‹ Précis de l'histoire de l'Église réformée de Paris d'après des documents en grande partie inéditsChapitre 105 sur 120 · DE L EGLISE REFORMEE DE PARIS. LXIX · texte numérisé non relu

DE L EGLISE REFORMEE DE PARIS. LXIX

déjà écrit à noire frère, M. liourgoin. Gemmes est relenu (l;iiis son cachot et il n'est point cité. Deux adolescent?, dont j'ni déjà écrit à M. Bonri^oiii, Inùleiit do combattre. Mais un autre Iburbe, nommé d'Espense, nous menace; les yeux de tous les semichrétiens sont tournés vers lui , cl c'est à cause de lui que bien des personnes nous accusent, parce cpi'il se donne pour évangélique. Un des noires ayant été interrogé et ayant répondu qu'une seule et même règle avait été prescrite à tous par les paroles de Christ : buvez-en tous, «que répondrez-vous à ces nombreux passages, répartit-il, où il est dit que les apôtres ont « rompu le pain d chaque fois qu'il était question de la sainte Cène, et où il n'est fait aucune mention de vin ?» Sans doule le traître voulait établir par là qu'alors déjà on ne communiait que sons une seule espèce. Priez seulement pour que les autres restent fermes ; il n'en reste d'ailleurs plus que neuf. On leur a demandé s'ils n'avaient pas assisté aux assemblées , et comme ils ont nié , ou comme on ne pouvait pas le leur prouver, ils ont été envoyés sans autre interrogatoire à l'évêque. Jlais là quelques-uns confessèrent ouvertement leur foi et refusèrent de demander son absolution. Il y a huit ou dix jours, l'un a été amené ici d'Orléans, en ayant appelé au Parlement, parce qu'il avait été condamné au feu. Celui-ci, je l'espère, effacera le scandale qu'a provoqué hier la défection d'un autre. Car le précepteur des enfants de M. de Rambouillet s'esl rendu en plein jour, une torche à la main, à Notre-Dame; dès le commencemeni, il ne promellail rien de bon, dit-on, et je m'étonne beaucoup qu'on l'ait gardé si longtemps en prison. Dans ces temps d'afflictions, la seule consolation pour la plupart c'est la conscience d'avoir fait plus ou moins leur devoir. Quant à moi, je m'efforce de les préparer de mieux en mieux au combat, afin qu'ils défemlent plus vaillamment la cause de Christ s'ils sont appelés à la lutte. Un grand nombre reprend courage, et les réunions commencent à être plus fréquentes. Le roi de Navarre ne tardera pas à arriver à la cour, s'il ne s'y trouve pas déjà. Je lui ai écrit au nom de tout le corps et je lui ai envoyé vos dernières exliorlaiions au sujet de la religion. Le baron de la Regnaudie , qui se rend auprès de lui, les lui remetlra demain. H a reçu une lettre du roi de Navarre, dans laquelle il lui recommande expressément d'attendre son arrivée. Et puisqu'il est question du baron, j'ai à vous piier, Monsieur, en sou nom, de dire à M. Viret qu'il doit féliciter sa femme, parce qu'il a obtenu du roi plus que personne n'aurait espéré, pour tout dire en un mot et pour ne pas vous arrêter irop longtemps. 11 votis présente à tous ses salutations. Celui pour lequel notre frère Salicet est pirli naguère pour les frontières de la Belgique, s'esl rendu en Bretagne, en compagnie de Gaspar {Carmel), comme je vous l'ai dit. Il a laissé ici des lettres à l'adresse de M. Villetnonge, de Salicet et de Gratien, avec dix pisloles que M. Yillemonge doit faire rcmellre à Gratien. Si je puis les faire parvenir avec celle lettre par la poste, je les enverai; sinon, l'attendrai qu'il se présente une occasion silre. Quant à M'"* de ifarqu. , je ferai ce que vous m'avez prescrit. Avant-hier et les jours précédents j'ai remplacé auprès d'elle M. de Collon. Elle a reçu de joyeuses nouvelles de son iils. Je ne puis répondre maintenant à M. de Normandie, Dites-lui, Monsieur, que je ferai tout ce qu'il me sera possible de faire pour lui. J'ai reçu déjà deux ou Irois fois des lettres de nos frères de Dieppe et de Rouen. La cause de Christ y fait de grands progrès, et le nombre des lidèles augmente de jour en jour. M. Char lier, qui a été au Brésil, vous prie de répondre le plus tôt possible à ses demandes, alin qu'on ne le soupçonne pas de mauvaise foi on de négligence si le vaisseau aborde sans réponse. Dès qiie j'aurai plus de temps, j'écrirai à Jonvillers au sujet de M"'« de Ranl/gny; elle se cache encore, aussi longtemps que ses parents seront tellement emportés. Les nouvelles de la guerre ne présentent rien de nouveau. Ou croit que le roi a de fortes garnisons dans chaque ville. L'armée de Philippe, composée de vingt mille hommes, se disperse sur les frontières de la Belgique. On parle vaguement de la paix; mais il n'y a rien de certain, et ces bruits paraissent d'autant plus vains, que des deux côtés on fait de sérieux préparatifs pour la guerre. Voilà les nouvelles du jour. Adieu, très-chers frères et vénérables seigneurs.

Paris, 6 mars.

Je n'ai pas encore vu mes collègues pour leur présenter vos salutations ; mais je le ferai l'un de ces jours. .M. de la Rivière, avec lequel j'ai vécu jusqu'ici de la manière* la plus agréable, est malade ; il vous salue respectueusement.

Votre tout dévoué, J. Rachamls.

LXX PHKC.IS I»F. I. IlISTOir.F

WIII.

s. A poslreniis nostris ad vos litteris, in statu Jiostro iiihil est novi. Captivi

quatuor invicti perstant. Seorsini collocali sunt in suis speluncis ut jani scripsi.

Crobi'û invisnntur a nostris, ijuare non usque adeo diflficilis est adilus ad ipsos.

Singuli lucrifeeerunt latrones qui in iisdcin antris agunt. ^unc accopi litteras ab

uno ipsoruni quae niirani constantiani prie se feruni. Mane Navarrenus convenit

pnesidenteni (de Thou) qui pollicitus est se crastino die interrogaturuni ipsos,

cupere se ut sinipliciter respondeant. Quod .Xavarrenus hoc tam sedulo agit litteras

principum in causa esse existimo. Vidi enim exemplar ubi diristiane ipsum hor-

tantur ad studiuni pietatis. .\ec taïuen ipsi proposituin est aperire Régi quid sentiat

de religione. et praîler quam quod pusilli aninii est . Cardinalis illi terroreni non

exiguum objicit, afflrmans si de hac re Régi mentioneni faciat, auditurum ex eo

quod ipsi suniniopere displioeat, nec latere Regem quantas ubique turbes conei-

taverit ejus concionator ad ooniniovenduui totuni regnuui. Littene principum ad

regem nondum pervenerunt, niiror quie causa sit tanlie dilationis. Cardinalis in-

terea nihilo remissius saevit in nostros; nuper enim cum intellexisset in oppido

Normandiae (Sainct Los) niagnam partem civium more nostro vivere , commisit

negotium cuidam perdito qui lilium ducis Orga'i cum sexaginta equitibus misit

in oppidum; hactenus tamen non infeliciter pro nostris cessit expeditio . sicut

cognosces ex lilteris rainistrorum ad nos, quarum exemplar ad te mitto. ut si

per otium liceat, ipsos confirmes et siiiml consilium des quid faciendum ipsis in

posterum censeas. Accensa adliuc est, ut vides, liostium rabies ; attamen rumor

estPhilippi exercitum esse validissimum ; certum etiamestmultas Angiorum naves.

circum Dieppam et vicinos portus vagari. Caidinalis Perronam mox profecturus

est ut conveniat matrem ducis ].otliaringi:e; jactat sibi pacem esse in manu vel

in marsupio. Hex die Jovis hinc migrabit Villecotraeum. Riuerius hortatu nostro

rusticatuui abiit ad mensem unum. .Nos intcrea valemusDei gralia, et laboranuis

pro viribus. Frenellius, medicus regius, discessit e vita. Successor élus est

quidam Parisinus cui cognomen est Capellanus, si forte noris hominem. Sed

luec ad vos pertinent? Quare restât ut me vestris prccibus, fratres observandis-

simi, plurimum commendem, id quo ex animo, et simul ipse summo studio precor

Dominum lesum ut piis vestris laboribus bencdicere pergat.

Cal. Mai). Lutetiœ.

Vobis obsequentissimus.

lo. Rachamis.

Traduction.

S. Depuis nos dernières nouvelles, rien n'est changé dans noire silualion. Quatre (les caplil's sont restés constants ; ils ont été emprisonnés séparément dans leur cachot, conmii^ je l'ai déjà écrit. Les nôtres les visitent souvent, car jusqu'à présent il n'est pas difliciie d'avoir accès auprès d'eux. Quelques-uns ont même gagné les voleurs qui vivent avec imix dans les mêmes cacliuls. Je viens de recevoir une lettre de l'un d'entre eux, et elle témoigne d'une constance admiiahie. Ce matin . le roi de Navarre s'est rendu auprès du jirésident (De Tliou) , qui a promis de les interroger demain, désirant qu'ils donnent les réponses les plus simples. Je crois qu'il fisiU Mlrihiier

DE L KCIFJSE r.KFORMKr: DE l'AIilS. TAXI

celte aclivité du roi de Naviirre à la lettre des princes allemands; car j'ai vu une copie de celte lettre, dans laquelle ils l'exliorlent, en vrais chrétiens, à la piété. Cependant il n'ii pas l'intention de déclarer au roi ses sentiments par rapport a la religion, et ouire son peu de courage , le cardinal de Lorraine ne lui inspire pas une petite frayeur en lui aiTirniant que s'il parlait de. cette affaire au roi, il entendrait du rui luimême combien elle lui déplaît; que d'ailleurs le roi n'ignorait pas quels troubles son prédicateur avait soulevés dans tout le royaume, i^a lettre des princes allemands n'est pas encore parvenue au roi ; je suis curieu.x de connaître la cause de ce délai. En attendant, le cardinal ne cesse pas de sévir contre les nôtres; car dernièrement, ayant appris que dans une ville de la Normandie (Sainct-Los) une grande partie des citoyens vivaient de notre façon, il confia aussitôt celte alïaire a un mauvais garnement , qui envoya dans celle ville le lils du duc de Lorr/es , avec soixante cavaliers. Toutefois , celle expédition n'a causé aucun dommage aux nôtres, comme vous pouvez l'apprendre par la lettre que nous ont adressée les ministres , et dont je vous envoie une copie, alin que vous les encouragiez, si vous en avez le temps, el que vous leur conseilliez en même temps ce qu'ils vous sembleraient devoir faire à l'avenir. Vous voyez cpie la rage des ennemis n'est point encore éteinte ; mais le bruit court que l'armée de Philippe est très-forte et que des vaisseaux anglais stationnent devant Dieppe et les ports voisins. Le cardinal pnrlira prochainement pour Perrone, afin de traiter avec la mère du duc de Lorraine ; il se vante d'avoir la paix dans ses mains ou dans sa bourse. Le roi partira d'ici jeudi prochain pour Villecôlereis. iM. de la Rivière, sur nos exhortations, est parti pour la campagne durant un mois, Grùce à Dieu, nous nous portons bien el nous travaillons de toutes nos forces. Le médecin du roi, Fertiel, est mort. Son successeur est un certain l'arisis , surnommé Chapelain. Peul-ôlre coiuiaissez-vous cet homme? Mais tout ceci n'a aucun intérêt pour vous. Il me reste donc à me reconunander h vos prières, mes vénérables frères; de même (pie je prie de tout mon C(eur le Seigneur .ïésus de vouloir bénir ii jamais vos [lieux travaux.

V' mai. Paris. Votre tout dévoué

Jo. !{.\<:nAMus,

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