IX. CIIANDIEU A CALVIN
Eglise de Paris. — Confession de foi des Eglises réformées. (Adressée ii M. d'Espeville.)
Monsieur, J'ay receu la lettre quil vous a pieu mescrire, et lune Dieu de vous voir eslongné de la mauvaise opinion que je pensois eussiez conceu contre moy. Et cela n)a servi de rafraischissement en ma fièvre, laquelle mayant saisi depuis quelque temps, ma assez tourmenté, et mesnie à présent mempesdie de vous escrire de ma main. Mais j'espère, Dieu aidant, en estre délivré bien lost, vous priant mavoir en vos prières pour recommandé , et ensemble estre asseuré de plus en plus du désir que jay de cheminer en toute Intégrité en ma charge, et aussy de vous faire service où jen auray le moyen. Quant aux nouvelles, j'estime que Monsieur de la Rivière vous en escrit, et principalement des lettres du Duc de Wirttemberg au Roy de Navarre pour mettre en France la Confession d'Augsbourg^, qui sont les menées du Cardinal de Lorraine par le moyen d'un Balduin que congnoissez. Or le Roy deNiivarre a eu cela de bon d'en donner charge à un certain homme de bien pour en faire la response, et cestuy là mayant prié d'en dresser quelque mémoire, j'en fis ce que ma maladie men put permettre. La somme revenoit là que des longtemps il y a une confession de foy en France, faite du temps des plus grands feux, arrestée en un synode de tous les ministres de France, confermée par un autre subséquent-, scellée par le sang de beaucoup de martyrs, et en si grande authorité et recommandation envers tous les fidèles de France quil est non seulement malaisé, mais du tout impossible leur en faire recevoir une autre. .loint aussi que L'onsieme de Juin dernier, les députes de toutes les Eglises de ce Royaulme présentèrent au Roy la dicte Confession, s'olfrant à la maintenir par la parolle de Dieu, tellement qu'icelle confession est le fondement de toutes les délibérations qui ont esté prises pour le faict de la Religion . et qui ensuyvront cy après. Et quant à ce que le dict Sieur Duc met en avant touchant la présence du corps de Jésus Christ en la Cène, le Roy de Navarre n'ignore pas la difficulté qui est entr'eux touchant ce point, comme il est mesmement apparu en leur dernière journée de Nunebourg, et quil desireroit grandement que cela fust pacifié, tant en Allemagne que par toute la chrestienté , s'olfrant de son costé à tout ce qu'il pourra pour une saincte conjunction de tous. Toutes fois il nestime aucunement estre besoin faire apparoir à nos adversaires quil y ait aucun différent entre ceux qui
1 Voir la lettre de Calvin au roi de Navarre, Correxp. française, t. Il, p. 420. ^Celui de Poitiers (mars 1360).
XVllf PRECIS DE L IIISTOIHE
font profession de l'Evangile, pour les scandales qui s'en poiirroyent ensuivre. Mais aussitost que par la grâce de Dieu, l'Evangile aura prins plus de racine en Erance, il promet au Sieur Duc nioyenner un si bon accord entre tous quil redondera à la gloire de Dieu et édillcation de son Eglise.
Voilà le sommaire de mes mémoires. Je ne scay ce qui en pourra advenir. Il nie semble quil seroit bien expédient que prinsiez la peine d'eserire au Uoy de INavarre touchant cecy, et entr'autres choses ladvertir quil ne scauroit faire un plus grand trouble en France que s'il faict mettre en avant ceste confession d'Augsbourg. Et mesme si pour le parti de l'Evangile, il prend autres que ceux qui s'accordent à nostre confession, et autres choses que verrez estre propres à cela. Le Colloque n'est pas encoie commencé. Je ne scay qve vous escrire autre chose, sinon mes très humbles recommandations et sainctes prières, priant Dieu, Monsieur, vous donner avec sa grâce raccomplisscment de vos saincts désirs, de Paris ce 22 juillet 15(31.
Vostre humble et obéissant serviteur,
La Croix {pseudoiifinie de Cuanimeu).