autant que lui de l'estime et de la libéralité publiques ; qu'enfin leur propagation prouve assez leur mérite. Cependant Bonaventure, qui n'ignorait pas que plus d'une des

1; Opéra. Constance (Paris) 1632, in-4\ — Uist. litt. do la France, T. 19, p. L97; T. 21, p. 468. — Corneille Saint-Marc, Étude sur Guillaume de Saint- Araour. Lons-le-Saulnier 1865,

** Thomas d'Aquin, Opusauluvn contra impugnanter dei cultumet reliyionem. Opéra, éd. de Panne, T 15, p. 1. — Bonaventure, Libellus apologeticus in cos qui ordini fratrum minorum adversantùr. Opéra, éd. de Lyon. T. 7, p. 346. Depaupertate Christi contra mag. Guillelmum. L. c., p. 358. Dans le même vol. quelques autres traités sur le même sujet.

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accusations portées contre les religieux était fondée, adressa en J257 aux couvents de son ordre, dont il était le général, des remontrances pour prémunir les frères contre l'oisiveté, la cupidité, le vagabondage, les empiétements sur les droits des prêtres séculiers. Auparavant déjà Innocent IV avait dû céder à l'opinion publique; en 1254 il avait publié une bulle, qui restreignait sur quelques points les privilèges des ordres. Mais dès l'année suivante Alexandre IV avait rétabli ces privilèges dans toute leur étendue. Quand Thomas d'Aquin vint à Rome pour se plaindre de Guillaume de Saint-Amour, le pape condamna les écrits de ce dangereux adversaire.

Unis pour la défense de leurs intérêts communs, les deux ordres ne l'étaient plus quand il s'agissait de leur influence respective. 11 y avait entre eux une jalousie ardente; pour se disputer les fidèles, l'un se vantait en rabaissant l'autre. En 1255 et en J 278 les deux généraux publièrent des exhortations à la concorde, sans réussir à faire cesser la rivalité. Celle-ci se produisit même, comme on le verra plus loin, dans la manière dont les docteurs des deux ordres ont traité quelques dogmes.

§ 39. Les ordres mendiants, suite. Scission dans l'ordre des franciscains.

Il a été dit plus haut qu'encore du vivant de François d'Assise il s'était manifesté parmi ses disciples deux tendances par rapport au principe de la pauvreté, l'une plus rigoriste, l'autre plus indulgente. Cette dernière prévalut une première fois, aussitôt après la mort du fondateur. Elie de Cortone, élu général par le chapitre de 1227, possédait à un plus haut degré que son maître l'esprit de gouvernement; il pensait que la règle ne pouvait être suivie à la lettre que par des saints. Antoine de Padoue lui

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