XXXYI PRÉCIS DE L HISTOIRE
parle noire lettre, qui , à notre grande joie, a obtenu votre assentiment. Pour ce qui concerne le vidame de Chartres, je ne me charge point de défendre sa cause, comme je vous l'ai déjà écrit ; je ne puis que i'excns(?r de ce qu'il ne nous a pas donné de nouvelles de nos ennemis. Car le neveu de Villeyagnon a refusé de lui remettre des lettres, craignant de s'e.\poser à un danger si l'on venait à découvrir que l'Evangile est prêché dans ses terres. Je ne vous demande pas encore d'entrer dans ses vues, car nous espérons qu'il cherchera sous peu des nouvelles de nos frères, si toutefois ceux qui ont promis d'en prendre soin ne nous trompent pas.
Le contenu de voire seconde lettre me donne une raison suflisanle de louer et de remercier Dieu de ce que , grâce a son inspiration , notre conseil (de Genève) a résolu de donner à sa cité un nouvel ornement en y instituant des professeurs de langues, pour en faire une école d'hommes pieux et savants. J'ai remis à Le Mercier vore lettre le jour même où j'ai reçu le paquet. J'ai des preuves certaines qu'elle lui fait plaisir; néanmoins, quoiqu'il soit homme intègre et candide, je n'ai pu connaître encore sa volonté. Tantôt il dit que telle a été son intention depuis huit ans, tantôt qu'on lui doit la solde depuis trois ans; qu'il a de nombreuses affaires tantôt ici, tantôt là, lesquelles il ne peut terminer qu'avec beaucoup de difficultés et très-lentement, tantôt il craint que sa femme ne s'y oppose , et cependant elle désire ce départ depuis longtemps. Son esprit chancelle et hésite sous l'influence de mille raisons, qui tantôt l'encouragent, tantôt l'effraient. Je me suis efforcé à lui faire prendre enfin une résolution à notre avantage. Je lui ai montré vos lettres , qui parlent de lui dans les meilleurs termes : je l'ai exhorté à prendre une résolution au milieu de ces troubles; je lui ai dit que s'il enseignait devant un auditoire moins nombreux et moins brillant, il est vrai, il consacrerait cependant son travail avec nu immense succès à l'avancement de toute l'Eglise; et si même il ne trouvait pas la même foule dans notre école qu'à cette académie, il y trouverait cependant d'autres avantages, qui lui conviendraient mieux. Je lui ai de nouveau parlé aujourd'hui, afin que je puisse vous annoncer sa décision quelle qu'elle soit. .Mais je n'ai rien pu tirer de lui , sinon qu'il n'ose rien promettre : c'est là son éternelle réponse. Toutefois, il m'a dit que sa femme ne s'opposerait pas à son départ, dont il lui avait déjà parlé; si vous le sollicitez de nouveau pendant qu'il hésite, peut-être le gagnerez-vous à vos projets. En tout cas je ferai pour ma part mon possible auprès de lui. Puisque vous me recommandez de m'enquérir d'un professeur de grec, je tâcherai de trouver un homme capable. Ici il nous en faut aussi un autre , car Straselius vient de mourir. Je songe à Henri Estienne^ qui se dislingue par ses connaissances de la langue grecque, mais dont le jugement n'est pas encore assez développé. 11 me reste à vous dire quelques mois des captifs.
Nous avons encore trois athlètes dignes de remarque, Sarrazier, Fabre et Guérin , que j'ai encouragés avant-hier cl qui, à leur tour, m'ont affermi par leurs discours. Mais un carmélite , sur lequel nous avions fondé quelque espérance , est retourné aujourd'hui honteusement a la messe ; bien plus, il m'a fermé l'entrée de la prison , et comme il a su par mes discouis quel était mon genre de vie, il n'a pu laire ce que les passants avaient déjà soupçonné. Mais peu m'importe, Dieu me soutient chaque fois que je n'agis pas avec trop de témérité et que je marche dans sa voie. Le sieur James est retourné à Poitiers pour raffermir les siens. 11 est certain qu'il n'a pas son absolution, quoique l'officialité épiscopale ail publié qu'il avait satisfait à toutes les clauses et conditions de la sentence des juges, ce qui est une nouvelle cause de scandale. Nous tâcherons de trouver un remède. Mais ceux mêmes qui sont forts , sont encore trop faibles. Je crains presque de vous le dire, car vous n'aimerez pas lire ces choses. Mais si vous étiez ici , et si vous les voyiez ? Vous concevrez facilement combien cet étal nous est pénible. Mais nous nous efforçons aussi, comme il est juste, à mieux nous prémunir contre la persécution, que beaucoup n'ont pas prévue, et qui pour cela même les a trouvés plus faibles; on a cherché à briser leur courage par une lutte prolongée. D'autres cachots en renferment encore un grand nombre, dont je n'ose rien affirmer. Celui qu'on a amené d'Orléans est mort en prison , après avoir rendu fidèlement témoignage de sa foi et confondu ainsi ses juges. Dernièrement trois des nôtres se sont rendus auprès des Chartreux pour gagner l'un d'entre eux à Christ; mais ces démons les ont trahis et ils ont été menés en prison. Je n'ai pu savoir encore comment ils supporteul leur captivité. 11 est évident que nos ennemis craignent d'ap-