‹ Précis de l'histoire de la musique russeChapitre 6 sur 9 · I I I II · texte numérisé non relu

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interrompt par deux fois les rites du mariage de Vasco.

Au troisième acte, nous assistons, près du moulin, aux chants et aux danses des ondines, sorties un moment de leurs humides demeures. Elles disparaissent à rapproche du prince qui vient, en proie à la tristesse, errer dans ces lieux désolés. Le vieux meunier, devenu fou, se précipite sur le prince, que des chasseurs arrachent, à grand'peine, à sa fureur.

Le quatrième et dernier acte nous introduit au séjour des ondines, sous les eaux. A Tappel de Natacha, le prince, que sa femme veut en vain retenir, se précipite dans le fleuve, qui soudain s'éclaire, tandis que nous voyons Natacha sur un trône, tenant son amant enlacé.

II serait difficile de trouver un sujet

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plus propre à être mis en musique.

Dargomijsky a pu y déployer ses dons pour la déclamation lyrique. C'est là surtout qu'il excelle. Déjà, dans cette œuvre, il se montre véritablement moderne par le soin qu'il prend de mettre le texte en relief, de lui communiquer un accent expressif et pathétique. Déterminée d'après ces vues, la musique de Dargomijsky, par suite, est rarement traversée par ces grands souffles purement mélodiques qui se rencontrent, par exemple, chez Glinka. L'aspect de l'ensemble a moins de simplicité sereine, l'allure est plus laborieuse et plus compliquée. Comme harmoniste, Dargomijsky se montre avide de nouveautés souvent heureuses, parfois non exemptes d'affectation et de dureté. Le même genre de réflexions s'appliquerait à sa manière d'instrumenter, presque tou-

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jours intéressante,fréquemment curieuse, mais, de temps en temps, entachée de lourdeur et de recherche pénible.

Le récitatif et le dialogue sont évidemment ce qu'il y a de mieux dans laRoussalka. Quant aux morceaux conçus dans les formes conventionnelles, ils ne sont pas tous à dédaigner, notamment les chœurs de paysans, d'une belle couleur agreste, le chœur nuptial du second acte et le duo du prince et du meunier.

Il y a dans la Roussalka une partie comique écrite avec humour et très satisfaisante, nonobstant Tusage de certains rythmes un peu étriqués. Quant à l'élément fantastique, ce n'est peutêtre pas celui où le musicien déploie sa supériorité. Exceptons toutefois la scène finale, oii, tout en rendant avec énergie des sentiments très humains,

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l'auteur veut nous donner en même temps l'impression du surnaturel.

La Roussalka avait tout ce qu'il faut pour séduire le public, puisqu'elle lui apportait quelque chose de nouveau, sans toutefois, à l'égard de l'apparence générale, déconcerter trop ses habitudes. Aussi le succès, un moment contesté, fut-il, ensuite, retentissant et prolongé, non seulement à Saint- Pétersbourg et à Moscou, mais encore dans les grandes villes de province.

Dargomijsky fut très heureux dans le choix de ses sujets, ou, pour mieux dire, il fut bien inspiré en recourant, sans se lasser, aux œuvres de Pouchkine. C'est là qu'il alla chercher, après la Roussalka, le Convive de pierre.

Recommencer Don Juan^ c'était, évidemment, un essai bien chanceux ; mais, du moment que Ton se livrait à une

tentative aussi hasardeuse, quel secours c'était que de trouver, dans Tœuvre d'un poète, cette vieille donnée complètement renouvelée, grâce à une singulière originalité de procédés, de formes et d'esprit, mais conservant d'ailleurs tous ses attraits, tous ses éléments de séduction !

Le Convive de pierre n'a été mis à la scène qu'après la mort de Dargomijsky ; l'orchestration même était inachevée et fut terminée par M. Rimsky- Korsakoff. La première représentation fut donnée en 1872. Le public tout d'abord fut surpris par l'ouvrage, où ne subsistait presque plus rien des formes auxquelles l'on était accoutumé.

Comme nous avons eu l'occasion de l'indiquer, cette œuvre a pris, dans les idées de la nouvelle école, une importance tout à fait capitale. Elle est de-

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meurée, pour tous ceux qui sont à l'avant-garde, un symbole et un programme . A ce titre, elle mériterait une étude particulière plus étendue et plus détaillée que le rapide examen que nous pouvons lui consacrer ici.

Cette fois, c'est le texte même de Pouchkine, sans aucune modification, qui a servi de livret. Dans cette œuvre tout à fait supérieure, Pouchkine, à tous ses autres mérites, en joint un qui n'est pas habituel chez les littérateurs russes, la concision.

Nous ne pouvons, on le comprendra sans peine, nous appesantir sur les affinités qui existent entre ce poëme et le libretto, d'ailleurs si ingénieux, de Da Ponte. A l'exception de Laure, personnage d'ailleurs accessoire, on y retrouve les héros fournis par la donnée traditionnelle, Don Juan et le Commandeur,

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auxquels se joignent les figures de Donna Anna, deLeporello et de Carlos.

D'une manière générale, on pourrait dire que le Don Juan de Pouchkine est moins chargé d'épisodes que celui de Da Ponte, qu'il affecte une allure plus tragique et plus sévère.

Justement, par là, ce poème était d'accord avec le progrès intérieur, réalisé par Dargomijsky depuis la Roussalka, et qui le poussait à viser à un art de plus en plus sobre et sérieux. A part une exception sans importance, on peut dire qu'il n'a point cette fois fait de concession aux anciens usages. Le Convive de pierre est, non un opéra, mais un drame lyrique, reposant sur l'union intime de la musique et de la parole, la première étant toujours strictement modelée sur la seconde. La peinture savante des caractères, l'aptitude à donner à chaque scène

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son développement exact et sa véritable portée, voilà ce qu*il convient de louer surtout dans le Convive de pierre» Signalons parmi les artifices musicaux employés, la phrase de cinq notes ascendantes et descendantes, par tons entiers successifs, qui annonce et rehausse les diverses phases du rôle du Commandeur.

Les trouvailles de ce genre ne sont pas rares chez Dargomijsky.

En somme, il a eu la faculté précieuse de se renouveler sans cesse. Par son premier grand ouvrage, il s'est placé à côté de Glinka ; par son ouvrage posthume, il est devenu le chef et le porteenseigne de cette nouvelle école, si intéressante et qui semble réservée à un si bel avenir.

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