‹ Précis de l'histoire de la musique, depuis les temps les plus reculés; suivi de notices sur un grand nombre d'écrivains didactiques et théoriciens de l'art musicalChapitre 15 sur 62 · TROUBADOURS GRANDS SEIGNEURS · texte numérisé non relu

TROUBADOURS GRANDS SEIGNEURS

SOUVERAINS ET DAMES-POÈTES DE LA PROVENCE AUX XI", XII* ET XIlF SIÈCLES.

Au XIIP siècle, T Aquitaine, le Languedoc, presque tous les pays situés au midi de la Loire, sont parfois désignés sous le nom de Provence, sans doute parce qu'on y parlait à peu près la même langue que dans les districts d'Avignon, d'Aix ou de Marseille; ainsi, quand les historiens parlent des poètes provençaux, ils n'entendent pas seulement par là les poètes de ce canton particulier du royaume de France renfermé entre le Rhône et le Var, ils comprennent sous ce nom les rimeurs de toutes les provinces méridionales de ce pays, ou plutôt tous ceux qui ont composé des vers en langue provençale, car dans le nombre on compte des Catalans, des Aragonais, des Italiens.

Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, le plus ancien troubadour dont les poésies nous soient parvenues. « Il sut d'après les chroniqueurs, bien trouver, bien chanter, et courir le monde pour tromper les dames : e saup bcn trobar e cantar. »

Guillaume partit pour la croisade vers l'an 1100. Le stj'le du comte de Poitiers, dit M. Raynouard (Recherches philologiques sur la langue romane), dont les écrits appartiennent incontestablement à la seconde moitié du XI*" siècle, mérile de flxer l'atlention; ce st}le est aussi clair, aussi correct, aussi harmonieux que celui des troubadours qui brillèrent postérieurement. Pour comprendre les vers du comte de Poitiers, pour les traduire, il n'y a nulle concession à faire, nulle supposition à établir; il a

écrit comme écrivaient aux XII^ et XIIP siècles Bernard de Ventadour, Arnaud de Marneil, Cadenet, etc.

BiîRïK.vND D!i: Doux, cliàlolaiii d'IIaiilefort, poète guerrier, et l'ami de Richard Cœur-de-Lion. Le chant guerrier de ce troubadour : he me platz lo doas temps de Passeor (bien me plait le doux temps de Pâques), est considéré comme une des productions les plus intéressantes de la langue provençale.

Parmi les autres grands seigneurs et souverains qui figurèrent au nombre des troubadours, l'on trouve : Bertrand Puget Teniers, seigneur de Teunes ou Teniers ; le baron de Bîacas ou Blacasset, brave, galant, fastueux, et qui s'honorait de cette fleur de Bon ton, qu'on appelait Courtoisie; Henri II, comte de Rodez; un comte de Foi, Roger- Bernard III; Alphonse I, comte de Provence, mort en 1196; Jaufre Rudel, prince de Blaie; deux rois d'Aragon, Alphonse II et Pierre II; Frédéric III, roi de Sicile; Guillaume de Baux, prince d'Orange.

On compte aussi parmi les poètes provençaux des XIP et XIII<' siècles plusieurs dames de haut rang, entre autres: Azalaïs ou Adèle de Porcairages; la dame Iseus de Capnion; la dame Anuc de Chateauneuf et la dame Lombarda de Toulouse, « qui était belle, instruite, et faisait des vers sur des sujets erotiques; » la dame Castelloze d'Auvergne : « dame fort gaie, bien enseignée, et très-belle. » Le fait d'être bien enseignée, auquel les historiens des troubadours se plaisaient à accorder des éloges adressés aux dames du XIP et du XIII" siècle, ne consistait guère que dans la lecture de quelques romans, dans l'art des vers et de la musique, et surtout dans le talent de la conversation et le ton de la bonne compagnie. V enseignement des dames servait alors à polir les mœurs des chevaliers, et à hâter les progrès de la civilisation générale. Il nous reste de la dame Castelloze, trois chansons ou plutôt trois odes erotiques. Les poésies de cette dame et celles de la comtesse d(! Die passent pour les chefs-d'œuvre des dames poètes.

Clara d'AiXDLze. Celte dame était la fille de Pierre Raymond d'Anduze, ou Pierre IV, et de Constance, fille de Raymond VI, comte de Toulouse. Une seule pièce de cette dame a été suffisante pour la rendre célèbre; c'est celle qui concerne son raccommodement avec Hugues de Sainl-Cyr.

La dame Isabelle, célébrée par le troubadour Elias Cairels, a été

placée même parmi les poètes. Il existe une Tenson jonglaresque ('), ou dialogue en vers, entre elle et le troubadour Cairels :

« Dame Isabelle, beauté, gaieté, raison, instruction, vous conservez tous ces avantages, etc. »

(Ma Domn' Isabella valor, joy e prelz, e sen e saber, solatzgecjorn inantener.)

M.\RiE DE Ventadour, fille d'Adhémar V, vicomte de Toulouse, et femme du seigneur de Ventadour. On a de celte dame une Tenson composée en compagnie de Gui d'Uissel, troubadour limousin.

Marie de Ventadour recevait à sa cour les poètes les plus distingués et les hommes les plus aimables des contrées qu'elle habitait.

La dame Tiberge, Na Tibors en i)rovençal, et appelée par les Italiens Dona Tiburtia, était née en Provence. « C'était, dit son biographe, une personne courtoise, instruite, aimable, fort habile, et qui composait des vers. (Cortesa fo et enseignada, avivens et fort maistra etsaup trobar.J

GuiLLELMA DE RosiERi DE Gèxes. Il existe une Tenson de celte dame avec le troubadour Cigala.

Beatrix d'Est, femme du marquis Guillaume de Malaspina. Il a été fait mention de celle dame dans l'article concernant le troubadour Aimeric de Péguilain, p. 42.

Pour plus de détails sur les troubadours on peut consulter : Sainte- Palaye, Nostradamus, Crescenbeni, Millot, les tomes 18 et 19 de V Histoire Utt. de France, les Biographies provençales de Raynouard, t. V; puis Sismondi, Bruce-Whyte, Mary-Lafon déjà cité p. 40, Fr. Mandet, G. Eichhorn.

(i) Une espèce particulière de sîrventcs (satires soil personnelles, soit générales) était dénommée Jonglaresque, apparemment comme abandonnée aux jongleurs qui allaient d'un lieu à un autre déclamer ou chanter ces poèmes.

TROUVÈRES ET MENESTRELS.

Chrétien de Troyes, ainsi nommé du lieu de sa naissance, orateur et chroniqueur de Jeanne, comtesse de Flandre, trouvère de Philippe d'Alsace, fut un des plus féconds romanciers de son temps.

Bloxdeaux ou Bloxdel de Nesles, trouvère du XII" siècle, né dans la petite ville de Nesle en Picardie. On a de lui seize chansons avec la musique notée. Ginguené, qui a donné une notice sur ce musicienpoète dans l'Histoire littéraire de France (t. XV, p. 127), pense que c'est le même qui sauva de sa prison le roi Richard.

IMoMOT de Paris. Ce trouvère a surtout excellé dans les pastourelles et les chansons à refrain.

Voici le premier couplet d'une pastourelle de Moniot, d'un rjthme savant et rapide, et en idiome des contrées septentrionales de la France, dans lequel chantaient les trouvères : (^)

Ce fut en mai

Au dous tens gai Que la saison est belle;

Main me levai

Joer m'alai Lez une fonlenelle.

En un vergier

Clos d'eiglentier

Oi' une viele;

Là vi dansier

Un chevalier Et une damoisèle.

Perroz de Saint-Cloud vivait vers 1250. C'est le plus ancien poète

(») Cet idiome était le seul en usage parmi les croisés qui prirent Constantinople et Jérusalem ; témoin les Assises de Jérusalem, VJIistoîre de Fille-Havdouin, l'Histoirc de Saint-Louis, par Joinville, etc.

français qui ait Irailô quelques épisodes du roman du Renard. La partie qui lui appartient, a environ deux mille vers. Gautier de Metz, trouvère de la même époque. Après avoir détaillé dans un poème les avantages des arts libéraux, Gautier en nomme cinq et puis il ajoute :

La sixième art est musike

Ki se forme d'aritmétike :

De cette muet (dérive) tute atempraunce

Ke naist de tute concordance

Et tote duce mélodie

K'au munde peut être oïc.

De lui sont tut li chaun (chants) eslreit

Ke a monde poient être feit.

Ki de musike ad la science

Del' munde seit la concordance

Tute riens (chose) ke de bien se paine

A concordance se remanie.

{Image du Monde, MS. de la bibliothèque impériale, fonds de l'église de Paris, N^ 5, fol. II 1° et V.

Gilles le Vimer, trouvère du XIII^ siècle. Dans un discort, il s'astreint rigoureusement à faire des dernières svllabes d'un vers, toute la substance du vers suivant, ce qu'on appelait rimes en écho : Icelle est la très mignote Note, K'amors fait savoir

Avoir, Ke puet belle amie,

Mie Nel doit refuser User Doit sans folie Lie, etc.

Ce trouvère paraît avoir trouvé plusieurs de ces entrelacements de mesures, bizarreries que les poètes du XVP siècle, entre autres Marot essayèrent de remettre en vigueur.

Guillaume le Vlmeu, frère de Gilles, a laissé 30 chansons.

Robert de Blois, trouvère du XIII" siècle. On a conservé de ce poète une pièce intitulée : Le châtiment des Dames, qui n'est autre chose qu'un manuel de civilité à l'usage du beau sexe. Robert veut enseigner aux dames quelle est la contenance, le maintien qu'elles doivent toujours avoir, et d'abord :

En lor aler, en lor venir,

En lor tesir (taire), en lor parler,

Se doivent moult à mesurer

(rester dans une juste mesure) etc.

Dans un autre endroit, le poète prescrit aux dames de chanter, lors(|ue

des gens de prix le leur demandent, et même quand elles sont seules,

pour se distraire; mais il les avertit de ne pas trop chanter dans une

compagnie car :

Biaus chanters anuie sovent.

Colin de Mdsset, un des plus aimables trouvères français du XIIP

siècle, dont on a conservé un grand nombre de jolies chansons avec la

musique notée. Colin était aussi habile joueur d'instruments que bon

poète; il jouait particulièrement d'un instrument qu'il nomme vicie, et

qui était notre violon ou viole, puisqu'on en tirait des sons à l'aide d'un

archet.

J'alai a li el praelet

O tout la viele et l'archet.

(J'allai à elle dans la prairie

Avec la vielle et l'archet)

dit-il, dans une chanson que M. Laborde a publiée.

D'après le témoignage des auteurs contemporains, la viele paraît avoir été d'un usage général au XIII" siècle; alors toutes les poésies des trouvères, particulièrement les chansons de gestes, se chantaient (i), et les

(i) Chansons de gestes, c'est-à-dire, celles qui célébraient les gestes el les actions des preux chevaliers, soit fabuleux, soient véritables et qu'Albéric appelle Heroïca cantilena, en parlant du chant composé en 8G8, au sujet de la victoire de Charlesle-Cliauve sur Gérard de Vienne.

Parmi les chansons de gestes primitives, on comple : 1° celle en latin rimé composée en 627 pour la victoire remportée sur les Saxons par Clotaire II ; 2° la fameuse chanson de Roland; 3" la chanson du combat de Fontanet en 8-iI, (déjà citée p. 00); celle composée au sujet de Louis II, retenu prisonnier par Adalgise dans le duché de Bénévent , également en latin ; 4° celle qui a rapport à

— oi —

iiKTiesIroIs ou jongiours en los déclamant, s'accompajïnaicnl de la vielc. Pour preuve de l'identilé de cet inslrument avec celui dont il est queslion dans la chanson de (]nlin de .Musset, nous voyons dans un passage d'un roman de cette époque, celui de la Violette, par Gilbert de Montreuil ('); Gérard de Nevers introduit dans la salle du feslin du comte de Forez, et là, après avoir accordé sa vielle, chanter plusieurs vers ou couplets du poème sur Guillaume au court nez. Ailleurs dans une chanson de gestes, intitulée Garin de Montglane, par un trouvère du Xll" siècle, un jongleur raconte ainsi l'emploi de ses journées précédentes :

J'ai été el service du preu comte Gaifier, En plusors luis avons été por tornoier. En un castel tornames l'autre jor por mangier Quant on ot fait la table et lever et sacier. Ai jo pris ma viele por faire mon mestier.

la bataille gagnée sur les Normands près de l'Escaut par Louis III, fils de Louis le Bègue ; elle est en langage teuton ou tudesque, idiome que les rois de la première et de la seconde race avaient conservé sur le trùue et dans leur cour, le latin n'étant employé que dans les actes publics; l'original de celte cbanson se trouve dans la collection des historiens de France, el dans les annales Ordinis sancti Benedicti , t. III, p. 68i; 5" le chant de guerre (en latin) des Modonais assiégés par les Hongrois, au X' siècle ; enlin la chanson de Roncevaux, chantée à la bataille de Ilastings. Elle contient 1800 vers, et l'on y trouve le cri de guerre : aoi! aoi! qui, dans les chansons antiques, interrompait le récit, et en animait le mouvement.

Voyez Histoire de la langue et de la poésie provençales, par M. E. Delaveleye.

Dans le XP siècle, la chanson de gestes se chantait eu avant des armées. (Voyez le roman de Ron ou RoUon, en 10,000 vers, par Robert Wace, t. II, p. 214). Il s'agit du chevalier Taillefer ;

Sur un cheval qui tôt allait Devant li dus aloul caulanl De Karlemaine el de Roland, etc.

Les chansons de gestes formaient autrefois les annales do la nation chez tous les peuples germains.

« Quoi(|ue Charlemagne eut fait recueillir les anciens chants francs, aucun vestige de ces poésies nationales ne paraissait plus exister, il y a deux cents ans. Mais depuis on a découvert successivement des poèmes et des fragments remontant jusqu'au VF siècle, el qui sont fondés sur les traditions historiques de tous les peuples germains. Dans les Niehchtngen, Dietrich de lîcrne n'est (juc l'Oslrogoth Théodoric passé à l'élat de héros épi(jue, etc. » Ibid.

(i) Ce roman a été publié en 183i par M. Francisque .Mi.licl.

Dans un autre manuscrit de cette chanson, le ménestrel ou jongleur porte également une vielle. Ce manuscrit est orné de miniatures grossières, et le ménestrel y est représenté promenant l'archet sur les cordes de la table d'un véritable violon(').

(A Paris, dans la bibliothèque de l'Arsenal B-L, N» 226; dans la bibliothèque nationale, fonds du duc de la Valière, N° 78, fol. I-tl8 complet; ancien fonds, N° 7342.)

Au XI V^ siècle, les chansons de gestes étant tombées en discrédit, les aveugles seuls les répétaient encore en demandant l'aumône, et, chose remarquable, ils en accompagnaient le chant, non avec le violon, qui exigeait un long apprentissage, mais avec un instrument mécanique, nommé symphonie, ayant peut-être assez d'analogie avec la vielle de nos jours. « On appelle en France symphonie, dit Jean Corbechon, dans sa traduction du livre de Proprie tatibus rerum, dédié à Charles V, un instrument dont les aveugles jouent et chantent les chansons de gestes : et a cest instrument beau doux son et bien plesant à oyr, ce ne fust pour Testai de ceux qui en jouent. »

Adam de le Hale, trouvère du XIII^ siècle, surnommé le Bossu d'Arras. Cependant dans le poème qu'il écrivit vers la fin de sa vie en l'honneur du roi de Sicile Charles d'Anjou, il dit : « on m'epele bochu, mes je ne le suis mie. »

Ailleurs Jean Brelel lui ayant reproché de raisonner bochument, il se plaint d'être insulté sans provocation.

Adam s'est rendu fameux entre les poètes de l'Artois par son goût et son habileté dans la composition des rondeaux, chansons, motets et pâtures ou jeux partis {^); non-seulement il en composait les vers, mais il savait encore les unir à des chants que l'on trouvait alors les plus mélodieux du monde.

Les chansons conservées d'Adam sont au nombre de 34, avec la musique notée ('); elles se distinguent par la grâce, la délicatesse et la naïveté.

(i) On voit aussi le violon dans les mains de deux statues sur le portail principal de la cathédrale de Chartres, monument terminé vers l'an H4o.

(-2) Los pâtures ou jeux partis sont des chansons dialoguées dans lesquelles un problème ordinairement amoureux est posé, discuté, etc.. Les jeux-partis étaient dans le nord de la France ce qu'on appelait en Provence Tenson.

(3) Ce sont six complaintes en langue latine trouvées dans la bibliothèque du Vatican à Rome, volume in-8" sur vélin, du XI IP siècle, qui provient du fonds de

Parmi cns chiinsons on on trouve seize à trois voix qui ont la forme du rondo et sont intitulées : Ll Itondel Adan. Leur musique n'est point mie simple diaplionic; on j trouve en eiïet des quintes et des octaves, mais entremêlées de mouvements contraires.

La bibliothèque impériale de Paris possède un manuscrit contenant j)Ius de trois cent quarante chansons de près de 60 auteurs, presque tous du Xllle siècle, et la musique de toutes ces chansons, espèce de psalmodie qui ressemble au plain-chant, est écrite en notes quarrées, en encre rouge : le premier couplet seul est noté.

Dans le siècle précédent, quelques poésies, entre autres plusieurs de celles d'Abeilard, sont accompagnées d'une musique écrite en notalion neumce ou neumatique, c'est -à-dir(!, sans lignes et sans lettres qui indiquassent la véritable place du degré, et avec les caractères appelés clivus, podatus, virgula, etc.; on peut voir la liste et la figure de ces caractères dans Gerberl (De cantu et miisica sacra), et la signification telle qu'elle peut être donnée, dans Walter : Chronicon goUvicence, ainsi que dans un ouvrage publié en Allemagne par M. Wolf.

GuYOT DE Provins, ainsi nommé de la ville où il naquit, florissait au XlIIe siècle. Son poème, satire violente contre toute les conditions de son siècle, est intitulé : La Bible Guyot. Il a paru imprimé en entier dans la nouvelle édition de fabliaux et contes publiés par Barbazan, et plusieurs critiques en ont donné des fragments. (Voyez : Fauchet, Duverdier, Caylus.)

On a aussi conservé de Gujol quatre ou cinq chansons d'amour. D'après M. IMoke, Gujot de Provins avait été ménestrel, et s'était rendu en celte qualité au couronnement du roi des Romains, où son talent lui avait valu les riches dons de plus de cent seigneurs allemands.

la reine Christine de Suède, par M. Charles Greil, paslour à Mœrschwyl, près de Saint-Gall.

Abeilard avait fait aussi les paroles et le chant de plusieurs chansons d'amour qui n'ont point été retrouvées jusqu'à présent. Héloïse elle-même en parle dans une de ses lettres : « Quand, pour vous délasser des travaux de la philosophie, » vous composiez en rimes des chansons amoureuses, tout le monde voulait les » chanter à cause de la douceur de leur mélodie ; par elles mon nom se trouvait » dans toutes les bouches, les places publiques retentissaient du nom d'Héloïse. » (Lettres d'Héloïse et d\iboilard, traductiou nouvelle, par le bibliophile Jacob, p. l.')l, dans la l)il)liullH'(iuc d'(''lite.)

Helinand, moine de Froidmont, naquit dans le Beauvaisis. Après ses études, il débuta dans le monde par des chansons, dont il relevait le prix par les accents de sa belle vois. Le roi Philippe-Auguste le faisait souvent appeler à sa cour pour avoir le plaisir de l'entendre chanter. Véritable trouvère, il parcourait ainsi les châteaux, semant la gaieté partout où il se trouvait. Il ne se donnait de son temps, ni spectacle, ni tournois, ni divertissement dans les places publiques et les écoles, auxquels il ne fut appelé. Vincent de Beauvais place sa mort en 1209.

Guillaume de Loris. Il vivait au XIIÎ^ siècle, sous le règne de Saint- Louis.

Guillaume écrivit la première partie du roman de la Rose, qui fut terminé par Jean Clopinel, né à Meun sur la Loire, et appelé Jean de Meun ou de Meung. Le roman de la Rose contient plus de 22,000 vers, tous en huit syllabes à rimes plates, versification fort à la mode en France entre les années 1200 et 1.300.

Jean Bodel, d'Arras, vivait dans la première moitié du XIII'' siècle. Le président Fauchet a parlé de ce trouvère : « Jehan Bodel, dit-il, fut » d'Arras, et a fait un petit œuvre en forme d'adieux (le Congé'), dans » lequel il nomme plusieurs bourgeois et autres de cette ville. »

Les médecins le déclarèrent atteint d'une lèpre incurable, et ce fut pour implorer le secours de l'échevinage d'Arras, et pour dire un dernier adieu à ses amis, qu'il composa le Congé.

Jean Bodel fut longtemps attaché à la commune d'Arras comme ménestrel.

Il nous reste cinq chansons notées de sa composition que le manuscrit N" 7222 de la bibliothèque impériale de Paris nous a conservées.

On distinguait à celle époque parmi les poésies des tfouvères (toujours sous le nom de chansons) la Pâture ou Jeu-parti, dont il a été déjà parlé; la Retruenge ou Retroenge, qui répondait assez bien à nos ariettes ou cavatines; les sirventois, consacrés à louer les perfections de la Mère de Dieu; la bergerie on past ourdie, dont l'héroïne était nécessairement une bergère très-sage ; mais la plus commune de toutes

les chansons, celle que le temps a le plus épargnée, c'est Xa Salut d'amour, espèce de tendre complainte, offrant toujours l'expression d'un amour délicat et résigné.

GiLBEiiT UE Beuneville, tnmvère du duc de Brabant Henri III. On

le dil originaire de Coiirlrai, parce que c'esl à (louilrai (ju'il envoya une de ses chansons :

Cbançon, va l'en à Cou lirai sans séjour

Que là dois lu premièrement aleir

Di ma dame, de par son chanleour

Se il lui plails, que le face chanleir, elc.

La dame de Gilberl habitait lanlôt Courlrai , tantôt Longpré, le plus souvent Audenarde; c'était la belle Beatrix d'Audenarde, qu'il nomme plusieurs fois dans ses vers, contre l'usage des poètes de son temps; une de ses chansons aCFecte même pour refrain le nom de Béalrix.

Ailleurs Gilbert compare Béalrix à l'étoile polaire, qui sert de guide aux navigateurs.

Les chansons de ce trouvère sont au nombre de 29, avec la musique notée, sans compter plusieurs yeua; -parfis.

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