CHAPITRE XIII
Origine du drame sacré , l'Oratorio. — Compositeurs qui se sont illustrés dans ce genre de musique.
Saint Philippe de Néri, fondateur de Tordre de l'Oratoire, voulant détourner par l'attrait de la musique les habitants de Rome des divertissements profanes, qui, pendant les jours de carnaval surtout les éloignaient de l'église, imagina de faire composer par de bons poètes, des cantiques sacrés, de les faire mettre en musique par les virtuoses les plus fameux et d'en confier l'exécution à des chanteurs excellents. Son projet réussit complètement, la foule accourut à ces concerts religieux, et ces drames pieux prirent le nom d'Oratori, de l'église de l'Oratoire où ils étaient exécutés.
En 1564, Saint Philippe de Néri s'associa quelques jeunes ecclésiastiques, et les réunit en communauté sous le nom de YOratorii. Ses disciples reçurent le nom à'Oratoriens, parce qu'ils se plaçaient à l'entrée de l'église pour appeler le peuple à la prière. L'institution de Y Oratoire fut approuvée par le pape Grégoire XIII, en 1575; il accorda l'église de Notre Dame de Vallicella à St-Philippe, pour s'y livrer à ses exercices pieux.
En 161 1, le cardinal Pierre de Bérulle introduisit la congrégation de l'Oratoire en France, et le pape Paul V confirma cette institution par une bulle de l'an 1613.
Le compositeur Jean Animuccia, et après lui l'illustre Palestrina, ami
du fondateur de l'Oratoire, furent d'abord chargés de la composition de ces cantiques, et le poète qui fixa le premier le nom et la forme de cette sorte de composition est Francesco Balducci.
La Rappresentazioni ai anima di corpo, d'Emilio Cavalieri, compositeur romain, exécutée en 1600 à l'église de l'Oratoire, est de tous les ouvrages de celle catégorie le premier où les instruments furent introduits pour accompagner les voix, non pour jouer exactement les mêmes choses qu'elles chantaient, comme cela s'était pratiqué jusqu'alors (]), mais pour faire un accompagnement de fantaisie improvisé de la même manière que les chanteurs de la chapelle pontificale exécutaient le plainchant à plusieurs parties, ce qu'on appelait le contrapunto alla mente.
Cavalieri fut aussi, assure-t-on, un des premiers compositeurs qui écrivirent une basse instrumentale différente de la basse vocale des anciens compositeurs, et lui donnèrent le nom de basse-continue, vu qu'elle ne s'arrête pas, tandis que l'autre était souvent interrompue. Cette basse était surmontée de chiffres (invention allribuée au moine Viadana , de Lodi), qui indiquaient la nature des intervalles et guidaient les instrumentistes dans les accompagnements improvisés qu'ils exécutaient.
Les plus célèbres oratorios que les diverses écoles aient produits jusqu'à ce jour, sont : Le Messie, de Hàndel; la Passion, d'après Saint- Mathieu, par Jean-Sébastien Bach; la Mort de Jésus, de Graun; la Passion, de Jomelli; Debora e Sisara, de Guglielmi; la Création, par Haydn; le Christ au Jardin des Oliviers, de Beethoven ; le Jugement dernier, par Schneider, et les oratorios Elie et Paulus, de Mendelssohn. Ces admirables productions du génie resteront toujours des modèles de beautés réelles en leur genre.
(i) Dans la seconde moitié du XVIe siècle on rencontre un grand nombre de compositions publiées en Italie, portant les mots : Da cantare e da sonare (pour être chantées ou jouées).
Les Madrigali a sei voci o instrument, da cantare osia da suonara, de Jean Gabrieli (Venise, 1585) , sont des productions fort remarquables.
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