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QUELQUES CÉLÈBRES MUSICIENS FLAMANDS D'AUTREFOIS

Okeghem, de Termonde, fut premier chapelain du roi de France Louis XI. Il occupait encore ce poste en 1461, d'après un compte des officiers de la maison du roi, concernant les obsèques de Charles VIII.

Obrecht, célèbre contrapunliste hollandais, était en 1467 maîlrede- chapelle à l'église cathédrale d'Utrecht. Il abandonna celle place pour entrer en 1488 comme simple chantre au chœur de la cathédrale d'Anvers 0), composé alors des plus grands musiciens du XVe siècle.

Jean le Teinturier, appelé Tinctor ou Tinctoris, de Nivelles, l'un des musiciens les plus érudits de son temps , fut le fondateur de l'école de Naples, vers 1476.

Adrien Willaert, de Bruges, maitre-de-chapelle de l'église de St-Marc, à Venise, depuis 1523 jusqu'en 1568, prit part à la fondalion de la célèbre école de cette ville.

Sur Josquin Desprez ou Deprez , qu'on suppose né dans le Hainaut vers 1450 ou 1455, Ronsard s'exprime ainsi dans la préface d'un recueil de chansons à plusieurs voix, qu'il adresse à Charles IX : « Et pour » ce, sire, quand il se manifeste quelqu'excellent ouvrier en cet an (la » musique), vous le devez soigneusement garder comme chose d'autant » excellente, que rarement elle apparaît, entre lesquels se sont depuis six » ou sept vingt ans, élevez Josquin Deprez, Hennuier de nation, et ses » disciples Mouton, Vuillard, Richefort, Jannequin, etc. »

Josquin Deprez fut chantre de la chapelle pontificale sous le Pape Sixte IV, et puis premier chanteur du roi de France Louis XII.

Louis Compère et Guillaume Crespel, tous deux élèves d'Okeghem et condisciples de Josquin Deprez, n'ont pas émigré à l'élranger; ils étaient, ainsi que Brumel de la Rue et Agricola, fixés à la cour de Marguerite d'Autriche.

La cour de Marguerite d'Autriche était le rendez-vous des artistes et gens de lettres les plus fameux. Cette princesse s'est distinguée comme poète par quelques ballades et rondeaux, que l'on trouve en manuscrit dans la

(i) D'après les découvertes de M. Léon de Burbure dans les archives de la cathédrale d'Anvers.

bibliothèque de Bourgogne, el que M. Van Hassell a fait imprimer en partie à la suite de son Essai sur la poésie française en Belgique (1838).

On conserve dans les archives de la chapelle pontificale, un motet de Louis Compère, dans lequel chaque partie est composée sur des paroles différentes. Pendant que le ténor et le second dessus chantent ce texte : Fera pessima devoravit filium meum, le soprano, le contralto et la basse débitent des vers qui ont pour sujet les grandes querelles du Pape Jules II et de Louis XII. — Guillaume Crespel est également connu par quelques motets.

Alexandre Agricola fut nommé en 1500 chapelain et chantre de Philippe-le-Beau, et lorsque ce prince et Jeanne allèrent en lb06 piendre possession de leur royaume de Castille, Agricola les suivit comme faisant partie de leur maison.

Pierre de la Rue fut maître-de-chapelle à Anvers au commencement du XVIe siècle.

Cyprien de Rore, de Malines, fut successeur d'Adrien Willaerl, dans l'emploi de maître-de-chapelle à Venise.

Jacques Arcadelt naquit dans les Pays-Bas vers la fin du XVe siècle. En 1539 il devint maître des enfants de chœur de St-Pierre du Vatican, à Rome.

Clément non papa fut le premier des maîtres-de-chapelle de Charles- Quint. Il se nommait Jacques Clément, mais le sobriquet de Clément non papa lui fut donné parce qu'il était contemporain de Clément VII, élu Pape le 19 novembre 1523.

Nicolas Gojibert, de Courtrai, élève de Josquin Desprez, fut maître des enfants de chœur de la chapelle de Charles-Quint à Madrid.

Jacques de Kerle, né à Ypres, fut maître-de-chapelle de l'empereur Rodolphe II.

Créquillon, né aux environs de Gand en 1505, était attaché à la chapelle de Charles-Quint à Madrid. Ce compositeur a écrit beaucoup de messes, motets et chansons françaises à 4 , 5 et 6 voix.

Hubert Waelrant, né à Anvers en 1517, se rendit à Venise pour y suivre les leçons de Willaert, et vint ensuite se fixer dans sa ville natale, où il créa une école de musique. On possède de Waelrant un livre de motels à 5 et 6 voix, publié à Louvain en 1557; des madrigaux, des chansons françaises à 5 voix.

André Pévernage, né à Courlrai en 1541, fut d'abord maitre-dechapelJe à la collégiale de sa ville natale, où il dirigea une école de musique dès 1560; ensuite il passa comme musicien à la cathédrale d'Anvers, dont il obtint la maîtrise plus tard. Il fut le prédécesseur de Matthieu Pottier. On connaît de ce musicien des chansons et des motets à 5, 6, 7 et 8 voix, des messes à 5, 6 et 7 voix.

Philippe de Mons, dont le nom de famille est resté inconnu, a laissé beaucoup de messes, de chants sacrés et de madrigaux, qui parurent à Ingolsladt et à Venise, depuis 1557 jusqu'en 1592.

Roland de Lattre ou Orlando Lassus, de Mons, est considéré comme le musicien belge le plus célèbre du XVIe siècle. A l'âge de vingt-et-un ans, il obtint la place de maître-de-chapelle à l'église de Saint Jean de Latran, à Rome, et fut appelé en 1557 à Munich, par l'électeur de Bavière Albert V, dit le Généreux ou le Magnanime, qui le nomma en 1562 directeur de sa chapelle. Le 7 décembre 1570, l'empereur Maximilien II , lors de la diète de Spire , lui décerna des lettres de noblesse, et le Pape Grégoire XIII le créa chevalier de Si-Pierre à l'éperon d'or, le 6 avril 1574.

Jean Dorât et Isaac Bullaert ont écrit l'éloge de Roland de Lattre, et le célèbre Vondel, dans ses Méditations sur Dieu et la Religion (Besviegelingen van God en GodsdienstJ, liv. III de la Providence, et dans des vers sur la mort de Zoeling, célèbre organiste d'Amsterdam, le cite comme un des princes de l'art :

Indien een wildeman noch hoorde op luchte sprongen

En vingerdans, wat geest door 't orgel quam gedrongeu,

Wat goddelyke galm zich spreide in iders oor

En rolde in 't hoogh gewelf, door kerck, kapel , koor;

Zoo veele mengels van registreren en klancken

Waer voor onze eeuwen noch Orlandus zanglust danken.

Zou hy gelooven dat geval die toonen mengt ,

Als verwen ondereen met kunst en geest gespringt(1)?

(i) Traduction. — Si quelque homme sauvage entendait les sons harmonieux qu'enfantent les tuyaux de l'orgue, animé par une main savante, s'il entendait les chants divins retentir sous les voûtes élevées du sanctuaire et se multiplier avec des combinaisons infinies, telles que notre siècle en doit à la création des Orlando,

Les compositions religieuses de Lassus sont au nombre de seize cents, savoir : 1209 motets ou cantiones sacrœ, 180 magnificat, 34 hymnes, 51 messes entières, 19 litanies, 13 lamentations, des psaumes, des offices propres et beaucoup d'autres chants d'église. Les morceaux de musique profane forment un total de 765, divisés en 371 chansons françaises, 233 madrigaux, 61 canzonette, 7 cantates ou dialogues. En tout près de 2,400 pièces.

A l'exemple de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la Hollande, le gouvernement belge, sur la proposition de M. Félis, a pris la résolution de faire publier à ses frais les œuvres des compositeurs belges qui ont illustré les XVe et XVIe siècles (*).

Pour l'école flamande d'autrefois, consultez l'intéressant ouvrage de Kiesewetler : Geschichte der europaisch-abendlandischen oder unserer heutigen Musik f Histoire de la musique de l'Europe occidentale, etc.), Leipsig, 1834. L'auteur y divise l'Histoire de la musique en dix-sept époques, et c'est un moine de notre pays qui donne son nom à la première de ces époques :

Ve époque, de Hucbald, années 901-1000.

2° » » Guido, 1001-1100.

3e » sans nom, 1101-1200.

4e » de Francon de Cologne, 1201-1300.

5e » » Marchetto de Padoue et J. de Mûris, 1300-1380.

6e » »> Dufay, 1380-1450.

7e » » Okeghem, 1450-1480.

8e » » Josquin Desprez, 1480-1520.

9e » » Willaert, 1520-1560.

10e » » Palestrina, 1560-1600.

IIe » » Monteverde, 1600-1640.

12e » » Carissimi, 1640-1680.

pourrait-il croire que c'est le hasard tout seul , qui produit ce mélange heureux de toDS variés, pleins d'artiûce, et mêlés comme des couleurs combinées par le génie?

Voir Roland de Lattre, sa vie, ses ouvrages, par M. Adolphe Mathieu (dans les Annales de la Sociale royale des Beaux-Arts et de Littérature de Gatid, 1857-1858 , 2me livraison). Voyez aussi Notice sur Roland de Lattre, etc., par M. H. Delmottc.

(\) Voyez le rapport lu par M. Félis à la classe des beaux-arts, le 25 septembre

13e époque de Scarlatti , 1680-1725.

14e » » Durante, 1725-1760 (nouvelle école napolitaine).

15° » » Gluck, 1760-1780.

16e » » Haydn et Mozart, 1780-1800.

17e » » Beethoven et Rossini, 1800-1832.

Le soulèvement contre Philippe II, les guerres d'Allemagne, la guerre de trente ans , plus tard l'invasion de Louis XIV et la guerre de succession éteignirent insensiblement le goût de l'art musical parmi nous. C'est seulement vers le milieu du XVIIIe siècle, que l'on voit surgir quelques noms dignes d'être cités.

Voici à partir de cette époque jusqu'à nos jours , une liste de la plupart des compositeurs belges (artistes et amateurs); parmi eux il en est plusieurs dont la réputation est devenue européenne :

MM. Kennis, de Lierre; François Krafft , de Bruxelles; Blavier, de Liège; Van der Borgt et Van Ham, de Louvain; Malhias van den Gheyn , de Tirlemont ; le chanoine Baick , de Louvain ; Pierre van Maldere, de Bruxelles ; Penneman et Pierre de Prins , de Louvain ; Adrien-Joseph van Helmont, de Bruxelles; François-Joseph Gossec, de Vergnies (Hainaut); André-Ernest Grétry, de Liège; Klop et Henri Barth, de Gand; Henri- Jacques Croes et son fils Henri, de Bruxelles; Deleplanque, de Liège; Neveu, de Bruxelles; Pierre Verheyen, de Gand; Chartrain et Pieltain, de Liège; le prince Charles de Ligne, deBelceil; Eugène et Lambert Godecharle, de Bruxelles; Antoine-Frédéric Gresnich, de Liège; Gehot, né en Belgique; Am. Vanderhagen, d'Anvers; les frères Stas, de Bruxelles; Olhon- Joseph van den Broeck, d'Ypres; Thomas Thollé, de Liège; Pierre-Jean de Volder, d'Anvers; Jean- Engelbert Pauwels, de Bruxelles; Redein et les frères Adrien, de Liège ; Joseph Borremans, de Bruxelles; Georges- Jacques Aelsters, de Gand; Jacques Bauwens, de Bruges; P.-J. Suremont, d'Anvers; Jean Ancot, de Bruges; Charles- Joseph- Liévin Hanssens, de Gand; H. Simon, d'Anvers; François van Campenhout, de Bruxelles; Jean-Hubert-Joseph Ansiaux, de Huy ; les frères Adolphe et Ulysse Claes, de Hasselt (amateurs); François-Joseph Félis, de Mons; Martin-Joseph Mengal, de Gand; Charles Ots, de Bruxelles; Joseph de Blumenthal, de Bruxelles;

Charles-Auguste Lis, d'Anvers; Jean-Baptiste d'Hollander, de Gand; J. Callewaert, de Courtrai; le baron Edouard de Lannoy, de Bruxelles; Nicolas-Lambert Wéry, deHuy; Charles Gildemyn , de Bruges ; François-Liévin Beylof, de Gand; François Snel, de Bruxelles; Louis Decortis, de Liège; Auguste-Philippe de Peellaert, de Bruges (amateur); Vanderghinste , de Courtrai ; Charles Warot , de Bruxelles ; Henri Liefmans, d'Audenarde (amateur); Dieudonné Goffin, de Verviers (amateur); Dieudonné Duguet, de Liège; P.-J. Schelfhout, d'Alost ; Louis Lambillotte (de la Compagnie de Jésus), né à Charleroi ; Buchet, de Limbourg (amateur); Jean-Simon Eyckens , d'Anvers; Devroye et Henrotte, chanoines à la cathédrale de Liège ; Jules de Glimes, de Bruxelles; Charles-François Angelet, de Gand; André Bobberechts, de Bruxelles; Louis-Constant Ermel, Ed. de Somere, Guillaume de Windt et Joseph Ghys, de Gand; Janssens, d'Anvers; Henri-Jacques Croes, de Bruxelles; le chevalier Ch.-L. de Maere, de St-Nicolas (amateur); Charles- Auguste De Bériot, de Louvain; François Isenbaert, d'Anvers; Lambert Meerts, de Bruxelles; Pierre:Joseph Hespel de Tournai ; Charles-Louis Hanssens, Joseph Kerchove, Ferdinand Van den Heuvel, de Gand; Jules Bovery, de Liège; Antoine et J.-J. Bessems, d'Anvers; Adrien-François Servais, de Hal (Brabant); François Lintermans, de Bruxelles; Alphonse Lemaire, deNamur; Frédéric Steenackers, né en Belgique; Jules Godefroid, de Namur; Eugène Brassine, de Liège; Jules Busschop, de Bruges (amateur); Théophile Vercken, de Liège; l'abbé le Normand, de Quaregnon (Hainaut); Fauconnier, de Fontaine-I'Évêque; Jean-François Dumont, de Bruges; Prume, de Stavelot; Jean Pollet, d'Everghem; Charles de Smet, de Gand (amateur); Hippolyte Hero, de Mons; Van Calck, né dans le Brabant; J.-B. Heimburger, de Liège; Albert Grisar, d'Anvers; le chevalier Léon de Burbure, de Termonde (amateur); J. van Volxem et Auguste Bouillon, de Bruxelles; Gustave de Burbure, de Termonde (amateur); François- Ant.- Alph. Wanson et Toussaint Badoux, de Liège; Hasselmans, d'Anvers; Joseph Fischer, de Bruxelles; Jean-Baptiste Stevens et Edmond Duval , d'Enghien ; Jules Berleur, de Huy; Jaspar, de Liège; Léon de Jaegher, de Bruges; Louis -A. Baoux, de Courtrai; le vicomte Charles de Clerque-Wissocq , de Gand (amateur) ; Cooremans, prêtre né en Belgique; Jean Baptiste Singelée, de Bruxelles ; Bernard van Loo, de Gand ; Jahn,

de Liège; Schepens-Agnelli, de Berlaere; Hubert Léonard, de Liège; Armand Limnander de Nieuwenhove, de Gand; Lambert Massart, de Liège; Jules de Nefve, de Cbimay; Joseph Artot, de Bruxelles; D. Duguet, de Liège; Storms, d'Anvers; Godefroid Camaiier, de Huy; le comte Camille Durulte, d'Ypres (amateur); François de Coninck, de Lebbeke; Bomain Niboul, de ïongres ; Alphonse Mailly, de Bruxelles; César-Auguste et Joseph Frank, de Liège; Louis Messemaekers, de Bruxelles; Bosret, de Namur; Ed. van Buggenhout, à Arlon ; François Lebeau, de Huy; Begibo et Van den Hende, de Benaix; Max. Heyndrickx, de Gand; Tilborghs et Dubois, nés en Belgique; Fr.- Charles Dupont, de Liège; Auguste Dupont, d'Ensival; Camille de Vos, deNinove; Aloys Kettenus, de Verviers; Edmond Vanderstraeten, d'Audenarde (amateur); Camille-Charles- Auguste de Maere -Limnander, de St-Nicolas (amateur); Boyer-De Behr, de Namur (amateur) ; Jacques Bûmes et Alphonse Duclos (amateur), de Gand ; Alphonse Herman, de Tournai; Léonard Terry, de Liège; Joseph Grégoir, d'Anvers; Henri Vieuxtemps, de Verviers ; J. Steveniers, de Liège ; le chevalier Van Elewyck, d'Ixelles (amateur); Edouard Grégoir, de Turnhout; Charles Miry, de Gand ; Norbert Soetaert, d'Oostkerke; Philippe van den Berghe, de Menin (amateur) ; Guillaume Meynne, de Nieuport ; Edouard de Vos, de Gand; Ch. Simar, de Bruxelles; François Dunkler, de Namur; Van Acker, de Menin (amateur); Chrétien Verdyen et Bichard Servranckx (amateur), de Louvain; Stoumont (amateur) et Adolphe Samuel, de Liège; Jacques-Nicolas Lemmens, de Zoerleparwys (province d'Anvers); Et.-J. Soubre, de Liège; Amédée Dubois, de Tournai; Clément Wylsman, de Termonde (amateur); Bobert-Julien et Evariste van Maldeghem, deDenlerghem; François-Auguste Gevaert, de Huysse; Souweine, de Gand; J.-E.-M.-M. Henskens et François Callaerts, d'Anvers; Léon Jouret, d'Ath; Jean de Stoop, de Bruges; Bauis, de Namur; François Schermers, d'Anvers; Emmanuel Desmet-Loehr, d'Ostende; Edouard Bauwens, de Bruges; Egide Aerts , de Boom (province d'Anvers); François van den Bogaerde, de Gand; P.-L.-L. Benoît, d'Harlebeke; François van Herzeele, de Gand; Agniez-Scribe (Agnesi), d'Erpenl-Iez- Namur; Jean van Acker, d'Anvers; Alexis Ermel, de Bruxelles; François et Jean Biga, de Liège; Ch.-L. de Wulf , deStaden; Alphonse Mailly, de Bruxelles; D. van Beysschoot, Jules de Vulder, Ferdinand Brondeel,

de Gand; L. van Gheluwe, de Wanneghem Lede; Ferdinand van den Heuvel, Florimond van Duyse, J. van den Heede, de Gand, etc.

Aux XVe et XVIe siècles, la poésie flamande et Ialine(1), la peinture, l'architecture et la sculplure(8) n'étaient pas moins en honneur dans notre pays; de leur côté, les chambres de rhétorique (3), ces illustres

(1) Noms des poètes les plus renommés qui vécureni dans les Pays-Bas , aux XVe et XVIe siècles :

XVe siècle. — Jacques de Vilt, de Bruges; Gérard Boelants, de Louvain ; Dirk van Munster, Jean van Daele, Antoine de Roovere , de Bruges.

XVIe siècle. — Anna Beyns , d'Anvers , femme-poète vouée à la vie dévote ; Mathieu Castelyn, d'Audenarde; Corneille van Ghistele, d'Anvers; Colin de Lille (Colin van Byssele) ; Jean Fruytiers , maître des requêtes du prince d'Orange ; Jean-Baptiste Homvaert, de Bruxelles; Pierre Heyns, d'Anvers; Philippe de Marnix de Sainte Aldegonde, de Bruxelles; Karel van Mander, de Meulebeek, en Flandre, peintre et poète; Philippe Naman, de Bruxelles. Mais les poètes les plus illustres de cette époque, nés tous les trois à Amsterdam, sont : Volkertszoon Coornhert, Roemer-Visscher et surtout Henri Laurenszoon Spiegel, à qui l'on doit la renaissance de la langue et de la littérature néerlandaises.

(2) Le XVe siècle nous rappelle avec un légitime orgueil les noms d'Hubert et de Jean van Eyck, inventeurs de la peinture à l'huile et fondateurs de la plus célèbre des écoles qui aient fleuri dans le nord de l'Europe à cette époque.

Déjà en 1419, les frères Van Eyck habitèrent la ville de Gand. Hubert y commença l'admirable tableau de Y Agneau mystique, qui fut achevé en 1432 par Jean van Eyck, pour la chapelle de Josse Vydt, dans l'église paroissiale de St-Jean (la cathédrale de St-Bavon). [Recherches sur les peintres gantois des XIVe et XVe siècles, par M. Edmond de Busscher.]

Ce fut particulièrement auxXVe-XVIe siècles que l'on vit s'élever en Belgique ces monuments d'un style gothique si admirable, tels que l'hôtel-de-ville de Louvain, celui de Bruxelles, la tour de l'église Notre-Dame à Anvers, l'hôtel-de-ville d'Audenarde, ainsi que la magnifique aîle gothique de l'hôtel-de ville de Gand, bâtie dans les premières années du XVIe siècle.

Le tombeau de Philippc-le-Hardi à Dijon, exécuté au commencement du XVe siècle par des sculpteurs flamands, est considéré comme un chef-d'œuvre.

(3) L'origine des chambres de rhétorique dans les provinces flamandes remonte au XIVe siècle; il est déjà fait mention de la chambre de Diest (Brabant) Christus oogen, sive coronaria lychnis, dès l'année 1302. Celle d'Ypres, Alpha en Oméga, dont on n'indique pas au juste la date d'origine, est néanmoins reconnue comme la plus ancienne des Flandres ; la chambre de Dixmude (Flandre occidentale) den Hciligen Geest (le Saint Esprit) fut instituée vers 1594, et puis celle de Bruxelles het Boek (le Livre), qui comptait au nombre de ses membres le duc Jean IV, existait en 1401, et fut bientôt suivie par plusieurs autres. (Histoire de la ville de Bruxelles, par A. Henné et Alp. Wauters.) La chambre de Violier (le Violier), d'Anvers, sans être comptée parmi les plus anciennes, fut une des plus impor-

institutions, eurent une large part dans le progrès intellectuel, en accélérant le mouvement des esprits vers les sciences, les lettres et les arts.

tantes du pays; elle se trouvait, ainsi que beaucoup d'autres corporations, sous la dépendance de la confrérie de Si Luc, institution créée pour la culture des arts, et qui concourut à la fondation de l'académie d'Anvers, devenue si célèbre.

Il est fait mention de cette académie dès les premières années du XVIe siècle; mais elle ne fut définitivement constituée qu'en 1663, sur la requête adressée au roi d'Espagne, Philippe IV, par David Teniers et eonsors, alors doyens et chefs (oudermans) de la confrérie de St-Luc.

Les registres de St-Luc nous donnent les noms des différents doyens de la confrérie de l'année 1454 à 1794 , et parmi les artistes appelés à cette dignité figurent plusieurs peintres renommés.

Une particularité constatée sur ces mêmes registres, et qui intéresse surtout l'art musical, est l'admission en 1557 comme membres de St-Luc, des facteurs de clavecins d'Anvers ; ce qui fait supposer que ce genre d'industrie y était déjà trèsdéveloppé, et l'usage du clavecin généralement répandu.

A la fin du XVIe siècle et dans le cours du XVIIe, Hans ou Jean Ruckers et son fils André, nés tous les deux à Anvers, figuraient parmi les plus célèbres facteurs de clavecin de l'Europe. Les instruments d'André étaient pour la plupart ornés de belles peintures par les peintres les plus renommés, ses compatriotes.

La facture d'orgues était une branche d'industrie encore plus ancienne alors en Belgique; car Adrien Pieterez, né à Bruges, dans les premières années du XVe siècle, construisît à Delft en 1455 pour l'église neuve un instrument qui s'y trouvait encore, il y a une vingtaine d'années. Ensuite un certain Josse de Bus, établi à Audenarde, fit en 1505 un orgue pour l'hôpital Notre Dame de cette ville, et l'instrument que celui-ci remplaça, avait été fait en 1458, par Jean van Geeraerdsberghe.

Pour connaître le nombre exact des chambres de rhétorique qui florissaient autrefois dans les Pays-Bas, on peut consulter : Schets ecner geschiedenis der Rederykeren (Esquisse d'une histoire des Chambres de rhétorique) , par M. Kops, et le mémoire de P. Van Duyse, couronné par l'Académie de Belgique en 1860.

Dans la seconde moitié du XVe siècle, cinq chambres de rhétorique furent successivement instituées à Gand, savoir : celle de la Fontaine d'Hippocrène (t Geselschip van der Fontane) , en 1448 ; Sinte-Agnète (Ste-Jgncs) , dite de Boomlooze mande (le Panier percé) en 1471 ; la société de Sainte-Barbe, mentionnée dans les comptes de la ville pour l'année 1468; celle de Maria t'eeren ou ter eeren (Pour honorer Marie), vers 1478; de Balscmbhem (la Fleur de baume), instituée en 1493 par Philippe-le-Beau, qui l'érigea en Chambre suprême du pays. « Le » règlement de cette confrérie, assez curieux à connaître, dit M. Cornelissen, dans » son Opuscule sur les Chambres de Rhétorique en Flandre, portait en substance : » Que la Chambre sera composée de quinze rhétoriciens et d'un nombre égal de » jeunes hommes, qui seront tenus d'apprendre l'art de la poésie ; que lorsque » cette Chambre et les quinze jeunes hommes y agréés se rendront aux concours, » ils pourront , en vertu de la suprématie de la Chambre, représenter leur drame

Grâce à la sollicitude éclairée d'un monarque, juste appréciateur des arts, et qui considère la musique comme un des principes les plus féconds

» ou jeu de moralité, sans être obligés de tirer au sort; qu'enfin pour honorer » dans cette Chambre d'une manière plus particulière Notre Seigneur et la Vierge » Marie (c'était l'usage du temps de mêler ainsi le sacré et le profane), on y admet- » tra quinze jeunes femmes, en mémoire des quinze joies de la Vierge. La tradition » nous apprend, ajoute M. Cornelissen, que plus de cinquante rhéloriciennes se » mirent sur les rangs, et ce qui ne doit pas surprendre, toutes celles qui mérilè- » rent la préférence, étaient aussi sages que belles. »

A Gand, dès l'année 1431, les annales urbaines constatent l'existence d'une corporation dramatique sous la dénomination de : Gezellen van den Esbattemente (les Compagnons de l'ébattement) et les comptes communaux de l'année 1441- 1442 font mention d'une autre confrérie connue sous le nom de : Gezellen van den Konste (les Compagnons de l'art) [dramatique ou poétique].

On sait aussi qu'aux Esbattemcnts de Gand, en l'année 1459, il y avait deux prix à remporter, l'un pour la langue ilamande et l'autre pour la langue française, et que ce fut la ville d'Audenarde qui obtint le premier de ces prix et celle de Tournai le second.

Les chambres de rhétorique donnèrent une heureuse impulsion à l'art dramatique, en instituant des concours entre les diverses sociétés des provinces flamandes et hollandaises. Le premier de ces concours eut lieu à Anvers au mois de mai 1490, et 28 chambres de rhétorique des Flandres, du Brabant et de la Hollande prirent part à la lutte. La Société de Lierre : de Ongclcerden (les Ignorants) obtint le premier prix; celle de la Fontaine, de Gand, le second, et la Société de Sainte Barbe, de la même ville, le troisième.

La plus ancienne chambre de rhétorique, connue en Hollande, est celle nommée : Het bloemken Jesse (La petite fleur de Jessé) , de Middelbourg, instituée en 1430; ensuite celle de Vlaerdingen, qui remonte à 1455, et la société de Gouda, à 1457.

Voyez Lambrechlsen , Bcknopte geschiedenis van de Middelburgschc rhetorijkkamer het Bloemken Jesse. — Verhandelingen van de Muatschappij der Nederlandsche Lctterkunde te Leyden (Précis historique de la Chambre de rhétorique la Petite fleur de Jessé, de Middelbourg, publié dans les Dissertations de la Société de Littérature néerlandaise, à Leyde) , 1819, III, p. 128.

De toutes les chambres de rhétorique hollandaises, celle d'Amsterdam, connue sous la devise : In liefde bloeijende, a rendu le plus de services à la langue et à la littérature nationale; vers la fin du XVIe siècle elle comptait au nombre de ses membres les littérateurs les plus renommés , tels que les Spiegel , les Coornhert, les Visscher, et peut être considérée comme l'école où se formèrent les Hoofl et les Vondel. Cette société célébra en 1609, à la demande du magistrat de la ville, par neuf représentations théâtrales différentes, dues au génie du célèbre Hoofl , l'armistice conclu entre la république et le roi d'Espagne.

Dans les concours des sociétés de rhétorique du XVe et du XVIe siècle, le grand prix se nommait par excellence het Lancljuweel (le joyau du pays).

de la civilisation, l'école belge, longtemps slalionnaire, a repris sous le règne de Léopold Ier une extension prodigieuse; déjà nos conservatoires

En 1561, la Chambre du Violier, d'Anvers, ayant remporté le joyau du pays au concours de Gand , proposa à son tour un jeu de moralité sur la question : Par quels moyens les hommes sont-ils le plus efficacement excités aux arts et aux sciences? et la Rose, de Couvain, obtint le prix en répondant : « Que ce » qui excitait le plus les hommes aux arts et aux sciences, c'était l'honneur, » la gloire et la louange. »

MM. Willems etSerrure citent comme la composition dramatique la plus ancienne que l'on ait conservée des rhétoriciens, un mystère intitulé : De eerstc bliscap van Maria (La première joie de Marie); il fut représenté par ordre des magistrats en 1444, à l'occasion de la kermesse, sur la Grande Place à Bruxelles. Cette composition inédile se trouve dans un manuscrit ayant appartenu dans le temps à M. Cammens, bibliothécaire de l'université de Gand. (Voyez le Bclgisch Muséum de 1845 et le Messager des Sciences de 1835.)

Parmi les ouvrages dramatiques du théâtre flamand de la fin du XVe siècle, se trouve celui intitulé : Het zevejarig beleg van Ghendt door den koning van Vrankryk, Engeland en Scotland, onder Arnoldus V, grave van Vlaendercn, treurspel in vyf bedryven (Les sept années de siège de la ville de Gand, par les rois de France , d' Angleterre et d'Ecosse réunis, sous Arnold V , comte de Flandre, tragédie en cinq actes). A Gand, chez P. Kimpe, imprimeur, près des Capucins. Cette pièce fut encore jouée par quelques sociétés de rhétorique jusqu'au commencement du XIXe siècle.

Lors de l'entrée du prince d'Orange, Guillaume le Taciturne, à Gand, le 29 décembre 1577, les Chambres de rhétorique réunies donnèrent plusieurs représentations théâtrales devant l'hôtel-de-ville et sur un théâtre élevé au Poêle (Place du Marais) , devant l'hôtel de Wacken (het Ho f van Tf'acken) , où le prince était logé.

Au XVIe siècle, le nombre de pièces de théâtre augmenta d'une manière considérable, principalement les jeux allégoriques dans le goût français, appelés sinne-spelen ou spelen van simien, parce qu'on y voyait paraître des personnages allégoriques sous le nom de sinnekens (les sens). C'étaient des drames composés le plus souvent en réponse à une question proposée dans les concours poétiques, ouverts par les chambres de rhétorique de la Flaudre, du Brabant ou des autres provinces. Les réponses écrites sous cette forme pour le Landjmveel ou concours donné en 1539 par la chambre de la Fontaine, ont été publiées la même année , accompagnées de gravures sur bois , figurant les blasons des dix-neuf chambres concurrantes , chez Joos Lambrechls , imprimeur à Gand. Quelquefois les pièces allégoriques revêtaient une forme historique, et même empruntaient leurs sujets à la Bible et aux vieilles chroniques de notre pays.

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, on rencontre des drames allégoriques remplis d'allusions aux événements du temps, et d'attaques directes contre la tyrannie espagnole.

Pour bien connaître l'état du théâtre flamand au XVIP siècle et ses prin-

ont produit des compositeurs distingués, et un nombre considérable de virtuoses instrumentistes, répandus aujourd'hui dans toutes les parties

cipaux écrivains à celte époque, voyez : Uet vlacmsch tooneel in de XVIIe ecuw (Le théâtre flamand au XVIIe siècle) , par le docteur Snellaert. (Bclgisch muséum, année 1843.)

Jusqu'au commencement du XVIIIe siècle, les chambres de rhétorique, qui jouaient en flamand , avaient seules le privilège de donner des représentations théâtrales, les troupes françaises n'étaient qu'ambulantes. C'est ainsi qu'à Gand, lors de l'inauguration de l'évêque Van den Bosch, en 1661, on fit venir de Paris la troupe de comédiens de Mademoiselle d'Orléans, pour jouer devant le prélat et son clergé, à la grande salle de l'hôtel-de-ville. Cette particularité est consignée dans les comptes de la ville de Gand.

Il est encore fait mention de comédiens français dans ces mêmes comptes pour les années 1665, 1664 et 1672.

L'établissement définitif du théâtre français dans les provinces flamandes date d'une époque peu éloignée; le premier, celui de Bruxelles, n'existe que depuis 1700, et l'origine du théâtre français de Gand remonte seulement à 1750. Cette année, l'ancienne salle du spectacle, sur l'emplacement de laquelle a été élevé le magnifique théâtre actuel, fut exploitée pour la première fois par privilège de la confrérie de St-Sébaslien (qui l'avait érigée), par une troupe française, sous la direction de MM. Leclerc et Langlois. Néanmoins les différents corps de métiers, surtout celui des bouchers, continuèrent d'y donner de temps à autre des représentations dramatiques. La société de St-Sébastien a été instituée sous Louis de Crécy, entre les années 1522 à 1546. Vers 1425, les membres de cette corporation établirent leur cour sur un terrain situé hors de la porte aux Vaches, le long des fortifications du fossé dit l'Etang des Echevins (Sehepencn Vivere) ; ils y continuèrent leurs exercices du tir à l'arc jusqu'en 1548 ; alors l'administration communale, par acte du 19 novembre, leur céda à cet usage un endroit spacieux sur le rempart du Cautre (Caater-veste) , et ce ne fut qu'en 1757 que la confrérie, sur les plans de l'architecte Bernard de Wilde, de Gand, y fit élever sa salle de spectacle. En 1776 on reconstruisit l'intérieur de cette salle, en y ajoutant un 5me rang de loges; ce changement se fit d'après les dessins de M. Van Gelder, architecte de Bruxelles.

Le premier théâtre, mentionné dans les annales de Gand, fut érigé en cette ville sur le rempart du Cautre, à côté de l'ancien parc de St-Sébastien , vers la tin du XVIIe siècle, à ce qu'on suppose, car un certain Bombardi , directeur d'une troupe d'acteurs, qui se trouvait en 1698 à Bruxelles, sollicita du magistrat de Gand, la faveur de pouvoir donner sur le nouveau théâtre, dit la requête, douze représentations pendant le mois d'août de cette année.

Ce théâtre devint la proie des flammes le 16 septembre 1715.

Pour en revenir aux chambres de rhétorique, il ne sera pas sans intérêt de rappeler quelques circonstances qui concernent la Chambre de la Fontaine, la plus ancienne et la seule de ces institutions que possédait autrefois la ville de Gand, qui se soit maintenue.

Au milieu des calamités publiques de la fin du XVIe siècle, plusieurs chambres

de l'Europe. L'école d'orgue, insliluée au Conservaloire de Bruxelles par les soins de son savant directeur, M. Fr. Félis, s'est élevée en peu

de rhétorique de la Flandre et du Brabant se réfugièrent en Hollande. Celle du Brabant : De Lavendclbloem (La fleur de Lavande) se fixa à Amsterdam et devint une des plus célèbres : elle encouragea les premiers essais dramatiques de Yondel. D'autres chambres de rhétorique furent supprimées ou fermées ; du moins ne donnèrent-elles de longtemps signe de vie. La Chambre de la Fontaine, seule parmi celles de notre ville, reprit ses séances littéraires et dramatiques vers la fin du règne d'Albert et d'Isabelle, mais sans pompe et sans éclat, et ce fut seulement au siècle suivant qu'elle vit renaître un peu son ancienne splendeur.

En 1706, cette société fut entièrement reconstituée, et Jacques Heye, l'un de ses membres, composa pour la circonstance une pièce de vers qui a été reproduite par Mr Ph. Blommaert dans son histoire de la chambre de rhétorique la Fontaine.

Trois ans après, lors de l'installation de M. Leduc à la dignité de président, la société prit pour titre : De nieuioe verwekte Phcnix-gilde van rhetorica onder de bescherminge van de Alderheiligsle Drievuldigheid (la confrérie de rhétorique Le nouveau Phénix qui renait de ses cendres, sous la protection de la très-sainteTrinité) .

Depuis sa réorganisation, la société de la Fontaine tint ses réunions Aux Armes d'Espagne, rue Haute-Porte (N° 24 actuel). Elle conserva ce local jusqu'en 1716; alors, M. Van Branteghem, seigneur de Beybrouc, président de la société, fit construire dans la rueMagelein un théâtre et une salle de réunion dans l'enclos appelé het Gankske (le Couloir) , ancienne chapelle des tisserands de coutil ( tykwevers ) , et qui avait encore servi de salle de spectacle; on y entrait par la maison portant aujourd'hui le numéro 15. La première pièce représentée sur ce théâtre en 171 7 par les Fontainistes avait pour titre : De zegcpraelvan keiserKarel VLopAchmet III, den turkschen sidtan (Le triomphe de l'empereur Charles VI sur le sultan Achmet III). L'auteur de ce drame était Corn élis de Meyer.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on vit des sociétés dramatiques se former dans chaque paroisse de la ville; celle de St-Bavon avait son théâtre dans la salle du WHten Leeuw (le Lion Blanc), vis-à-vis les Biches Claires, rue St-Liévin, et d'après un programme de l'année 1776, nous voyons qu'elle y jouait les 1, 8, 15, 22 septembre, les 6, 13 et 20 octobre, une .pièce intitulée -.Hetblyendig treurspel van het H. Bloed van onzen Zaligmaker Jcsus-Christus, ovcrgebracht van Jérusalem naer de stad Brugge, in Vlaenderen (La tragi-comédie du Saint-Sang de Notre Sauveur Jésus-Christ, transféré de Jérusalem à Bruges, en Flandre).

A la campagne, des jeux scéniques eurent lieu également les dimanches dans les villages d'Assenede, Caprycke, Eecke, St-Martens-Leerne, Moerbeke, Oostacker, Puyvelde (pays de Waes), Sleydinge, Somergem, Velsique, Vurste, Wacken, Waerschoot, Zèle, Berlaere, Zeveneecken, Saffelaere, Heusden et Lovendeghem. M. Ph. Blommaert possède les programmes de tous ces spectacles pour les années 1761 à 1777.

La société de la Fontaine donna dans le local rue Magelein ses séances dramatiques et littéraires jusqu'à la suppression de toutes les confréries en 1794; alors elle fut transférée quai aux Bois, N° 36.

d'années au rang des premières de l'époque (1). Nos cercles lyriques,

Le 20 avril 1812, eut lieu avec grand éclat la réinstallalion de la Chambre de la Fontaine. Indépendamment des concours de poésie française et flamande, de déclamation dans ces deux langues, de calligraphie, la chambre, fidèle à son ancienne devise : Mente, calamo et voce (Avec l'esprit, la plume et la voix), ce qui indique le triple but de ses exercices, eut l'heureuse idée, pour rehausser encore cette solennité d'y associer la musique, en ajoutant au programme un concours pour harmonie militaire. Parmi les sociétés musicales qui répondirent à l'appel , celle de Courtrai (corps de musique de la garde nationale) remporta le 1er prix ; celle de Bruges (corps de musique attaché à la garde nationale) le second, et la société d'Harmonie Musicale de St-Nicolas obtint la mention honorable. Le jury de ce concours était composé comme suit : MM. De Meulemeester, banquier; Ermel, Charles Hanssens, J. Kafka, Charles Lagye, Mengal père, Charles Ots et Vastensavondt, professeurs de musique.

Dans la poésie française ont remporté les prix : le premier, M. Blanfort, de Termonde, professeur de belles lettres; le second, M. Tinel , de Montpellier; le troisième, M. Dehoon, de Bassevelde, officier de santé.

Dans la poésie flamande : le premier prix, M. J.-F. Willems; le second, M. Eug. van Damme, de Bruges; le troisième, M. Jacques Lambin, d'Ypres.

(Voyez Verzameling van aile de nedercluitsche dichtstukken, die medegedongen hebben naer de lauwerkroonen, uitgegeven door de Maetschappy van Rhetorica binnen Gend [Recueil de tous les poèmes flamands qui ont concouru pour les prix décernés par la Société de Rhétorique à Gand, le 27 juillet 1812]. Gand, chez J. Begyn.)

Lors de la distribution des prix , le 27 juillet suivant , plusieurs discours furent prononcés, et M. Cornelissen, dont le souvenir sera toujours cher aux Gantois, y lut son intéressant opuscule (déjà cité) sur l'origine, les progrès et la décadence des chambres de rhétorique établies en Flandre (avec une notice historique sur Jacques van Artevelde); ensuite la section chorale, attachée à la chambre de rhétorique, fit entendre plusieurs chœurs consacrés à la gloire des muses, et dont la musique était composée par M. Charles Hanssens.

Le 9 décembre 1848 , la Chambre de la Fontaine a célébré son jubilé quadriséculaire; à cette occasion, elle a fait frapper une médaille, dont un exemplaire a été remis à toutes les sociétés littéraires, artistiques et musicales , qui ont concouru à rehausser par leur présence, l'éclat de cette fête toute flamande, toute nationale. D'un côté de la médaille on a représenté l'emblème séculaire de la Fontaine, avec la devise : AU 'l past bi apetite ; de l'autre, une lampe, allumée, avec les mots : Vierhonderdjarig jubelfeesl (jubilé de 400 ans), 1848. L'exécution de cette jolie médaille a été confiée aux frères Wiener, de Bruxelles.

La société la Fontaine et celle de Broedermin et Taelyver donnent alternativement leurs représentations dramatiques sur le nouveau théâtre élevé en 1845 dans la rue du Pont Madou. Cet édifice fut construit aux frais, sur les plans et sous la direction de M. l'architecte Mioard, dont il porte le nom.

(î) C'est au professeur M. Lemmens que le cours d'orgue de cet établissement doit sa renommée. Le gouvernement belge, sur les instances de M. Félis, a fait don

dignes émules de ceux de l'Allemagne^) , ont vu par leur influence

au Conservatoirede Bruxelles d'un grand orgue de 85 registres; cet instrument sort des ateliers de Merklin-Schùtze.

(1) La première mention d'une société de chant pour voix d'hommes, régulièrement constituée en Allemagne, remonte à l'année 1675 ; on sait positivement qu'il existait à cette époque dans la ville de Greiffenherg, en Poméranie, une réunion chorale composée de seize personnes, appartenant les unes à la bourgeoisie, les autres à la noblesse, d'autres au clergé. Les membres de celte petite société, que dirigeait un jeune étudiant en théologie, composaient eux-mêmes les chœurs qu'ils exécutaient. (Voyez Georges Kaslner, Les chants de la vie, l'introduction historique.)

Le nombre de chœurs ou morceaux à plusieurs voix composés en Allemagne pour les sociétés chorales, s'élève maintenant, dit-on, à plus de quinze mille.

Dans ces derniers temps, les publications musicales de chants à 1, 2, 5 ou 4 voix, destinées aux écoles primaires des deux sexes (enfants et adultes) , y sont devenues également fort considérables ; on remarque surtout celles de M. Erk, professeur de musique au séminaire des instituteurs à Berlin, et de son collaborateur M. Guillaume Greef , professeur et organiste à Meurs. Ces productions se distinguent par le naturel et la simplicité des mélodies (écrites dans le médium du diapason de la voix) , la régularité du rhythme et l'élégance de l'harmonie.

On doit aussi à M. Erk, des recueils de chants très-estimés, à l'usage des gymnases, des écoles scientifiques et secondaires.

Parmi les institutions d'une origine moins ancienne, dont s'honore ajuste titre la ville de Gand , il faut citer la Société royale des Beaux-Arts et de Littérature, la première de ce genre qui ait été établie en Belgique. Le 21 septembre 1808, M. Faipoult, alors préfet du département de l'Escaut, et M. Pycke, maire de Gand, approuvèrent l'acte constitutif de cette société, et elle fut définitivement installée le 27 du même mois, par les membres-fondateurs, dont voici les noms : MM. Louis Roelandt, architecte; Pierre Goetghebuer, architecte; Charles Cruysmans, sculpteur ; Joachim deVogelaere, architecte; Liévin de Bast, graveur et orfèvre-ciseleur; Emmanuel Quaelfaslem, architecte; Pierre de Broe, architecte, et Joseph de Bast, praticien. (Voyez : Précis historique de la Société royale des Beaux-Arts et de Littérature de Gand [Annales de la société, années 1844-1845], par M. Edmond de Busscher.)

Ce fut à la requête de la Société des Beaux- Arts, que la régence institua en 1855 le Conservatoire de musique. « Déjà en 1818, dit M. Edmond de Busscher, une » proposition analogue avait été soumise à la compagnie par le secrétaire de la » section musicale, M. Antoine Devigne, qui demandait subsidiairement, et en cas » de décision négative, le rétablissement des anciennes maîtrises des cathédrales. » La commission chargée de l'examen des motifs sur lesquels était basée cette » double motion, se prononça formellement en faveur de la création d'un conser- » vatoire de musique. En se rendant en 1855 au vœu exprimé pour la seconde fois » par la Société des Beaux-Arts , l'autorité communale de Gand montra qu'elle » appréciait la bonne direction que cette école pouvait imprimer à l'éducation » musicale. Les voix, fraîches et exercées qui font maintenant les délices de nos

le goût du chant d'ensemble se répandre dans les masses, et des sociétés

» concerts, aussi bien que les jeunes exécutants qui peuplent nos orchestres, prou- » vent que ces prévisions favorables étaient fondées. Si donc les résultats ont » répondu à l'attente, c'est à l'institut gantois que l'on doit l'impulsion vers ce » nouveau progrès. »

C'est particulièrement pour ses concours de composition musicale, que la Société royale des Beaux-Arts doit occuper une place toute spéciale dans cet ouvrage. Le premier de ces concours eut lieu en 1816 pour la mise en musique d'une cantate en langues française et flamande sur la bataille de Waterloo. Sept concurrents se disputèrent les prix. Le jury adjugea unanimement les médailles d'or à M. Pierre Verheyen, de Gand, pour la cantate française, et à M. P.-J. Suremonl, d'Anvers, qui s'était exercé sur la cantate flamande. Une médaille d'argent fut accordée comme accessit à M. Ch. Gildemyn, de Bruges. Au deuxième concours (1820) , la: classe de musique offrait une médaille et une gratification de cent florins, pour la composition d'une symphonie à grand orchestre : M. J.Wîlms, d'Amsterdam, remporta le prix. Deux secondes médailles furent décernées aux symphonies de M. Ch. Angelet, de Gand, et de M. Janssens, d'Anvers Le troisième concours (1840) eut pour sujet la composition d'un Stabat mater dolorosa. Huit partitions furent envoyées, à la société, et celle de M. Louis Ermel , de Gand , mérita la médaille d'or. Un* quatrième concours (1842) n'eut pas de résultat; le sujet était un motet ou cantique à la Sainte Vierge, à choisir dans le rituel. Le jury déclara qu'il n'y avait pas lieu de décerner le prix, ni même d'accorder quelque autre distinction. Le sujet à mettre en musique pour le cinquième concours (1847) , était la cantate nationale couronnée, Belgic, de feu notre illustre poète M. Prudent van Duyse. M. F.-Aug. Gevaert fut proclamé lauréat. Au sixième concours (1849), la section de musique proposa pour sujet une ouverture à grand orchestre, suivie d'un chant guerrier. Le prix ne fut pas décerné, mais le jury adjugea une gratification et une médaille en vermeil à deux concurrents : MM. Jules Denefve, de Cliimay, et Charles Miry, de Gand. Le programme du septième concours (1852-1853) portait un prix (médaille de 400 fr.) pour la meilleure symphonie à graud orchestre; mais il n'y a pas eu lieu d'accorder aucune distinction. Enfin un huitième concours fut proposé en 1858, à l'occasion des fêtes jubilaires du cinquantième anniversaire de la fondation de la société; le poème couronné (De Schoone Kunstcn inBehjië) était de MmeVan Ackere-Doolaeghe, de Dixmude. Sur les huit partitions concurrentes, celle de M. Frans van Herzeele, de Gand, a été jugée digne du prix. MM. Charles Duyck, deThielt, et Jules de Vulder, de Gand, ont obtenu une mention honorable. (Voyez les Annales de la Société royale des Beaux Arts el de Littérature de Gand , 1857-1858, 5e et 4e livr.V

Au mois d'octobre de la même année 1808, la Société de Botanique et d'Horticulture s'établit également dans notre ville; elle ouvrit son Salon de Flore (exposition d'arbustes et de plantes en fleurs) le 7 février 1809. Cette société, la première de toutes celles qui furent créées en Europe, en est encore la plus florissante et la plus en réputation. (Ibid.)

M. Van Damme-Sellier, horticulteur et architecte de jardins, a publié en 1861 % une Histoire de la Société royale d'Agriculture et de Botanique de Gand.

chorales se former jusque dans les plus humbles villages ('). En même lemps, la musique vocale est devenue pour ainsi dire une partie inhérente, inséparable de l'enseignement scolaire, non seulement dans nos écoles communales, mais encore dans les établissements d'instruction de l'Étal.

Maintenant nous pouvons répéter avec le célèbre chansonnier français :

La musique, source féconde Répandant ses flots jusqu'en bas, Nous verrons ivre de son onde Artisans, laboureurs, soldats. Ce concert puisse-tu l'étendre A tout un monde divisé, Les cœurs sont bien près de s'entendre Quand les voix ont fraternisé (2).

(1) La statistique faite en 1851 constatait l'existence en Belgique de 250 cercles chantants, ayant plus de 12,000 choristes; au dernier recensement (1859) le nombre en avait considérablement augmenté. (Voyez Historique des Sociétés Chorales en Belgique, par M. Aug. Thys [2me édition], el Xomcnclature des Sociétés Musicales de la Belgique, par M. E. Jacops, d'Anvers.)

(2) Couplet d'une chanson de Béranger, intitulée L'Orphéon, écrite par ce poète après la dernière séance de r Orphéon de 1851 et adressée à M. Bocquillon-YVilhem, fondateur de celte institution.

En 1855 , M. YVilhem imagina les réunions périodiques des élèves de toutes les écoles primaires de Paris en un seul chœur, qu'il désigna sous le nom à'Orphéon. Le premier essai de cette institution fut fait au mois d'octobre de la même année, et des écoles d'adultes furent également instituées pour fournir à l'ensemble la réunion de tous les genres de voix.

En 1855, M. Wilhem fut nommé à la place de directeur-général de l'enseignement musical de toutes les écoles primaires de Paris.

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