‹ Précis de l'histoire de l'Opéra-ComiqueChapitre 5 sur 11 · CINQUIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PÉRIODE

1783-1801 (Première salle Favart).

Le monument construit par Tarchitecte Heurtier s'élevait sur les terrains de THôtel de Choiseul, entre les rues Favart et Marivaux, à côté du boulevard qui depuis, et en souvenir de l'ancienne Comédie- Italienne, prit justement le nom de boulevard des Italiens. Par son aspect général, ce théâtre présentait quelque analogie avec celui que sur le même emplacement le feu vient de détruire. Il pouvait contenir à peu près le même nombre de spectateurs, environ dix-huit cents. De hautes colonnes ornaient son péristyle, et la façade regardait déjà le côté opposé au boulevard, cela pour une

36 Précis de V histoire

raison d'amour-propre que M . Pou gin a rappelée dans son intéressant Dictionnaire des théâtres. Les acteurs du boulevard étaient Tobjet de ce dédain spécial qui, de nos jours, se manifeste pour les acteurs de province. Pour mieux accuser la différence, les sociétaires tournèrent donc le dos au boulevard, laissant ainsi entendre au public qu'il ne fallait pas confondre.

Ils étaient des personnages, en effet; ils s'administraient eux-mêmes, gérant en commun leur société ; ils avaient maintenait un or- " chestre présentable, savoir: seize violons, deux altos, six violoncelles, deux contrebasses, trois flûtes, un hautbois, deux bassons et deux eors. Enfin, ils comptaient dans leurs rangs des sujets de premier ordre: parmi les anciens, Clairval, Trial, Laruette, Favart, Narbonue, Chenard, M"»® Dugazon; parmi les

De V Opéra-Comique, 3 7

nouveaux, Michu, Solié, Dorsonville, Philippe, Thomassin, Dufresnoy. Minier, Mm®» Desforges, Gonthier et Desbrosses.

Ils inaugurèrent leur salle le 28 avril 1783 et la fortune leur sourit bientôt grâce à deux chefs-d'œuvre de Grétry, VEpreuve villageoise (24 juin 1784) et Richard Cœur de Lion (21 octobre 1784); mais au bout de quelques années, l'inévitable concurrence, fille du succès, reparut.

Un coiffeur de la reine Marie- Antoinette, Léonard Autié, obtint, par la protection de son auguste cliente, un nouveau privilège d'opéra italien. Il s'associa avec le célèbre violoniste Viotti, qui confia la partie musicale à un jeune Italien, récemment venu en France, Cherubini, et réussit à organiser une troupe remarquable. On chanta .ainsi: *

38 Précia de l'histoire

Du 26 janvier au 2 3 décembre 1789, à la salle des Tuileries concédée pour la circonstance, grâce à la protection spéciale du frère de Sa Majesté;

Du 10 janvier 1790 au i®' janvier 1791, au théâtre des Variétés «de la foire âaint-Germain;

A partir du 16 janvier 1791 dans un théâtre nouveau, bâti par les architectes Legrand et Molinos, au n» 19 de la rue Feydeau (i).

On devait exploiter quatre genres :

rppéra-coniique français, l'opéra italien, la comédie et le vaudeville; mais les trois derniers furent vite

(1) Les déuominations variées ne lui manquèrent pas plus qu'à son rival, l'Opéra- Comique. Il est tour à tour Théâtre de Mon^ sieur ^ jusqu'à 1791, puis Théâtre de la salle Feydeau et même Théâtre lyrique national (voir l'Almauach de 1800). Cette appellation» que nous rencontrons pour la première fois, nous a paru -trop caractéristique pour ne pas être notée ici.

De VÔpér a-Comique,

délaissés. Les graves événements politiques qui se passaient en France éloignèrent les derniers Italiens de la troupe, et le théâtre de la rue Feydeau hitta plus directement contre le théâtre de la rue Favart, jouant les mêmes pièces, et poussant* le raffinement jusqu'à fair^ traiter un sujet analogue par des compositeurs différents. Lisez plutôt :

Page 1