‹ Précis de l'histoire de l'Opéra-ComiqueChapitre 2 sur 11 · PREMIÈRE PÉRIODE AVANT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE AVANT

Une forme d'art, quelle qu'elle soit, ne naft pas brusquement, armée de toutes pièces ; bien au contraire elle dérive de sources parfois très éloignées, progresse lentement, se modifie peu à peu et n'arrive à son complet épanouissement qu'après une série d'épreuves au cours desquelles elle a failli maintes fois disparaître.

Il en est ainsi de l'Opéra-Comi

que. On le pressent déjà dans les soties du moyen âge. Plus tard, aux premiers temps de la Renaissanco, on l'entrevoit moins confusément dans ces moralités et farces que jouaient les clercs de la Basoche, avec accompagnement de trompettes, hautbois; bassons et timbales.

Il apparaît mieux encore au xvii® siècle, sous la forme de ces comédies de chansons ou à chansons qui s'exécutaient aux deux célèbfes foires de Saint-Germain et de Saint- Laurent. Il se développe enfin au xviii« siècle, où il revêt son véritable caractère et peut se définir, un mélange aimable dé la comédie française panlée et de la comédie italienne chantée.

On pourrait difficilement assigner une date précise à Touverture d'un théâtre régulier d'opéra-comique.

Les frères Alard, le nom le plus ancien que l'on trouve à citer dans les

De V Opéra-Comique.

annales des foires Saint-Germain et ^aint-Laurent, possédaient depuis 1678 un jeu; c'est stinsï qu'on désignait l'exploitation théâtrale qui se iaisait dans les loges de la foire, ou emplacements concédés à bail.

Charles Âlard, seul directeur jusqu'en 1699, s'associa avec la veuve Maurice 4e 1700 a 1705, redevint maître unique de 1706 a 1710, et enfin se réassocia avec le sieur Lalauze en 171 1, peu de temps avant sa mort. Dans cette loge on représentait le plus souvent des comédies, des farces, des divertissements qui le disputaient aux simples exercices de cordes et tours d'acrobatie. Or, en 17 10 fut représentée une parodie d'Alceste^ av£C chœurs, duos, ai:rs et daases ; n'était-ce pas là, en vérité, comme un embryon d'opéra-comique?

Pendant ce temps, la veuve Maurice avait exploité seule une loge

Précis de Vhistoire

de 1707 à 1709, époque où elle s'était retirée, cédant son bail ^ Jean Levesque, sieur de Bellegarde et Eustache Desguerrois.

Ceux-ci, peu propres à ces sortes d'entreprises, avaient aussitôt confié la direction de la troupe à Catherine Vanderbeck, femme en premières noces d'Etienne Baron, et en secondes noces de Pierre Charretier de Baune, et justement fille de la veuve Maurice, leur venderesse.

Cette dame Catherine, qui paraît avoir eu le double goût des affaires et des procès, demeura seule en titre dès 171 1, adjoignit à son personnel celui de Nivelon, tombé en déconfiture à la foire Saint- Laurent et, par une convention du 21 août 171 3, s'associa avec le sieur Saint- Edme : étrange association>iu reste, car chacun administrait de son Côté^ elle, au théâtre intitulé Nouvel Opéra-Comique de Baxter et Sau-

De V Opéra-Comique.

rin, lui au théâtre intitulé Nouve Opéra-Comique de Dominique ; ces noms étaient ceux d'acteurs célèbres de l'époque.

En 171 5, la société Baron-Saint- Edmd^est rompue ; en 17 16, elle renaît, après versement à l'Opéra de 25,000 livres comme privilège d'exploitation; en 1717, nouvelle rupture; en 171 8, nouvelle association qui, cette fois, aboutit à la ruine-. Il avait fallu soutenir les attaques de la Comédie-Française qui se'prétendait lésée dans ses intérêts, et la perte du procès* eut pour conséquence, à la fin de 171 8, la fermeture immédiate et brutale du malheureux théâtre.

Dans cette période un peu confuse, il convient de mentionner la première pièce à qui son auteur ait donné la qualification d'opéra-comi' que ; c'était une parodie de TélémaquCy écrite par Le Sage, Fauteur de

14 Précis de V histoire

Gil Blas, et mise en musique par Gilliers, violoniste de la Comédie- Française (171 5), L'orchestre se composait de huit violons, une contrebasse, une flûte, un hautbois, un basson et dejux cors. Remarquons en outre qu'à partir de cette époque jusqu'à celle de sa constitution définitive, l'histoire de rOpéra-Comique se confond avec le récit des luttes misérables qu'il dut soutenir contre ses aînés, garantis par.des privilèges et jaloux de les faire respecter, sa-, voir: TOpéra, qui voulait lui interdire le chant, la Comédie-Française qui prétendait lui couper la parole, et la Comédie-Italienne qui lui disputait même la pantomime. Cette triple coalition suffît à attester le succès qui, dès Ln première heure, avait accueilli ces spectacles de foire où s'essayait la verve de nos auteurs comiques.

De V Opéra-Comique, \b

Page 1