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CHAPITRE XVIII

Cherubini en France. Son influence sur la musique dramatique. — La musique religieuse de Cherubini. Le nouveau genre introduit par Cherubini continué avec diverses modifications par les compositeurs français, ses contemporains et successeurs. — Auber et Hérold, créateurs du style d'opéra-comique actuel.

En 1788, l'illustre Cherubini, ayant déjà fait représenter avec succès plusieurs ouvrages dramatiques à Florence, à Livourne, à Rome, à Manloue, à Milan et à Londres, où il eut le litre de compositeur du théâtre du roi, fit connaître à Paris à l'Académie de musique son premier opéra français, intitulé Démophon. A cette pièce succédèrent Lodoïska, Elisa ou le Mont St-Bernard, l'Hôtellerie Portugaise, les Deux Journe'es , opéras- comiques. Ces œuvres, par l'élévation et l'énergie de leur style, la nouveauté des savantes combinaisons instrumentales firent une véritable révolution dans la musique dramatique en France, et furent pour ainsi dire le prélude d'une certaine fusion opérée plus tard entre les trois styles des écoles italienne, française et allemande, qui jusqu'alors avaient montré un caractère fort tranché.

Ce mouvement de fusion commencé en France par Cherubini, fut ecs;iyé en Italie sans succès au commencement du XIXe siècle, par Simon Mayer et Paër, qui, à la suite d'un long séjour en /Vllemagne, s'attachèrent spécialement à écrire dans le style de ce pays, et particulièrement dans celui de Mozart.

Le nouveau genre introduit par Cherubini, fut continué avec diverses modifications parMéhul, Lesueur, Calel, Berlon, Boiéldieu et autres. Dans la suite, Auber et Hérold , après avoir subi plus ou moins l'influence du génie de Rossini et de Weber, ont jeté à leur tour les bases d'une école, devenue maintenant le type et le modèle du style d'opéracomique de nos jours.

Dans la musique sacrée, Cherubini est aussi le créateur d'un genre où l'expression dramatique et la richesse des effets d'instrumentation s'unissent aux beautés sévères du contrepoint et de la fugue. C'est dans ce système que furent conçues ses admirables messes solennelles, son Requiem, des motets et beaucoup d'autres productions religieuses.

Le nombre des compositions inédites de Cherubini , y compris les 43 morceaux écrits pour le théâtre italien dirigé par Violli , s'élève

Le catalogue de ses œuvres a été publié par M. Bottée de ïoulmon, sous ce titre : Notice des manuscrits autographes de la musique composée par feu M.-L.-C.-Z.-S. Cherubini, ex- surintendant de la musique du roi, directeur du Conservatoire de musique, etc., etc. Paris, 1843.

(i) Dans les ouvrages représentés par la troupe italienne, Cherubini intercala des morceaux de sa composition, qui excitèrent l'admiration générale.

La fameuse compagnie italienne à Paris, appelée Troupe de Monsieur. Son heureuse influence sur le goàt musical en France. — Ouverture du théâtre Feydcau. Ouvrages représentés sur ce théâtre depuis 1791 jusqu'à sa réunion avec le théâtre Favart.

Vers 1789, les fameux bouffons ou bouffes italiens, connus sous le nom de Troupe de Monsieur, débutèrent au théâtre des Tuileries, sous la direction de Viotti, qui s'adjoignit Cherubini pour tout ce qui concernait la partie musicale. Mais lorsqu'en 1790 la cour revint de Versailles, la compagnie italienne dut se réfugier à la foire St-Germain, en attendant l'achèvement de la salle Feydeau.

L'impossibilité où l'on se trouvait de rester longtemps dans la misérable salle de la foire St-Germain, engagea Viotti à s'associer avec Feydeau- Le Brou, intendant de plusieurs provinces de France, pour la construction d'un théâtre auquel celui-ci donna son nom. On réunit alors dans celte salle l'opéra italien et l'opéra-comique français : l'ouverture en eut lieu au commencement de 1791 par les Nozzi di Dorina.

C'est là que furent exécutés les meilleurs ouvrages d'Anfossi , de Gulielmi, de Paisiello, de Cimarosa, de Sarli. Dans cette troupe brillaient les ténors Mandini et Viganoni, l'excellent bouffe Raffanelli, MMmes Morichelli, Riccoboni et Banli; tous ces chanteurs célèbres exercèrent un grand empire sur l'esprit musical du temps, et charmèrent les amateurs d'élite jusqu'en 1792, alors que les terribles événements politiques les obligèrent à s'éloigner de France.

Garât, le chanteur le plus extraordinaire qu'ail eu la France, Martin, Elleviou, MM1Ies Rolando et Rosine, se formèrent à l'école de ces grands artistes.

A partir de l'ouverture du théâtre Feydeau jusqu'à sa réunion en 1801 avec le théâtre Favart, environ 216 ouvrages y furent donnés, dont 38 ou 40 opéras italiens ou pièces traduites, 50 comédies et dra-

mes. Pendant ces dis années, Dalayrac seul y fit jouer plus de 25 opérascomiques, Gavaux 17, Solié 11, MéhuI 10, Devienne 10, Bruni 9, Janin 9, Grélry 8, Berton 8, Cberubini 8, Kreutzer 8, Boiëldieu 7, Plantade 6, Persuis 5, Lesueur 4, Tarchi 4, Champein 3. Dans cet espace de temps le théâtre de l'Opéra ne compte que trois ou quatre ouvrages de mérite, par Gossec, Grélry et MéhuI .

L'année de l'ouverture du théâtre Feydeau, l'Académie royale de musique changea son titre contre celui d'Opéra.

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