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HOLLANDE

État actuel de la musique dans ce pays. — Célèbres institutions musicales et artistiques de la Hollande. — La Société Félix- Mer itis. — La Société pour l'Encouragement de l'art musical, fondée par M. Vcrmeulen, de Rotterdam. — Résumé de ses plus utiles travaux pendant vingt-cinq ans. — École royale de musique de la Haye.

La Hollande est actuellement un des pays où la musique est cultivée avec le plus de zèle et de succès. Au nombre de ses institutions artistiques qui ont puissamment contribué au progrès des arts et des sciences, figure en première ligne la célèbre société Félix- Meritis, d'Amsterdam; elle doit son origine à la réunion de quarante particuliers, qui la constituèrent en 1777, d'après le projet qu'en avait formé M. Writs, considéré pour ce motif comme son fondateur. Sa splendeur cependant ne date que de 1787, époque de la fondation du somptueux édifice, élevé par la société comme un temple consacré à la culture des arts.

L'Académie Felix-Merilis est divisée en sections ou départements, à

savoir : le déparlement du commerce, de la littérature , de la poésie, de la musique, du dessin, de la peinture, de l'architecture, de la sculpture, des mathématiques, de la mécanique, de Y hydrographie, de la chimie, de la géographie, de la navigation et de l'astronomie.

Le département de la musique est administré par deux amateurs d'élite : M. AV. de Vos Jz. , en même temps directeur honoraire de la société, et M. Sladniski. M. J.-M. Coenen remplit les fonctions de chef d'orchestre.

A celte société revient l'honneur d'avoir la première formé le goût musical des Néerlandais, en les initiant par des auditions fréquentes à la connaissance des chefs-d'œuvre classiques de toutes les écoles; c'est là que les grandes symphonies de Beethoven étaient rendues avec tout le soin désirable longtemps avant leur apparition en France ou en Belgique.

Une autre institution non moins illustre, et dont la direction centrale se trouve à Amsterdam, est la Société pour l'Encouragement de l'art musical (Maatschappij tôt Bevordering der Toonkunst) , fondée en 1829, par M. Vermeulen, de Bolterdam.

Voici, d'après le compte-rendu publié en 1854, un résumé succinct de ses plus utiles travaux pendant les vingt-cinq ans d'existence qu'elle comptait alors :

Dans cet espace de temps, la société a consacré une somme de 85,000 francs à l'érection ou au maintien des diverses institutions musicales. Les écoles de musique, fondées par elle, dans les diverses provinces de la Hollande, s'élevaient déjà en 1856 à vingt-cinq, avec 750 élèves et 34 professeurs. Elle a disposé d'environ 22,000 francs en faveur de jeunes artistes néerlandais des deux sexes , pour les aider à commencer et achever leurs éludes, tant dans le pays qu'à l'étranger; ensuite elle a promis un traitement annuel de 1,700 francs environ pendant trois années consécutives à celui des jeunes artistes qui l'emporterait dans le concours ouvert à cet effet; une somme de 13,000 francs a été consacrée par la société pour récompenser des compositions de mérite qu'on lui avait offertes, ou qui avaient obtenu le prix dans ses concours. Par ses soins, dix-huit grandes œuvres musicales de compositeurs hollandais modernes ont été publiées et répandues à l'étranger, ce qui a nécessité une dépense de 13,000 francs; elle a fait rechercher dans les princi

pales bibliothèques de l'Europe les œuvres des meilleurs compositeurs néerlandais d'autrefois, les a fait transcrire selon le système de notation moderne, et a formé une collection de 20 volumes in-folio, sous le titre de : Collectio operum musicorum batavorum. Plusieurs volumes extraits de cette collection ont été publiés à ses frais et distribués ensuite gratuitement aux principales bibliothèques princières et aux institutions musicales de l'Europe; les divers travaux de ce genre ont absorbé une somme de 17,000 francs. Elle a formé une bibliothèque des œuvres les plus estimées, dont la valeur s'élève à 32,000 francs. Cette bibliothèque, qui renfermait déjà en 1854 près de quinze cents ouvrages (en partition et en parties) des meilleurs auteurs, en possède maintenant plus de 2,000 des maîtres les plus renommés de tous les pays.

Chaque année, la société présente à ses membres un compte-rendu de ses travaux, plus un album, dont la rédaction, quant à la prose et à la poésie, est confiée aujourd'hui au secrétaire de la direction centrale, M. le Dr J.-P. Heye, poète-littérateur néerlandais des plus estimés dans son pays.

La partie musicale est envoyée à tous les meilleurs compositeurs hollandais et étrangers. Les frais de l'album et du compte-rendu s'élèvent à environ 13,000 francs. Des prix importants ont été également proposés par la société pour l'encouragement de la poésie destinée à être mise en musique; elle s'est efforcée aussi de développer et de former le goût musical en faisant exécuter avec soin et avec éclat les meilleures créations des grands maîtres anciens et modernes. Cinq grandes fêtes générales de musique, à Amsterdam, à la Haye et à Harlem, sont portées dans son budget pour une somme de 85,000 francs. A Amsterdam, à la Haye, à Rotterdam, à Utrecht (et dans quelques-uns de ces départements plusieurs fois par an) se célèbrent des fêtes particulières, où tous les membres sont admis. Le montant des dépenses à cet égard peut-être évalué à 150,000 francs. De plus, un fonds de secours a été organisé pour les artistes néerlandais indigents ou pour leur famille.

Les 13, 14 et 15 juillet 1854, la société a célébré le 25me anniversaire de sa fondation à Rotterdam, résidence de son fondateur, par d'imposantes solennités musicales auxquelles ont été conviés les artistes et les amis de l'art les plus distingués de l'Europe.

La direction de l'orchestre était confiée à M. Verhulsl, compositeur hollandais d'un talent remarquable (i).

Nous ne terminerons pas ce chapitre sans mentionner aussi comme une institution éminemment utile au progrès de l'art musical en Hollande, l'école royale de musique de la Haye; cet établissement doit en grande partie sa prospérité aux soins intelligents de son savant directeur M. J.-H. Lubeck, compositeur d'origine allemande.

(i) Pour les détails concernant ces solennités, ainsi que toutes les grandes fêtes musicales organisées par la société depuis sa fondation, ses concours de composition, les ouvrages qu'elle a couronnés ou encouragés de primes d'argent , etc., etc. voyez : Essai historique sur la musique et les musiciens dans les Pays-Bas, par M. Edouard Gregoir. — Les Sociétés Chorales en Belgique (2e édition) , par M. Aug. Thys.

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