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CHAPITRE XXII

Musique instrumentale de chambre (i) et d'orchestre. Haydn. Compositeurs qui ont tente' avant lui les premiers essais dans le trio, le quatuor et la symphonie. — Charles-Philippe-Emmanuel Bach. — Les quatuors de Mozart dédiés à Haydn. — Les symphonies de Gosscc. Introduction des principaux instruments à vent dans les orchestres en France par ce compositeur. Impulsion donnée à l'exécution instrumentale en France par les symphonies de Haydn. Le concert de la Loge Olympique et le concert spirituel. — OEuvres et biographes de Haydn. — Transformation de la musique instrumentale de chambre et d'orchestre. Beethoven et ses trois styles. Les plus célèbres compositeurs qui ont illustré l'école allemande après Hdndel, J.-S. Bach, Haydn, Mozart et Beethoven. — Weber, Meyerbeer, llummel et Mcndelssohn. Quelques détails concernant ces derniers maîtres et leurs principaux ouvrages. — Réforme de la musique des églises luthériennes en Prusse,

(i) « Sous son apparence modeste, disait M. Halévy, cette dénomination bourgeoise de musique de cham- » bre cache cependant une origine illustre. La chambre dont il s'est agi primitivement était celle du sou- » verain, qui avait sa musique intime, particulière. On appelait musique de la chambre du roi, celle qui se » faisait dans ses appartements. Aujourd'hui qu'il ne s'agit plus que de la chambre de tout le monde, on » dit simplement musique de chambre. Ce nom dit au reste tout ce qu'il doit dire, et qualifie assez bien » dans sa bonhomie citoyenne cet art, qui ne s'adresse ni a la foule assemblée dans l'église, ni au public » avide d'émotions, qui ne recherche et n'apprécie dans la musique, que l'expression dramatique, sérieuse » et enjouée. La chambre, c'est l'intimité, la retraite interdite aux importuns. Le salon est consacré aux » réceptions nombreuses, aux fêtes bruyantes, aux invitations banales; on n'admet dans sa chambre que » des amis; et encore un sage amphytrion musical, dans sa réserve prudente et dédaigneuse, fait-il souvent » son choix même dans l'amitié. »

(Notice sur Georges Onslow, mort le S octobre 1853, lue par l'auteur de la Juive, à la séance solennelle de l'Académie française, le 29 septembre 1858.)

Sans l'étude approfondie de la grande musique instrumentale de chambre, sous un professeur instruit et à même d'eu faire l'analyse, il n'est point de véritable éducation musicale possible.

par Mendelssohn. — Cérémonies religieuses et grandes fêles musicales célébrées en Allemagne, en commémoration du millième anniversaire du Traité de Verdun. — Noms de quelques autres compositeurs qui honorent également l'école allemande. Richard Wagner et son système musical. Ses défenseurs. — Principaux organistes allemands depuis le commencement du XVIIIe siècle jusqu'à ce jour. Jean- Sébastien Bach. Son école, ses œuvres et ses successeurs. Organistes du XVIIe siècle qui ont précédés J.-S. Bach, ou lui ont servi de modèle. Monographies sur la vie et les œuvres de Bach.

L'Allemagne fut aussi le berceau de la musique instrumentale. Le célèbre François-Joseph Haydn, né le 3t mars 1732 à Rohrau, petit bourg situé sur les confins de l'Autriche et de la Hongrie, à quatre lieues de Vienne, y fixa le style du trio et du quatuor (a), et régla les formes de la symphonie en élevant celte dernière par la science, le brillant et le charme de son instrumentation au rang des plus sublimes conceptions

(i) On a imprimé à Mersebourg en 1726 une œuvre de trios pour deux violons et basse, par Jean-Théophile Graun. Ce compositeur en a laissé un grand nombre en manuscrit, ainsi que 24 quatuors pour 2 violons, alto et basse.

Dans une œuvre de quatuors, publiée en 1756, par Charles-Philippe-Emmanuel Bach, sous le titre : Sei sinfonie à violino primo, violino secondo, violetta [alto) et basso, composte da Carlo-Filippo-Emmanuale Bach, on remarque pour la première fois les signes d'accentuation du crescendo et du diminuendo; jusqu'alors on n'avait employé d'autre modification du son, que celle qui consistait à passer sans intermédiaire du piano au forte, ou de celui-ci au piano.

Charles-Philippe-Emmanuel Bach , deuxième fils du célèbre Jean-Sébastien, était le compositeur de musique instrumentale le plus remarquable de son temps; ses sonates de clavecin, publiées en 1742, servirent de modèles classiques à Haydn et à Mozart, dans leurs premières compositions.

En 1759, les premiers quatuors de Gossec furent accueillis en France avec enthousiasme. Il en a composé trois œuvres et une œuvre pour flûte, violon, alto et basse.

Les six quatuors de Mozart, dédiés à Haydn, sont considérés comme les chefsd'œuvre du genre. A leur apparition en 1785 ils n'étaient guères compris (surtout en Italie), même par les artistes éminents; car, dans les observations critiques sur l'un de ces quatuors, sous le titre : Esame acoustico fatto sopra due frammenti di Mozart, par le maître-de-chapelle Sarti, on rencontre la phrase suivante : Si puo far per fare stonare gli professori (Peut-on faire quelque chose de plus pour faire détonner les professeurs). Les exemplaires adressés par l'éditeur Artaria à ses correspondants d'Italie, lui furent renvoyés avec la remarque, qu'on ne pouvait mettre en vente une édition qui fourmillait de fautes.

Ces six quatuors commencent dans l'ancienne collection au N° 4.

do l'art. Les compositeurs qui avaient tenté les premiers essais dans celle spécialité musicale, étaient Jean -Théophile Graun, Jean- Chrétien Hertel , Sceibe, Golllob Harrer, Jean-Baptiste Sammarlini (de Milan), Hoellzbauer, Jean-Gaspar Sevfert, Agrell, François-Charles Croener, Alspalmayer, Chrétien Cannabich, Léopold Hofman, Zach, Jean-Charles Stamilz, célèbre violoniste; Filtz, Scheil, Toeschi, né dans la Romagne; Charles-Philippe-Emmanuel Bach, auteur de 18 symphonies composées de 1741 à 1776, et d'une œuvre à grand orchestre datée de 1780; les musiciens belges Guillaume-Gomar Kennis, Pierre van Maldere(J), et surtout le savant compositeur Gossec, dont les premières symphonies furent publiées à Paris en 1754 et exécutées au Concert Spirituel, lorsqu'on n'y connaissait encore, en fait de musique instrumentale d'orchestre que les ouvertures de Lulli et de Rameau (*).

D'après des notes manuscrites de Gossec lui-même et recueillies par M. Edouard Fétis, on voit que l'inlroduclion des principaux instrumenls à vent dans les orchestres en France est due à ce compositeur. Ce fut à l'occasion du début en 1757 de la célèbre Sophie Ârnould, à l'Académie de musique, que Gossec composa deux airs brillants dans lesquels il mit un accompagnement de deux cors et de deux clarinettes. Néanmoins, ces instrumenls n'obtinrent leur admission définitive à l'orchestre de ce théâtre, que dix ans plus lard, lors de la mise en scène d'Aline, reine de Golconde, grand -opéra de Monsignj^ ; en 1747, Rameau avait fait usage de la clarinette dans son opéra le Temple de la Gloire, mais seulement dans l'ouverture, comme instrument curieux et de luxe.

La musique française dut également à Gossec l'adoption du trombone; il fit entendre pour la première fois cet instrument à Paris lors de l'exécution en 1760 de sa fameuse messe de Requiem, et l'introduisit ensuite à l'Académie de musique dans son opéra Sabinus,

(i) Guillaume-Gomar Kennis, compositeur ei violoniste, directeur de la musique de l'église de St-Pierre, à Kouvain, naquit à Lierre en 1720. Cet artiste a fait graver en Hollande et à Paris douze symphonies pour deux violons, alto, basse, deux cors et deux hautbois.

Pierre van Maldere, compositeur et premier violon de la chapelle du prince Charles de Lorraine, né à Bruxelles en 172i, lit paraître dans cette ville en 1759, six symphonies en 8 parties, et puis, en publia six autres à Paris en 1762.

(2) Le Concert Spirituel fut institué en 1725 pat Philidor, musicien de la chapelle du roi, où il jouait la partie de viol»1.

composé à l'occasion du mariage du comte d'Arlois. Par la même porlc ouverte aux trombones, dit M. Ed. Fétis, s'introduisirent les trompettes; car il n'existait à l'Académie de musique qu'une grande trompette de cavalerie, servant pour les annonces de combat ; elle était jouée par un soldat des gardes qui n'était nullement musicien. Gosscc fit fabriquer des trompettes en différents tons, et manda d'Allemagne des exécutants.

L'exécution instrumentale en France, à laquelle Gossec avait donné la première impulsion, reçut un grand développement, lorsque les symphonies de Haydn commencèrent à s'y répandre. Ce fut en 1779, que les musiciens instrumentistes de Paris organisèrent sous le patronage de Marie-Antoinette, la société de la Loge Olympique, dont le but principal était l'élude de ces ouvrages admirables. La première symphonie de Haydn avait déjà été entendu à Paris (mais passagèrement) quelques années auparavant. Jean-Georges Sieber, professeur et éditeurde musique, établi dans cette ville, la fit exécuter en 1770, au Concert des Amateurs, fondé par Gossec.

Haydn composa pour la société de la Loge Olympique six symphonies, qui sont comptées au nombre des plus belles, parmi les cent dix huit écrites par ce musicien célèbre dans l'espace de cinquante-cinq ans.

Les douze symphonies composées par lui en 1791 et 1792 pour les concerts de H anover- square de Londres, sont considérées comme ses œuvres les plus parfaites.

« Le plus brillant trophée que l'on puisse ériger à la mémoire de » Haydn , dit un de ses biographes , consiste dans la simple énuméra • » tion de ses ouvrages qu'il a laissés comme monuments de son génie. » Il en a été publié différentes listes incomplètes. En voici une dans » laquelle on peut avoir toute confiance , puisqu'elle est rédigée par » lui-même et accompagnée d'un certificat de sa main, conçu en ces » termes : Catalogue de toutes les compositions musicales dont il m'est » possible de me souvenir, depuis ma 18me jusqu'à ma 73me année, » Vienne, le 4 décembre 1805: 118 symphonies; 125 divertissements » pour le barylon(*), l'alto et le violoncelle; 6 duos et 12 sonates pour

(i) Baryton ou violoncelle d'amour, monté de six ou sept cordes de boyau et du double de cordes métalliques, qui passent sous le manche et à travers le chevalet. Le baryton s'accordait à l'octave grave de la viole d'amour; il était

» baryton principal et violoncelle; 17 sérénades ou nocturnes (en aile- » mand) , cassation-stiïcke; 3 concertos (en tout 163 pièces pour le » baryton): 20 divertissements pour divers instruments, depuis cinq » jusqu'à neuf parties; 3 marches; 21 trios pour deux violons et une » basse; 3 trios pour deux flûtes et un violoncelle; 6 sonates de violon » avec accompagnement d'alto; 3 concertos de violon; 3 de violoncelle; » 2 de contrebasse ; 2 de cor ; un de trompette; un de flûte; un d'orgue; » 3 de clavecin; 83 quatuors (J) ; 66 sonates de piano; 42 duetti italiens, » chansons allemandes et anglaises; 40 canons; 13 chants à 3 et 4 voix. » — Musique d'église : 15 messes; 4 offertoires; un Salve Regina à » quatre voix ; un Salve pour orgue seul ; une cantilena pour la messe » de minuit; 4 Responsaria de venerabili; un Te Deum; 3 chœurs. » — 5 Oratorios : Le retour de Tobie, Stabat Mater, les Sept derniè- » res paroles de J.-C. en croix, la Création, les Saisons. — 14 opéras » italiens; 5 opéras pour les marionettes allemandes. Enfin, 366 roman- » ces écossaises originales retouchées et plus de 400 menuets ou alle- » mandes.

» Il en coûte d'avouer, dit le même biographe, que ce génie si abon- » dant, si vigoureux, lorsqu'il est livré à lui-même dans tous les genres » de composition instrumentale, devient quelquefois presque méconnais-- » sable quand il est obligé d'asservir ses idées à celles du poète, et de » se restreindre dans les bornes imposées par l'action théâtrale. Ce » serait une triste élude, que de chercher à mesurer à quelle énorme » distance l'immortel symphoniste est resté, dans la tragédie-lyrique » et l'opéra-buffa, de ses deux célèbres compatriotes Gluck et Mozart. »

Dies, Joachim le Breton, Griesinger, Frameri, Sevelinges, Joseph Carpani, Simon Mayer et J.-E. Grosser ont écrit des notices sur la vie et les ouvrages de Haydn.

l'instrument favori du prince Esterhazy, dont Haydn dirigeait la musique de la chapelle.

(i) Haydn a laissé un 8i6 quatuor incomplet , écrit en la mineur.

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