‹ Précis de l'histoire de la musique russeChapitre 5 sur 9 · CAMBRIDGE 38. MASS · texte numérisé non relu

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continué, jusqu'à ces derniers temps, de faire fête à son répertoire.

Si nous faisions œuvre purement chronologique, nous aurions dû, comme nous l'avons dit antérieurement, faire passer, avant Dùtch et SérofF, Dargomijsky, né en 1813. Mais si, selon Tordre du temps, il est plus ancien qu'eux, par le caractère de ses ouvrages, il se trouve être plus jeune ; observons d'ailleurs qu'il y a en lui deux hommes, celui qui, avec la Roussalka^ marche dans la voie de Glinka, en particulier du Glinka de Rousslan^ et celui qui, avec son Convive de pierre^ donna à la nouvelle école sa véritable pierre angulaire, l'ouvrage qu'elle proclame encore, à tort ou à raison, le type parfait d'un art nouveau. C'est pour ne pas séparer le premier Dargomijsky du Dargomijsky moderne, que nous avons

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préféré rejeter ce compositeur à la fin de ce chapitre, afin de mener le lecteur tout naturellement au chapitre suivant, consacré à Técole nouvelle.

La vie de Dargomijsky fut très peu accidentée. Vouée à Fart musical, elle s'écoula presque tout entière à Saint- Pétersbourg ; nous n'y rencontrons que deux brefs séjours à Moscou, et deux voyages sans importance à l'étranger.

Sa famille était opulente, son éducation fut très soignée. Au reste, nous l'avons dit , presque tous ces maîtres russes ne sont pas d'humbles et simples spécialistes; ce sont des hommes du monde et des lettrés. Cela explique en partie le caractère généralement très intellectuel de leur musique.

Dargomijsky s'appliqua de bonne heure à la musique ; il devint bon pianiste et violoniste passable. Un musicien

très érudit, Schoberlechner lui fit perfectionner sa technique. Il écrivit, à titre d'essai, plusieurs pièces vocales et instrumentales. Il connut personnellement Glinka, et subit son influence.

Il eut un moment Tidée de mettre en .

musique Lucrèce Borgia; nous doutons un peu que ce sujet eut fort convenu à son talent. Quand il y eut renoncé, c'est encore dans le répertoire de Victor Hugo qu'il résolut de puiser. Son choix se fixa sur Esmeralda. On a dit souvent que les pièces de Victor Hugo étaient par elles-mêmes des livrets d'opéras. Mais s'il fut ainsi, en quelque sorte, un bon librettiste involontaire, Hugo montra moins d'aptitude pour ce genre lorsqu'il l'aborda volontairement. Il n'y a guère, en efi'et, d'illusion à se faire sur la valeur de l'opéra qu'il écrivit, quand il consentit à tirer, pour M"® Bertin, de

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Notre-Dame de Parisy le poème qu'il avait refusé à plusieurs compositeurs, et notamment à Meyerbeer.

Quand VEsméralda de Dargomijsky fut terminée, il ne réussit à la faire jouer à Moscou qu*?iprès un stage de huit ans, en 1 847. Il présenta Tannée suivante son opéra-ballet, le Triomphe de BacchuSy qui attendit vingt ans. Quant à la Roussalka^ sa troisième grande œuvre, elle fut jouée sans difficulté en 1856.

Il mourut en 1867, laissant un opéra achevé, mais non orchestré, le Convive de pierre.

L'histoire de sa vie, nous Tavons dit, est l'histoire de ses œuvres, parmi lesquelles il faut citer l'ingénieuse Tarentelle slave pour piano à trois mains, des mélodies nombreuses, des danses, des fragments divers, et la Fantaisie finnoise.

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Obligé de nous renfermer dans des bornes assez étroites, nous ne parlerons avec détail que de ses deux œuvres les plus caractéristiques, la Roussalka et le Convive de pierre, L*un et l'autre ouvrage par le sujet appartiennent au cycle admirable des poèmes de Pouchkine.

Quelques changements, d'ailleurs peu considérables, durent être, en vue de l'adaptation scénique, pratiqués dans l'œuvre originale, mais, dans la plus grande partie de l'ouvrage, le compositeur mit en musique les vers eux-mêmes du poète.

Dargomijsky étant l'un des compositeurs russes qui ont attaché le plus d'importance au sujet, et qui ont montré, au plus haut point, les qualités expressives et dramatiques, il n'est pas sans intérêt de donner une idée de la fable même, qui a servi de

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point de départ à son travail musical.

Les Roussalkas, on ne Tignore point, sont des sortes d*ondines. Nos lecteurs se rappellent peut-être ce que dit sur leur compte Mérimée dans Lokis^ une de ses dernières nouvelles. Dans le poème traité par Dargomijsky, la Roussalka qui en est Théroïne a commencé par être une simple mortelle, fille d*un' meunier. Un prince Ta séduite. Voulant se marier, il se sépare d'elle, et lui donne, pour adieux, de Tor et des bijoux, ce qui éblouit son père ; mais la jeune fille, désespérée, va se jeter dans le Dnieper.

Au deuxième acte, ont lieu les noces du prince, célébrées avec toutes sortes de réjouissances ; le chant, puis le cri de Natacha devenue ondine, troublent la fête, à peu près comme la mélodieuse plainte d*Inès, dans f Africaine,

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