‹ Précis de l'histoire de l'Église réformée de Paris d'après des documents en grande partie inéditsChapitre 89 sur 120 · XLIV PRÉCIS DE L HISTOIRE · texte numérisé non relu

XLIV PRÉCIS DE L HISTOIRE

lettre aux ambassadeurs, dans laquelle uous ne leur cacherons pas ce qui s'est passé. D'Andelot persiste avec fermeté. Cette constance est pénible pour bien des gens, car il y a autant de danger à le retenir qu'à le relâcher. Beaucoup de chefs et de soldats s'indignent déjà et font mine de ne pas vouloir combattre. C'est pourquoi nos ennemis cherch.ent par mille détours à le détacher de notre cause. On est même allé trouver sa femme, et quelle n'a pas été sa frayeur quand on lui dit qu'il n'échapperait pas à la mort s'il persistait, qu'il causerait sa perle à elle et à leurs enfants, qu'elle devait se rendre auprès de lui , tâcher de fléchir son cœur , l'engager à demander pardon au roi et à dissimuler pour quelque temps encore. Mais M. de la Koche et moi nous l'avons raffermie avant-hier, tant que nous l'avons pu. Elle nous a montré la dernière lettre de son mari ; cette lettre témoigne d'une grande fermeté, et il l'exhorte à renvoyer tous ces mauvais conseillers. Cet homme doit être recommandé continuellement à Dieu dans nos prières ; car notre cause gagne beaucoup à son courage. Le roi de Navarre est retourné à la cour. Plût à Dieu qu'il n'eût que quelques-unes des vertus de D'Andelot l Et cependant, quelles promesses ne nous a-t-il pas faites? Mais selon son habitude il restera muet en présence du roi. Si vous voulez lui écrire, vous le pourrez, je pense; car le bruit court qu'au milieu de ces troubles le roi ne lui permettra pas de retourner en Gascogne. A Meaux on a chanté des psaumes, à l'exemple de ceux du Pré; mais les juges de cette ville ont prononcé le même décret contre eux que les nôtres. Nous avons changé de plan par rapport à Gaspar (Carmel); car les ennemis l'espionnenl plus que tout autre, et il est nécessaire qu'il termine ses aflaires personnelles. Aussi, lorsqu'il a demandé la mission que nous lui avions confiée avant qu'il partit pour la Bretagne, nous l'avons envoyé lui-même. Adieu , très-chers frères , que je vénère de tout mon cœur. Comme je sais que vous prenez autant d'intérêt à moi qu'à vous-mêmes, il est inutile de me recommander à votre souvenir; je prie, au contraire, le Seigneur, de vous protéger et de vous diriger éternellement par son Esprit.

23 mai ^SS8. Votre très-obéissant

J. Ra.

(En marge de cetlre lettre , qui a quelques ratures , on lit : « Excusez les taches , j'étais pressé et le lieu d'où je vous écris était plus qu'incommode.»)

(Même suscription.)

S. Quoniam Dominas Andelotus ad nos rescribens nuUam facit mentionem litterarum tuarum, Domine, vereor certe ne non ipsi redditae sunt, qua; tamen cuni meis perferri debuerunt. Dampetrseus enim affirmât se dédisse praefecto qui et litteras Domini mihi reddiderat, et responsum nostrum ferebat. Itaque exemplar quod describi iusseram, propemodum tune siispicans quod metuo ne nunc accident, ad illum mitto per aliquem cui ut spero patebit aditus in castrum. Suspecta enim mihi est uxor Domini quse, heu nimium infirma, conatur ipsum ad turpem defectionem inducere. Quia autem Dampetrœus coram ipsa praefecto litteras tuas dédit, quod tamen cauendum esse inter nos conuenerat, fieri potest ut apud se retinuerit , ne authoritas tua maiori virtute et conscientia virum muniret. Nec facio ipsi injuriam dum hoc suspicor, etiamsi res non ita haberet. Occàsionem enim prœbuit, dum ingemiscens coram viro grauida, ut suorum liberorum misereatur rogat, grauissima est ista tentatio. Nihil tamen proficit mulier, Deo laus et gloria sit, ut cognosces ex eius litteris quas ad te mitto. Quin etiam fratri rubicundo idem objicienti reposuit illam Christi sententiam:

DE l'église réformée DE PARIS. XLY

cui chariores erunt parentes fratres, uxor, liberi , etc. Quod siiperest, qui lias litteras perferunt scribendi labore leuabunt me et nuntiabunt de statu nostro et caeteris rébus quas ipsis conimunicaui. Habes tandem litteras a Mercero, ex quibusvidebisquidjam facto opus sit. Gaspar scribit ad suos. Curabis, Domine, nisi molestum est, litteras eius Neocomum perferri. Riuerius noster opportune reuersus est; febris quae adhuc in quatriduo quinque horas vexât, non valde impedit ab obeundo munere. Lestrœus etiani adest et ad munus rediit. Uochœum adhuc paulisper latere volunt amici quod illi est grauissimum. Collegie omnes salutem tibi precantur studio incredibili. Ac ego quidem seorsim , ita me tibi addictum sentio, ut quamvis te colam et obseruem ut patrera, sicuti par est pietatem tamen erga te mihi nunquam satisfaciam. 18 Junii 1558. Tibi obsequentissimus filius

lo. Rachamus, Tradîiction.

S, Parce que M. B'Ândelot^ en nous écrivant, n'a fait aucune menlion de voire lettre, je crains fort qu'elle ne lui ait pas été remise; car il a dû la recevoir avec la mienne. Dampierre alfirme qu'il l'avait donnée au lieutenant qui m'avait remis la lettre de d'Andelot, et qui avait apporté la réponse. C'est pourquoi je lui envoie aujourd'hui par un homme auquel, je l'espère, l'entrée du château de Vincennes sera ouverte, la copie que j'avais fait faire, craignant déjà alors ce qui probablement est arrivé maintenant. Car je me délie de sa femme, qui, hélas ! dans sa faiblesse, lui conseille une honteuse défection. Mais comme Dampierre a remis devant elle la lettre au lieutenant, ce que nous lui avions cependant recommandé d'éviter, il est possible qu'elle l'ait retenue, ahn que la conscience et le courage de son mari ne lussent pas raffermis par son autorité. Je ne lui fais point injure en concevant d'elle de pareils soupçons, si même ils n'étaient pas fondés. Elle y a donné lieu ; car, enceinte et les larmes aux yeux, elle s'est présentée devant son mari et l'a supplié d'avoir pitié de ses enfants. Sans doute la tentation était grande. Cependant, elle n'a pas réussi. Dieu en soit loué, comme vous l'apprendrez par sa lettre que je vous envoie. Même à son frère le cardinal, qui lui faisait les mômes observations , il a répondu par ces paroles de Christ : celui qui aimera ses parents ses frères, sa femme, ses enfants, etc. Celui qui vous apportera cette lettre m'épargne la peine d'en écrire plus et vous fera connaître l'étal de nos affaires et tout ce que je lui ai communiqué. Voici enliu une lettre de Mercier^ elle vous fera connaître ce qu'il s'agit de faire. Gaspar (Carmel) écrit à sa famille; ayez soin, Monsieur, si cela ne vous incommode point, de faire parvenir sa lettre à Neufchatel. M. de la Rivière est revenu à temps; la lièvre qui le tourmente tous les quatre jours pendant cinq heures ne l'empêche pas beaucoup de vaquer à ses affaires. Lestrée est aussi de retour, et il est rentré dans ses fondions. Les amis veulent que de la Roche se tienne encore caché, ce qui l'incommode beaucoup. Tous les collègues vous saluent et vous assurent de leur dévouement. Pour moi, je me sens tellement attiré vers vous, que malgré mon respect et mon amour pour vous comme pour un père, je crois cependant ne pas pouvoir vous le témoigner assez, ]8 juin I5S8. Votre fds obéissant

Jo. Racuamcs.

(Même suscription.)

S. Opportune mihi nunc adhuc quiescenti redditus est fasciculus littcrarum. Jam enim profecturus erani, ex fratrum sententia, non luiiodunuui, Domine, qua

Page 1