‹ Précis de l'histoire de l'Opéra-ComiqueChapitre 4 sur 11 · QUATRIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PÉRIODE

(Salle de l'hôtel de Bourgogne).

Jusqu'ici nous n'avons pas eu à nous occuper du local où se donnaient les représentations. L'Opéra - Comique est né sur un champ de foire, et il eut pour première scène les tréteaux d'une baraque en plein vent. Le théâtre était entièrement de bois et le luxe de la salle avait pour limites obligées les ressources généralement modestes de l'exploitation. Parfois cependant la magnificence d'un directeur s'y donnait

carrière, comme on le vit avec Monnet qui dépensa bel ' et bien 45.000 livres en constructions.

Mais, si ornées qu'elles fussent, ces constructions gardaient un caractère provisoire; non seulement elles étaient plus que toute autre une proie facile pour l'incendie, mais encore elles étaient à la merci de maints privilèges et .concessions qu'un simple caprice suffisait à retirer.

C'est ainsi pourtant que vécut FOpéra-Comique jusqu'en 1762.

Les représentations étaient foraines, c'est-à-dire se donnaient dans les deux principales foires de Paris :

la foire Saint-Laurent, qui se tenait boulevard du Nord, eatre le faubourg Saint-Denis et le faubourg Saint- Laurent; la foire Saint-Germain, qui se tenait de l'autre côté de la Seine, dans le faubourg Saint- Germain. La première avait lieu, à

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quelques variantes près, pendant les mois de février, mars et avril; la seconde pendant les mois de juillet, août et septembre. C'était ce que nous appellerions aujourd'hui une saison d'hiver et^une saison d'été.

Or, en 1762, TOpéra-Comique cesse de se promener- d'un endroit à l'autre ; notons qu'il reste toujours tributaire de l'Opéra, soumis à une redevance annuelle qu'on arrête définitivement en 1767 à la somme de 40.490 livres ; mais désormais il est, pour ainsi dire, dans ses meubles. Devenu, de par le Roi, Comédie-Italienne, il s'établit dans le palais modeste que cette dernière tenait du Régent, depuis 1716, l'Hôtel de Bourgogne situé rue Française et rue Mauconseil. C'est dans cette salle renommée à plus d'un titre, car elle avait au siècle précédent servi de berceau à la Co-

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médie-Française, qu'il grandit et prospéra de 1762 à 1783.

Le théâtre était alors régi par les artistes réunis en société, soit quinze acteurs et treize actrices, qui pour la plupart appartenaient à Tancienne Comédie-Italienne: Carlin,de Hesse, Rochard, Caillot, M«"Favart, Piccinelli, Villette; cinq seulement venaient de rOpéra-Comique, et furent, comme on disait alors, incorporés, Clairval, Laruette, Oudinot, jVliie» Nessel et Deschamps. Plus tard la troupe s'augmenta, et il convient de nommer, parmi les nouvelles recrues. Trial, Chenard, Nainville, Narbonne, iMmes Laruette»

Trial, Dugazon, Desglands.

Le spectacle d'inauguration avait lieu le 3 février 1762 avec un àpropos intitulé la Nouvelle troupe^ et deux anciennes pièces, Biaise le savetier, de Sedaine et Philidor, et On ne s* avise jamais de tout^ de Se-

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daine et Monsigny. Pour les paroles, Sedaine, Anseaume, et bientôt Marmontel, pour la musique^ Philidor, Monsigny et Duni étaient les fournisseurs à la mode ; un maître allait surgir qui devait les éclipser et contribuer pendant de longues années à Téclat de la nouvelle scène, Grétry.

Là composition de Torchestre ne s*est pas sensiblement modifiée; les critiques du temps continuent à discuter plus âprement la valeur des poèmes que celles des partitions.

Cependant le souci de Fharmonie et surtout de l'expression dramatique commence à donnera la partie musicale un relief spécial: ce n'est déjà plus la comédie à ariettes, dont la qualification persiste malgré la présence des ensembles et des chœurs, et l'on peut dire que cette période marque Tapogée de TOpéra-Comique en sa seconde manière.

L'énumération suivante le prouve, car presque toutes ces œuvres ont été, depuis, l'objet de nombreuses reprises :

De Monsigny : le Roi et le Fermier (22 novembre 1762), Rose et Colas (8 mars 1764), Aline^ reine de Golconde ( 1 5 avril 1 766), le Déserteur (6 mars 1769), Félix ou VEnfant /roi/v^ (24 novembre 1777).

De Duni r les Deux Chasseurs et la Laitière (23 juillet 1763), la Clochette (14 juillet 1766), les Sabots (26 octobre 1768).

De Philidor : le Sorcier (2 janvier 1764), Tom Jones (27 février 1765).

De Grétry : . le Huron (20 août 1769), Lucile (5 janvier 1769), le Tableau parlant (20 septembre 1768), les Deux avares (6 décembre 1770), Z émir e et A^or (16 décembre 1 77 1 ), le Magnifique (4 mars 1773J, la Fausse Magie (i" février 1775).

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Lors de la fusion des deux troupes en 1762, l'opinion publique estimait, et Bachaumont l'indique dans ses Mémoires, qu'uil élément absorberait l'autre, c'est-à-dire que le genre italien triompherait du genre français; le contraire se produisit et la verve de nos auteurs créa un irrésistible courant.

Dès le mois d'avril 1769, la Comédie-Italienne ne conserva plus que les acteurs chanteurs ; plus tard les préférences de la foule reçurent une sorte de sanction avec les lettres patentes du 3i mars 1780 qui substituaient au nom de Comédie Italienne celui d* Opéra -Comique {1); enfin le 4 avril 1783, l'Hôtel de Bourgogne était abandonné: le

(i) Mais Tusage ancien prévalut pendant plusieurs années encore. Les Almanachs des spectacles, source précieuse, car c'est à quelques égards |in miroir où se reflètent les habitudes artistiques de l'époque, nous montrent le peu de fixité des dénominations adoptées.

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vieux bâtiment ne répondait plus aux besoins du répertoire et du public; il paraissait trop petit, mal aménagé; le succès toujours croissant avait permis aux artistes de se faire construire une salle nouvelle et digne d'eux.

Jusqu'en 1762 le théâtr^ prend le nom de Tendroil où il fonctionne, Théâtre de la Foire Saint-Germain, Théâtre de la Foire Saint- Laurent^ et aussi d'Opéra-Comique, comme en font foi une affiche de 1724, et un billet de spectacle de 1754, reproduits par M. Heulliard dans llouvrage cité plus haut et dans sa biographie de Monnet.

Lors de Tinstallation à IHôtel de Bourgogne (1762), il devient Comédie-Italienne ou Théâtre-Italien.

Après la construction de la salle Favart {i7n3}, il s'appelle encore tantôt Théâtre- Italien, bien que l'élément italien diminue au point de disparaître tout à fait, ^antôt Théâtre de la rue Favart, tantôt, comme en 1794, Théâtre de l' Opéra-Comique national.

Cette dernière dénomination n'est définitivement adoptée par tous qu'en 1801.

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