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CHAPITRE VII

Notation musicale. — Musique mesurée. — L'harmonie au moyen-âge. — La Diaphonie. — Le Discantus ou Déchant. — Auteurs qui ont donné des tables avec les explications nécessaires de la notation musicale au moyen-âge. — Le nom de Contrepoint substitué à celui de Déchant. — Noms des compositeurs qui ont les premiers introduit des perfectionnements dans V harmonie.

Les anciens peuples, particulièrement les Égyptiens et les Grecs, se servaient des lettres de leur alphabet pour noter leur musique^); les Latins les imitèrent dans cette pratique, et, depuis l'invasion des peuples du Nord, les notations saxone et lombarde primitives (s), celle formée par St-Grégoire avec les sept premières lettres de l'alphabet romain, et quelques systèmes particuliers, surtout celui de Hucbald, étaient en usage chez les chrétiens, en sorte qu'il y eut alors fort peu d'uniformité dans le chant de l'église.

On a considéré longtemps Guido comme l'inventeur de la notation

(i) Alypius, Aristide Quintilien, Gaudance le philosophe, Bacchius et Boè'ce ont donné des tables avec les explications nécessaires de la notation musicale des Grecs. Voyez aussi : Exposition de la sémiographie ou notion musicale des Grecs, par Perne.

(2) Le système de notation celtique, en usage chez les anciens bardes, paraît avoir été longtemps ignoré des historiens de la musique.

actuelle du plain-chant; maïs les ouvrages mêmes de ce moitié démontrent le contraire. D'abord les manuscrits du Micrologue et de la lettre au moine Michel dont les exemples de musique sont notés, tantôt avec les lettres du Pape Grégoire, et tantôt en signes lombards tronqués placés sur une ligne; ensuite Vantiphonaire de Guido (manuscrit du XII0 siècle) qui est noté avec quatre lignes dont une (pour fa) est rouge, l'autre (pour ut) est verte, et les deux autres, placées dans l'intervalle et au dessus, sont tracées simplement dans l'épaisseur du vélin et sans couleur. Les signes de notation placés sur ces lignes ne sont, d'après l'opinion de M. Félis, que des modifications de la notation lombarde qui ont donné naissance à la notation régulière du plain -chant (').

Dans le cours du XIe siècle on inventa de nouveaux signes pour écrire le discours musical qui, au lieu de procéder par notes égales, fut soumis aux lois de la mesure et du rhjthme (2). Ces signes étaient la longue, la brève et la semi-brève, auxquelles on ajouta ensuite la minime, et plus tard (XIVe siècle) la maxime. Quant à l'harmonie, tout le système consistait alors à faire marcher l'accompagnement en quintes au dessus et en quartes au dessous du chant, par mouvement semblable; c'est ce qu'on appelait la diaphonie. Saint Isidore, archevêque de Séville, qui vivait au VIIe siècle, en parle déjà dans ses Senlentiœ di musicœ, et Hucbald en donne les définitions dans son livre : Musica enchiriades

(4) Pour la notation au moyen-âge, on peut consulter : 1° De cantu et musica sacra de l'abbé Gerbert; 2° Lexicon diplomaticum etc., de Jean-Ludolf "Walther; 3° L'histoire de l'harmonie au moyen-âge, par M. De Coussemaker; 4° Le Résumé philosophique de l'histoire de la musique de M. Félis, etc.

(2) Quelques écrivains font remonter l'origine de la musique mesurée au IXe siècle, et citent à l'appui une chanson latine sur la bataille de Fontenay (842), par Angelbert, soldat franc qui y combattit, et rapportée par l'abbé Lebeuf dans son Recueil des divers écrits pour servir d'éclaircissements à V histoire de France. Cette pièce, qui est en nolation saxone, et que Lebeuf rapporte en entier (pages 165 et 168, vol. I) a pour titre : Versus de bella qui fuit Fontanatœ, et se trouve à la bibliothèque impériale de Paris sous le N° 1154. On rencontre dans le Résumé philosophique de l'histoire de la musique de M. Fétis, l'indication d'autres mélodies rhylhmées appartenant également au IXe siècle, à savoir : 1° une lamentation sur la mort de Charles le Chauve [Planctus Karoli) , notée à la manière saxonne ; 2° la complainte de l'abbé Hugues aussi notée; 5° la chanson de Godeschalch; 4° la complainte de Lazare, par Paulin ; 5° la chanson du duc Henri par le même. Un manuscrit de la bibliothèque impériale de Paris (N° 1154) renferme ces curieux morceaux.

écrit au commencement du Xe siècle, ainsi qu'un exemple de diaphonie à quatre voix composé d'une succession de quintes d'une part, et d'octaves de l'autre (]). Guido a traité aussi de la diaphonie dans le 18e chapitre de son Micrologue (a).

Ce fut encore dans le XIe siècle que l'on commença par mêler ensemble dans l'harmonie des intervalles de nature différente, et d'éviter plus ou moins les progressions de quintes par mouvement semblable (3); ce nouveau procédé qui fit place à la diaphonie reçut le nom de Discantus (4), en vieux français déchant (5). A dater de celte époque l'art d'écrire se

(i) Les notions de cette harmonie barbare se sont répandues en Italie, à ce qu'on suppose, peu de temps après l'invasion de ce pays par les Lombards.

(2) La diaphonie était quelquefois désignée par le mot organum.

(3) Le plus ancien spécimen d'une harmonie quelque peu régulière est un morceau de chant à deux parties et en notation lombarde, qui se. trouve dans un manuscrit du XIe siècle (N° 1159, page 78) à la bibliothèque impériale de Paris, et que M. Fétis a fait connaître le premier dans son Résume philosophique de l'histoire de la musique. On y voit les parties se mouvoir par mouvement contraire, et passer de la quinte à l'octave, de la tierce à la quarte, de l'unisson à la tierce, etc.

Un ouvrage précieux à consulter pour cette époque est celui de M. De Coussemaker, (déjà cité) Histoire de l'harmonie au moyen-âge.

(i) Discanttis ou discant : Double chant (du grec dis doublement, et du latin cantus, chant). On appelait aussi discant, l'espèce de contrepoint impromptu, que chantaient au lutrin les parties supérieures, sur le ténor ou la basse.

Avant le XIVe siècle on appelait déchanteurs ceux qui ne faisaient qu'arranger sur le plain-chant ou sur une mélodie mondaine une harmonie à 2 ou 3 voix.

(5) Au XIVe siècle le nom de contrepoint fut substitué à celui de déchant, pour désigner l'art d'écrire en harmonie de plusieurs parties.

Le traité de contrepoint par Jean de Mûris, intitulé De discantu, est considéré parmi les ouvrages de ce genre comme le plus complet et le plus important de cette époque.

Guillaume Dufay est, de l'avis de M. Fétis, celui qui partage avec Binchois et Jean Dunstaple[*] la gloire d'avoir épuré l'harmonie, et de l'avoir affranchie des formes grossières et des successions de quintes, d'pclaves et d'unissons qui entachent les productions des plus habiles musiciens du XIVe siècle, tels que François Landino de Florence, Jacques de Bologne, Guillaume de Machault, etc.

Martin-le-Franc, poète français, qui écrivait de 1436 à 1459 un poème intitulé

[*] Guillaume Dufay, de Chimay, fut ténor de la chapelle de Clément VII, à Avignon, antérieurement à 1380. Il resta au service des Papes jusqu'au pontificat d'Iùigène IV, et mourut a Rome en 1432. — Gilles ou Égide Binchois, de Binche, petite ville du Hainaut, son lieu de naissance, était second chapelain de la chapelle de Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, en 1452. Tinctor (le Teinturier) le cite avec Dufay, et Dunstaple comme ayant eu pour élèves quelques-uns des plus grands musiciens du XV° siècle, tels que Jean Ockeghem, J. Régis, Busnoi, etc. — Duustaple naquit dans un bourg d'Ecosse dont il prit le nom.

développa graduellement jusqu'au moment où l'harmonie dissonnante fut trouvée et donna naissance à la tonalité moderne.

Le champion des Dames, y rappelle dans les vers suivants les perfectionnements introduits dans la musique par Dufay et Binchois :

Tapissier, Carmen, Cesaris [A]

N'a pas longtemps si bien chantèrent

Qu'ils ébahirent tout Paris

Et tout ceux qui les fréquentèrent :

Mais oncques jour ne déchantèrent

En mélodie de tel chois

(Ce m'ont dit ceux qui les hantèrent)

Que Guillaume Dufay et Binchois

Car ils ont nouvelle pratique.

De faire fusque concordance

En haute et en basse musique

En feinte, en pause, et en muance [B].

[A.] Noms de trois musiciens français du XlVe siècle, inconnus aux historiens. [B] La feinte (retard de consonnance) ; la pause (la notation).

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