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CHAPITRE IV

La musique dans l'office divin. — St-Ambroise. — St-Gre'goire . — Le cha?it de la messe.

Dès la naissance du Christianisme, la musique fui admise dans l'office divin, surtout lorsque l'église eut acquis la liberté de donner à son culte l'éclat el la pompe convenable; elle y fut autorisée par les leçons de Jésus-Christ et des Apôtres. La naissance de ce divin Sauveur avait été annoncée aux bergers de Bethléem par les cantiques des Anges; on connaît ceux de Zacharie, de la Sainte Vierge, du vieillard Siméon; pendant la prédication Jésus-Christ trouva bon que des troupes de peuple vinssent vers lui, l'accompagnassent à son entrée dans Jérusalem, en chantant Hosanna, béni soit celui, qui vient au nom du Seigneur.

Socrate, dans son Histoire ecclésiastique, rapporte que St-Ignace, évêque d'Antioche, établit dans son église l'usage de chanter des cantiques et des psaumes, et qu'il fut imité dans les autres églises; or, St-Ignace vivait immédiatement après les Apôtres.

Comme il ne convenait pas que le chant religieux fut semblable à celui qui exprime les passions, l'église chrétienne a toujours veillé à ce que le chant de la liturgie et de l'office divin fut grave et majestueux , qu'il exprimât la piété , et non une joie folâtre ; c'est pour cela même qu'on l'a nommé le plain- chant (') , pour le distinguer de la musique

(i) Plain-chant tire son nom français de deux mots latins : planus cantus, qui signifient chant solennel qui plane dans l'espace du temple.

des théâlres et des chansons profanes. Les pères de l'église les plus respectables, comme Si- Jacques, Si-Basile, St-Chrisostôme, St-Jérôme, Sl-Ambroise, St-Augustin(1) donnèrent la plus grande attention à bannir des assemblées chrétiennes les chants mous, efféminés et la musique trop gaie, qui ne servaient qu'à flatter les oreilles et à étouffer les sentiments de piété.

Le chant Ambroisien et le chant Grégorien.

Sl-Ambroise, évêque de Milan, qui régla le chant de son église (384 de l'ère chrétienne), dans un temps où les théâtres du paganisme subsistaient encore, évita soigneusement d'en imiter la mélodie. S'il faut s'en rapporter aux principaux historiens de la musique, Saint- Ambroise régularisa le chant de l'office divin de la manière suivante : il choisit parmi le nomes ou airs sacrés de la Grèce les mélodies qu'il appliqua aux hymnes et aux antiennes de l'église latine; ensuite il supprima la division de l'échelle par létracordes (c'est-à-dire, dans la musique grecque, ordre ou système particulier des sons, dont les extrêmes sonnaient la quarte), et remplaça tous les modes grecs par des échelles de quatre tons principaux, qui répondaient à ceux de ces modes dont l'usage était le plus répandu; par conséquent, il renferma tous ces chants dans les huit premières notes des modes suivants :

lr ton (dorien) :

ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré.

2° ton (phrygien) :

mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi.

3e ton (éolien) :

fa, sol, la, si, ut, ré, mi, fa.

4e ton (mixolidien) :

sol, la, si, ut, ré, mi, fa, sol.

La note dominante ou point d'appui des chants qui avaient pour bases

(i) St-Augustin établit la psalmodie dans les églises d'Afrique à l'imitation de l'usage de Rome.

ces échelles tonales, était la cinquième; c'est la première du second létracorde des modes grecs.

St-Grégoire, deux cents ans plus tard, composa l'anliphonaire, auquel, selon le témoignage de Jean Diacre, son biographe, il donna le nom de centonienÇ1), c'est-à-dire composé de fragments, pris dans les anciennes mélodies grecques réunies à celles de St-Ambroise, de Paulin, de Licentius et autres. La plupart des mélodies en usage dans l'église ont été composées, dit-on, dans des temps postérieurs, et du chant grégorien, qui se conserva intact jusqu'au XIe siècle, il ne reste guère aujourd'hui que la tonalité. St-Grégoire, surnommé le Grand, substitua à la division de l'échelle par télracordes celle par octaves, il divisa chacun des tons primitifs en deux, appelant authentiques les quatre tons de St-Ambroise, et plagaux, les quatre autres qu'il y ajoutait. Les échelles de ceux-ci correspondaient pour la qualité des notes à celles des tons authentiques ; mais elles commençaient à une quarte plus bas, et la dominante du ton, au lieu de se trouver à une quinte au-dessus de la première de l'échelle, n'était qu'à une quarte supérieure, distinction qui donne aux tons plagaux un caractère tout différent des tons authentiques. Les échelles de ces huit tons furent disposées de la manière suivante :

lr ton (authentique) : ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré.

2° ton (plagal) : la, si, ut, ré, mi, fa, sol, la.

3e ton (authentique) : mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi.

4e ton (plagal) : si, ut, ré, mi, fa, sol, la, si.

5e ton (authentique) : fa, sol, la, si, ut, ré, mi, fa(s).

6e ton (plagal) : ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut.

7e ton (authentique) : sol, la, si, ut, ré, mi, fa, sol.

8e ton (plagal) : ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré. L'échelle générale des sons contenus dans ces huit tons s'étendait depuis le la grave jusqu'au sol de la deuxième octave. Pour représenter ces sons, St-Grégoire emprunta à l'ancienne notation latine les sept premières lettres de l'alphabet. Selon l'opinion deGafori, Kircher

(i) Gregorius in domo domini, more sapientissimi Salomonis, propter musicae compunctionem ducedenis, antiphonarium centonem cantorum studibsimus nimis utililer couipilavit, etc. (Vita Sancti Gregorii, lib. II, cap. 6.)

(2) On a admis plus tard dans le plain-chant ce qu'on appelle des demi-tons accidentels; par exemple, dans le 5e ton fa, le bémol si, pour éviter le triton.

et Félis, ces lettres lui servirent seulement comme signes des notes les plus graves; pour ceux de la deuxième octave, il employa les mêmes lettres en caractères minuscules et redoubla celles-ci pour l'octave aiguë, à l'usage des enfants de chœur :

la, si, ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi, fa, sol, A, B, C, I), E, F, G, a, b, c, d, e, f, g,

la, si, ut, ré.

aa, bb, ce, dd, etc.

On suppose que c'est après la réforme opérée par Si-Grégoire, que l'usage d'accompagner le chant par une harmonie encore grossière (une suite de quinles ascendantes et descendantes) a commencé à s'introduire dans les églises.

La messe et son chant ont été réglés originairement en Orient : St- Jacques, St-Basile et Sl-Jean-Chrisostomc en sont les premiers auteurs. De toute la liturgie, attribuée à St-Jacques-le-Mineur, par Léon Allalius et le cardinal Bona, mais qui lui est évidemment postérieure, il ne reste plus dans la messe que le symbole des Apôlres, la préface, le sanclus et la commémoration. Quoique celte messe soit beaucoup plus longue que la liturgie actuelle, Si-Basile el St Jean- Chrisostome, qui furent les lumières de l'église d'Orient dans le IV siècle, modifièrent celte liturgie, et introduisirent dans la messe le Kyrie eleison, mais disposé autrement que dans notre messe laline, et répété souvent comme exclamation par le peuple; le Gloria, divisé en plusieurs prières, dont on a fait dans la liturgie romaine des introïts, des graduels, des offertoires, etc., et dont une partie est puisée dans les psaumes et dans le Octoéchos (les huit tours), etc.^).

(4) Fétis , Sur la notation musicale dont s'est servi St-Grégoire-le-Grand, pour le chant de son Antiphonaire .

h'Octoéchos est dans l'église grecque le livre général des prières du matin et du soir; c'est de ce livre qu'est tiré Y Octoéchos noté, qui contient toutes les antiennes et les hymnes de cette partie de l'office. Les livres de l'église grecque sont au nombre de vingt , et YOctoéchos en est le septième.

Voyez aussi : Disscrtationes et observationes variœ libris, et rébus ecclcsiasticis Grœcorum, par Léon Allaci. Paris, 1646.

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