DE L EGLISE REFORMEE DE PARIS. XV
cur et absolument privé d'air : ils respirent constamment les émanations de leurs excréments. Mais l'inhumanilé est bien pire envers celui qui est jelé dans une fosse en entonnoir appelée la Poche d'IIypucras. Ne pouvant ni rester debout, ni s'asseoir, ni se coucher, il est poussé peu à peu au désespoir. La malpropreté, la moisissure, la mauvaise odeur suffiront pour les achever tous, si le Seigneur ne vient pas à leur aide par quelque miracle. ïu sais déjà , je crois, avec quelle indignilé on a dépouillé de leur argent cl blessé les prisonniers de Blois; eh bien ! il est défendu de leur fournir pendant quelques jours un remède pour leurs blessures, et aucun juge n'a instruit conlre les auteurs d'un pareil forfait. Quelle dé|)lorable tyrannie, n'ayant pas même la moindre apparence de justice ! Voilà vraiment le zèle de la sainte mère , et la clémence ponlilicale ! A ces maux vient s'ajouter un récent édit par lequel ou distribue la ville entre soixante commissaires : ils vont de maison en maison, ordonnant aux propriétaires de questionner les personnes qu'ils logent; si l'on découvre ainsi quelque locataire luthérien , on le punit. Que cette n)esure s'exécute non-seulement dans cette ville, mais dans tout le royaume, et aucun (idèle ne pourra plus y rester. Au milieu de ces calamités, nous nous occupons sans cesse de noire émigration. Nous avons beau regarder de tout côté , nous n'apercevons que l'Angleterre et le tout petit territoire de Navarre qui puissent nous recueillir; car votre ville ne saurait recevoir une telle multitude. Mais nous connaissons à fond la lâcheté du roi de Navarre: s'il a renvoyé par peur le précepteur de son lils, comment protégerail-il de pauvres exilés? Et quant à l'Angleterre , par suite de la prise de Calais et des guerres antérieures , que n'a terminées aucune paix , mais une simple trêve pour peu d'années, elle nous est grandement ennemie. Nous savons trop bien qu'elle n'est nullement disposée à nous accorder charitablement un asile. Où donc nous diriger? Que le Seigneur nous recueille dans son ciel , puisque la terre nous repousse !
M""' deUoye, une de tes compatriotes, est une véritable héroïne. Comme elle s'appitoyait sur notre sort devant la reine-mère, et qu'elle rappelait la mort étrange qui a frappé le roi au moment où il nous persécutait le plus cruellement, la reine s'écria : Comment ! j'entends dire qu'il n'existe aucune race plus haïssable. M'"^ de Koye répondit qu'il est facile de nous imputer n'importe quoi, puisque personne ne peut nous défendre. Si la reine, ajoula-t-elle , nous connaissait mieux nous et notre cause, elle en jugerait tout autrement. Celle-ci en vint à dire, dans le cours de la conversation qu'elle désirerait entendre l'un de nous, surtout Chandieu, dont on parle tant. Ce serait facile s'il pouvait arriver librement, répondit M""^ de Roye, mais je craindrais d'exposer un pareil homme à des périls. La reine affirma qu'il ne courrait aucun danger de sa part, mais elle exprima le désir qu'il vînt dans le plus grand secret , et indiqua comment cela pouvait se faire. Sur-le-champ , M'"« de Hoye nous le lit savoir par un exprès à cheval, nous conjurant de ne pas laisser échapper une pareille occasion. C'est à tort, disait-elle, qu'on a cru que la reine avait déjà lu des livres pieux et entendu des hommes savants et vraiment chrétiens ; qu'elle ait une conversation avec notre Chandieu , et il est à espérer qu'elle changera d'avis et nous deviendra favorable. Dans le consistoire qui fut aussitôt convoqué, on débattit longtemps le pour et le contre; enfin, La Roche-Chandieu ayant courageusement déclaré être prêt à faire cette démarche, on décida d'essayer ce qu'il pourrait obtenir de la reine. Après avoir invoqué l'aide du Seigneur, nous l'avons donc laissé partir, ce qui jn'a plongé dans une grande anxiété. Nous attendons maintenant le résultat de cette périlleuse démarche. Que notre miséricordieux Jésus daigne la couronner de succès, et qu'il te conserve sain et sauf pendant de longues années, très-excellent père. J'envoie mes meilleures salutations à tous nos collègues, — Il sept. I5î)9.
Ton fils très-obéissant, Fr. de Mouel,