VIII. CALVIN A BULLINGER
Eglise de Paris. — Visites inquisitoriales. — Résistance armée. — Premiers
vioiivemenls dans les jjrovinces.
(Bibliothèque de Leyde , orig. aulogr.).
(Fragment.)
....Ardet nunc Lutecise saevior quam hactenus visa fuerit hostium evangelii crudelitas. Totani urbem obire jussi sunt commissarii ac domatim inquirere quoraodo se quisque gerat , an raissas omnibus diebus festis audiant. Pénétrant non solum in cubicula sed usque ad lectos, arcas, scrinia, ut niox in carcerem rapiant apud quos libruni suspectuni deprehenderint. Excussa tota supellectili denunciant patribus faniilias psene fore obnoxios si quera apud se Luthericuni habere reperti fuerint. Singulis quoque viciniis severe injunguntur ut alii alios sedulo observent, si quis cessaverit in hoc officio pœnas negligentiœ daturus. Hoc prgetextu jam tedes non pauce expilatœ sunt. Contigit autem nuper facinus quod rabiem hominuni niagis accendet. Prandebant in diversorio quindecim viri nobiles, aut circiter. Advolat commissarius. Perrumpunt apparitores per fenestras. Quum tuniultuose et hostiiiter res gerebatur, exteri hospites gladiis exertis vim repellere cœperunt. Occisus est unus apparitorum , complures mutilati. Ita nisi mature Deus occurrerit, nullus erit fundendi sanguinis raodus. In vincula conjectus est longe major hominum numerus quam ante biennium. Teterrimse prœsertim fovese miseris hominibus refertas sunt. Citantur subinde multi per compila praeeunte tubie sonitu. Rapiuntur absentium bona. Fidèles in Provincia a privatis hominibus impetiti vi et gladiis ceperunt se defendere. Hactenus fuerunt superiores, paucis occisis, quum omnes ad unum possent delere. Normannos hactenus continuimus, sed valde timendum est si immodice premantur ne ipsi quoque ad arma prosiliant. Rogandus ergo Deus ut admirabili sua bonitate et sapientia fluctus adeo turbulentes componat. . . .
Genevae 3 nonas octobris 4559. Joannes Calvinds tous.
Traduction.
La cruauté des ennemis de l'Évangile sévit plus que jamais à Paris. Des commissaires parcourent la ville de maison en maison, s'informant de la conduite de chacun et s'il entend la messe tous les jours de fête. Ils ne fouillent pas seulement les chambres à coucher, mais les lits , les armoires, les buffets , afin de traîner eu prison ceux chez qui l'on trouverait un livre suspect. Après avoir examiné lout le mobilier, ils déclarent au chef de famille qu'il sera considéré comme coupable si l'on trouve chez lui un luthérien. Dans chaque quartier on enjoint sévèrement aux habitants de s'espionner avec soin les uns les autres , et celui qui faiblit est puni de sa négligence. Un événement récent va encore accroître la rage de ces gens. Une quinzaine de gentilshommes étrangers dînaient dans une auberge. Un commissaire accourt; ses sergents pénètrent par les fenêtres. Au milieu de cet envahissement hostile, les gentilshommes tirent l'épée et repoussent les agresseurs: un sergent a été tué, plusieurs blessés. A moins que Dieu n'y mette ordre, le sang sera donc versé a torrents. Le nombre des captifs est beaucoup plus grand qu'il y a deux ans , et c'est surtout dans des fosses horribles que l'on jette ces malheureux. La foule s'assemble soudain dans les carrefours au son de la trompette, et elle pille les biens des absents. En province, tous les fidèles,
DE L EGLISE REFORMEE DE PARIS. XVIl
élanl assnilli'; p:<r des parlioiiliers, ont commencé à se ilérendre par l'épée. Jusqu'il préseiU ils l'ont emporté, ayant perdu peu de moiuie, quoiqu'on eùl |)u les écraser d'un coup. Nous contenons encore ceux de Normandie, mais, s'ils sont irop lourmentés, il est grandement à craindre qu'ils ne reconronl aussi aux armes. Prions Dieu que, dans son admirable bonté et sagesse, il apaise; les (lots courroucés.
Genève, 5 octobre 1.559. .Ii;a>- Cai.vi>-,