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LES PREMIERS MUSICIENS RUSSES

L'histoire des origines est, en toutes choses, obscure et sujette à contestations. C'est surtout, on le sait, dans rhistoire musicale que se vérifie cette assertion. Au xviii® siècle seulement Ton peut, dans l'état actuel de la science , faire remonter l'existence d'une musique russe, encore bien rudimentaire. Sans doute à la Renaissance et même dans les profondeurs du Moyen Age, nous retrouvons les traces de plusieurs musiciens de race

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slave ; toutefois il faut les chercher, non pas en Russie, mais dans les églises et les couvents de la Bohême et de la Pologne. D'autre part, il est certain que le chant, si impressionnant, de réglise orthodoxe, la transmission de la lointaine tradition des églises d'Orient, exercèrent, à Kief, puis à Moscou, une forte influence, à une date très ancienne ; mais de telles recherches sont, provisoirement, délicates et hasardeuses; elles excèdent, en tout cas, le cadre que nous nous somme tracé, et ne s'accordent pas avec la nature même du présent travail.

Quant aux chants populaires, d'une si admirable variété et d'une intensité d'accent si pénétrante, il est évident que quelques-uns d'entre eux peuvent remonter à une haute antiquité. Mais

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c'est là rinsaisissable produit d'une collaboration anonyme. D'ailleurs , pendant très longtemps, les musiciens appelés du dehors qui régnèrent, à Saint-Pétersbourg, sur la musique de cour et la musique mondaine, et leurs imitateurs russes, négligèrent complètement de recourir à cette source si riche. Ce n'est guère qu'avec Michel Glinka que la musique populaire opéra, pour ainsi dire, sa jonction avec la musique savante. C'est donc seulement quand nous arriverons à ce grand compositeur que le moment viendra de déterminer les caractères de ces chants nationaux dans lesquels palpite l'âme russe elle-même.

Au xviii^ siècle, une autre influence fut tout d'abord dominante : celle de Tart italien. Quand il se produisit des musiciens russes, ils se bornèrent à

imiter les compositeurs étrangers attirés en Russie par les tsars ou les tsarines.

Nous ne nous étendrons guère sur le compte de ces artistes sans originalité.

En 1735, rimpératrice Anne fit venir, pour diriger la troupe italienne, un certain Francesco Araja, qui séjourna trente ans à Saint-Pétersbourg et y écrivit des opéras italiens, la plupart sur des sujets empruntés à la mythologie et à Thistoire antique ; parmi ces ouvrages oubliés figuraient un Bellérophon et un Alexandre aux Indes ; on sait que ce derniçr sujet fut traité, avec des fortunes diverses, par la plupart des maîtres du siècle dernier.

Ce même Araja, en 1755, sous le règne de l'impératrice Elisabeth, écrivit le premier opéra russe, Céphaleet Procris; fe texte était du poète Soumarokoff, mais on voit que le sujet, par lui-même, n'était pas précisément, national, et il

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n'est point téméraire de supposer que la musique présentait le même caractère que si elle eût été adaptée aux vers de quelque poète de la Péninsule. Il faut toutefois noter cet effort de la souveraine pour doter son pays d'un opéra russe, et pour cesser, en quelque sorte, de payer, à cet égard, un tribut à l'étranger. L'impératrice, préoccupée de cette idée, était d'ailleurs parvenue, non sans effort, à former une troupe de chanteurs russes.

D'autres livrets, après ce premier essai, furent écrits en russe; mais la plupart furent mis en œuvre par des Italiens. Ceux qui échurent à des compositeurs nationaux furent traités dans la manière italienne.

Catherine II porta sa sollicitude sur l'opéra comme sur tout le reste. Si elle ne composa point de musique, à la façon

des empereurs allemands Ferdinand, Léopold et Joseph, et du roi de Prusse Frédéric, du moins l'impériale amie de Diderot donna ses soins aux livrets :

elle n*en écrivit pas moins de cinq.

Les musiciens russes du xviii** siècle n'ont laissé ni œuvres ni noms, car, en dehors de quelques érudits, personne ne se souvient de Fomine, de Volkoff, d'Alabiefîet des frères TitofF. Signalons toutefois un concert historique, donné à Saint-Pétersbourg vers 1866, 011 Ton exécuta des fragments de deux de ces compositeurs.

Mais ces musiciens nationaux obscurs devaient être facilement éclipsés par des étrangers qui s'appelaient Sarti, Cimarosa, Paisiello, Martini. Notons en passant que c'est à Saint-Pétersbourg que Paisiello composa son Barbier de Sévillc,

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A rinfluence italienne se substitua peu à peu une influence française. Il serait plus exact de dire que l'influence française, toute-puissante sur la littérature, et, d'une manière générale, sur l'esprit public, s'étendit un moment jusque sur la musique. Boieldieu écrivit à Saint- Pétersbourg plusieurs ouvrages, et notamment Aline reine de Golconde et les Voitures versées.

Auprès de Boieldieu, il faut placer Steibelt qui, bien que né en Allemagne, arrivait de Paris et pouvait être, à plus d'un égard, considéré comme un musicien français. C'est à Saint-Pétersbourg qu'il donna Sargines et Cendrillon .

Cet engouement pour les opéras français est-il étonnant dans une capitale où tout se faisait à la française, où les modes parisiennes étaient adoptées avec une sorte de fanatisme, et où le poète

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KrilofF avait pu diriger sa pièce de rÉcole des Filles contre la manie que possédait alors la société pétersbourgeoise de négliger la langue, maternelle, d'affecter même de l'ignorer, pour se servir exclusivement de la nôtre ?

D'ailleurs, dans le monde musical, cette influence française contre-balançait rinfluence italienne mais ne l'anéantissait point, comme en témoignent les succès de Cavos. C'est par erreur que ce compositeur a parfois été classé parmi les Russes de naissance. En réalité, il était né à Venise en 1775. Établi à Saint-Pétersbourg en 1798, il y mourut en 1 840. Dans ses seize opéras, dans ses six ballets, dans sa musique de scène pour six drames, il fit preuve d'un certain talent et l'on peut du moins chez lui reconnaître la tendance, sans doute

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encore bien timide, à s'approprier Télément musical russe.

Cette tendance se marque bien davantage dans Tœuvre d*un compositeur, vraiment russe, celui-là, appartenant à une époque un peu postérieure. Nous voulons parler de Vertowsky. Musicien peu instruit, assez inexpérimenté, c'était du moins un inventeur. Certaines de ses idées ont du charme et se recommandent par la sincérité de l'inspiration. Entre ses sept opéras, le plus fameux est la Tombe d'Askold. Mentionnons, au premier acte, l'introduction et le lied du début. Il est suivi par un chœur de pêcheurs non dépourvu de mérite. Le finale de cet acte est tout italien, et la banalité de l'idée et du plan n'est point rachetée ici par la dextérité de la mise en œuvre ; mais^ au troisième acte, se placent des scènes

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d'une véritable grandeur, et où se manifeste un assez rare sentiment de l'effet. La Tombe d'Askold fut donnée en 1835. Le succès fut immense. Une douzaine d'années plus tard, un acteur français, Valnay, constatait que cet opéra, joué dès lors plusieurs centaines de fois, jouissait d'une réputation extraordinaire. L'ouvrage était assez robuste pour durer et conserver son rang même après l'apparition triomphante de l'œuvre qui allait faire une révolution dans la musique russe, la Vie pour le Tsar, de Michel Glinka.

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