LIV PRÉCIS DE L HISTOIRE
plus le pied dans sa maison avant (|u'elle lui eût promis d'aller à la messe. A cet effet, il lui a cité l'exemple de D'Andelot et de tous ceux qu'il connaissait. Heureusement la Providence divine a voulu que mon chemin se dirigeât de ce côté, pour pouvoir porter remède à ces maux. Il me reste à vous raconter mon voyage, afin que vous jugiez vous-même quel a pu en être le fruit.
J'ai exposé avec soin nos calamités aux ministres du duc; je leur ai présenté les lettres dans lesquelles l'Eglise les saluait, et je les ai suppliés de défendre notre cause auprès de leur prince. Ils m'ont reçu très-poliment et m'ont promis qu'ils auraient soin et qu'ils se donneraient la peine de décider le duc à envoyer dès la première occasion une lettre au roi, pour intercéder auprès de lui en notre faveur. Le chancelier m'a aflirmé deux fois que nous apprendrions par le fait combien leur prince est favorablement disposé pour notre cause. Toutefois , je n'ai pas voulu entrer en discussion avec eux sur la sainte Cène , pour ne pas perdre la cause des captifs. Seulement, en m'entretenant avec eux et en leur exposant l'ordre de nos assemblées, mention ayant été faite des sacrements , je leur ai dit que nous et les captifs nous étions d'accord avec eux en rejetant l'impiété de la messe que nos ennemis veulent nous faire approuver; qu'en nous tenant aux paroles de Christ, nous affirmions volontiers que le p;iin et le vin, consacrés à l'usage de la sainte Cène, étaient les véritables signes, auxquels était jointe la véritable exhibition des choses , et que de cette manière l'on pouvait avouer sans difficulté et sans scrupule, selon les paroles mêmes de Christ : que le pain est le corps et le vin le sang de Christ; qu'en nous présentant ces symboles. Christ a réellement nourri nos âmes de sa chair et de son sang. El que si nous appelions la communication spirituelle et non pas charnelle, nous n'entendions par celte dénomination rien d'imaginaire ou une simple participation à Christ dans la pensée, mais bien une influence divine qui exclue les représentations matérielles de la Iranssubslantiation ou de la présence terrestre, ce qui ne diminue en rien le sens de ses paroles. Après ces simples explications, ils ont donné sans peine leur assentiment ; aussi, me suis-je arrêté là, pour ne pas éveiller leurs préjugés. Ils nous ont écrit une lettre, dont je vous envoie une copie. En outre, je me suis adressé au roi de Navarre, et selon vos instructions je l'ai averti au sujet de David. Mais je crains qu'il n'ajoute une foi trop aveugle à ce vaurien et à ses flatteurs, qui ont accusé les nôtres comme s'ils étaient les auteurs de ces révoltes qui ont éclaté dans ces lieux. Il m'a dit ensuite qu'il avait donné l'ordre d'ajourner toute décision ju.çqu'à son arrivée. Si vous me demandez des nouvelles de la guerre, je vous dirai que j'ai vu toutes les troupes du roi : il a une grande et forte cavalerie ; une infanterie très-nombreuse, mais presque tous sont des étrangers. Depuis la prise de Thion ville, il a placé son camp tantôt ici tantôt la dans notre province : partout où cette nombreuse armée a passé, elle a tout dévoré ; aussi les Belges ne font que se lamenter, car ils n'ont pas de quoi soutenir leur existence.
L'ennemi , pendant ce temps , semble éviter les nôtres ; il campe au delà de la Somme, comme on appelle ce fleuve; ou bien il se méfie de ses troupes qui ne sont pas encore assez nombreuses , ou bien il attend une meilleure occasion. Il passe son temps à dévaster nos campagnes et à incendier nos villages, et dès que nous nous rapprochons de lui il recule. Quant à nos trois rois, ils se mettent soigneusement à l'abri derrière le front de nos armées. Leur armée est toujours placée tout près du camp. On parle beaucoup de paix, mais ce n'est qu'un vain bruit et en réalité il ne se fait rien. Peut-être arrivera-t-il que l'un et l'autre des princes, accablés de dettes et craignant les chances de la guerre , ayant épuisé leur argent , qu'ils ont péniblement ramassé de partout, se laissent émouvoir par les cris et les gémissements de leurs sujets. L'aspect de Noyon, Seigneur, m'a ému ; car cette ville, autrefois si belle, est horriblement ruinée, et le peuple, sans s'élre laissé corriger par les verges et la punition de Dieu, végète dans la misère. A Amiens , j'ai consolé quelques frères et je les ai exhortés à chercher le seul remède à leurs maux en s'assemblant pour invoquer le nom de Dieu et pour entendre sa parole. J'ai institué la même chose â Montd/dier, et ces deux villes, en suivant le conseil fidèle et salutaire que je leur avais donné, ont résolu de nous demander un homme propre à les conduire. Je poursuis cette affaire, afin que notre patrie commence à reconnaître son Dieu et son Créateur, et qu'elle apprenne dans le malheur à tourner ses yeux vers lui. Quelques-uns se sont réunis à Clermont, de même aussi à Luzarche: ces réunions étaient toujours présidées par