‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 102 sur 226 · CHAPITRE NEUVIÈME 28i · texte numérisé non relu

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représentation parisienne, dont la faction girondine semblait d'avance avoir juré la perte.

La Convention se réunit le 21 septembre au Manège, l» République après s'être constituée la veille sous la présidence de proclamée. Pétion, dans une petite salle du château des Tuileries. Un grand acte devait signaler l'ouverture de ses séances. Pour imposer silence à la calomnie , qui déjà insinuait qu'il y avait dans son sein des partisans du triumvirat et de la dictature , Couthon lui proposa de vouer une exécration égale à la royauté et à toute espèce de puissance qui tendrait à restreindre la souveraineté du peuple. La calomnie prétendait aussi que les patriotes ardents voulaient troubler l'ordre social ; Danton crut la réduire à néant en invitant l'Assemblée à proclamer le maintien éternel de toutes les propriétés territoriales, individuelles et industrielles. C'était peut-être prendre un peu trop souci du monopole et des privilèges, avec lesquels il y avait encore à compter. L'Assemblée en jugea ainsi, et elle se contenta de mettre la sûreté des personnes et des propriétés sous la sauvegarde de la nation. Puis, suï' une motion de CoUotd'Herbois, appuyée par Grégoire, qui montra dans l'histoire des rois le martyrologe des nations, elle décréta que la royauté était abolie en France.Dès ce j6ur,laRépublique a poussé dans le sol de notre pays des racines qu'on n'en extirpera jamais.

Le lendemain, à propos d'une réclamation des habitants d*Orléans contre leurs officiers municipaux, la Convention vota le renouvellement de tous les corps administratifs, municipaux et judiciaires; et, sur les vives instances de Danton, en haine des anciens magistrats qui noyaient la justice dans le fatras de lois incohérentes, elle décida que, dorénavant, le peuple pourrait choisir ses juges parmi tous les citoyens indistinctement.

La proclamation de la République porta le désespoir au cœur des royalistes ; en revanche, elle fut accueillie avec

ia joie la plus franche par les feuilles populaires et les journaux girondins. Seulement, ceux-ci eurent le tort impardonnable de revendiquer, d'une façon blessante pour leurs adversaires, l'honneur d'avoir fondé cette République. C'était absolument contraire à la vérité. Que signifiait un nom jeté en l'air à une certaine époque? La France entière ne savait -elle pas qu'en pleine Assemblée législative , au mois de juillet précédent , les meneurs de la Gironde avaient menacé les républicains du glaive de la loi? Pourquoi d'ailleurs ces récriminations injurieuses? Si l'on poursuivait le même but, — car, de part et d'autre, on voulait sincèrement l'établissement delà République, — pourquoi ne pas saisir cette occasion, peut-être unique, d'en finir avec des rivalités puériles et de pures querelles d'amour- propre ? Les Montagnards, ou du moins les principaux d'entre eux, étaient arrivés à la Convention avec des idées d'apaisement et de concorde. Le ministre de l'intérieur Roland, sous le couvert duquel circulaient toutes les calomnies girondines, ayant présenté le 23 septembre un compte rendu de son administration, Robespierre, dans nn nouveau journal, qu'il publia sous le titre de Lettres à mes commettants^ n'hésita pas à rendre justice au patriotisme des Violences Sentiments du ministre et à la justesse de ses vues. Rien n'y <ie ift Gironde, fit. Ni l'image de la patrie en deuil, ni la nécessité pour tous les vrais patriotes de s'unir afin de repousser l'ennemi commun et de consolider l'édifice républicain, ne purent étouffer leurs ressentiments et leurs colères implacables. Au lieu de faire noblement le sacrifice de leurs animositos individuelles, ils jetèrent dans la Convention les premiers brandonsdediscorde, et l'entraînèrent à des violences dont la responsabilité doit peser sur leur mémoire, parce qu'elles vinrent d'eux et d'eux seuls. Jamais, jamais l'art de la calomnie et de la difi'amation ne fut poussé aussi loin que par eux. Les imprudents 1 On eût dit qu'ils avaient juré de

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perdre leurs adversaires, au risque de courir eux-mêmes à leur perte.

Sourdement, à la façon de Basile, ils répandaient le bruit que Danton, Robespierre et Marat cherchaient a s'emparer de la dictature, etcela au moment même où Robespierre, dans une magnifique étude sur le gouvernement républicain, tout en flétrissant l'anarchie comme le fléau de la liberté, déclarait néanmoins que la maladie mortelle du corps politique, ce n'était point l'anarchie, mais la tyrannie. La question de l'incompatibilité ministérielle sem- i>o ble avoir provoqué l'explosion de leurs colères. Un très- ^"biUté*^**' sage décret de l'Assemblée constituante avait interdit aux ministërieilt. représentants de la nation d'accepter aucunes fonctions du pouvoir exécutif et notamment celles de ministre. Il est, en effet, contraire à tous les principes que des fonctionnaires soient chargés eux-mêmes de contrôler leurs propres actes. Simples commis du peuple souverain, les ministres ne sauraient donc être ses représentants. Seuls, les intrigants et les ambitieux peuvent soutenir le contraire. Dçs l'ouverture des séances de la Convention, Danton avait noblement résigné ses fonctions de ministre. Nommé député par le département de la Somme, Roland mit quatre jours à se décider. C'est que par lui les Girondins étaient maîtres du pouvoir exécutif, dont à aucun prix ils ne voulaient se dessaisir. Aussi, lorsque un peu tardivement le ministre de l'intérieur informa l'Assemblée de sa résolution d'opter pour son mandat législatif, un compère s.'écria que cette démission était une véritable calamité publique, et demanda implicitement que les ministres démissionnaires pussent conserver leurs places, tout en restant membres de la Convention. Battus sur ce point, les Girondins imaginèrent alors de proposer à l'Assemblée de les inviter simplement à rester provisoirement en fonctions. Ce fut Buzot, l'homme aimé de la femme du ministre de l'intérieur, qui se chargea de soutenir cette sorte de com-

promis, que Danton et d'autres s'empressèrent de combattre au nom de la dignité même de la Convention. Et comme on insistait sur cette invitation : « Faites-la donc aussi à madame Roland, s'écria plaisamment Danton, car tout le monde sait que Roland n'était pas seul dans son département. » Cette boutade s'enfonça comme un trait dans le cœur des Girondins ; ils ne la pardonnèrent pas à celui qu'un moment ils avaient espéré pouvoir enrôler dans leur coterie. Comment faire, en présence des répugnances de l'Assemblée à déférer à leurs désirs ? Roland, qui n'était que le complaisant de Brissot et de ses amis, leur était indispensable au ministère de l'intérieur. Ils trouvèrent à point nommé un vice dans son élection, et, à leur instigation, Roland écrivit à la Convention une fort belle lettre pour lui annoncer que décidément... il restait au ministère. Quel désintéressement et quel dévouement à la patrie !

Une motion Los Giroudius sc Vengèrent de cette petite défaîte en ae Buzot. g^igjj prenant aux anarchistes, et en déclamant contre Paris, où cependant régnait un calme dont on n'avait pas joui depuis longtemps. Ils eurent l'audace de rejeter sur leurs adversaires la responsabilité du sang de Septembre, et, tandis qu'un des leurs, Kersaint, réclamait des échafauds pour les assassins, Buzot invitait ses collègues à prendre des mesures rigoureuses contre les fauteurs de désordres et à organiser une garde départementale pour protéger la Convention. Il avait jadis, de concert avec Robespierre, combattu énergiquement toute idée de loi martiale; mais alors ni lui ni ses amis n'étaient au pouvoir. Toute son argumentation roulait sur ces dix mots : « Croit-on nous rendre esclaves de certains députés de Paris ? » Docile à la voix des Girondins, l'Assemblée chargea six commissaires de lui présenter un projet de loi contre les provocateurs au meurtre, et de lui rendre compte des moyens de mettre à sa disposition une force armée

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