CHAPITRE RBUVIÈME
tirée de tous les départements. Déjà 1er fier Barbaroux, suivant Fexpression de Roland, annonçait aux Jacobins l'arrivée de huit cents Marseillais. Ah! Fabre d'Églantine avait bien raison de dénoncer comme un germe de guerre civile cette garde prétorienne réclamée par des républicains d'une espèce particulière.
Mais il ne suffisait pas de déclamer en termes vagues Attaque et nuageux contre Paris : au risque de s'attirer justement ^® R«^ec<iwla haine mortelle de cette patriotique cité, on voulait, et sans plus tarder, décapiter sa représentation. Rebecqui, de Marseille, dénonça tout à coup <x le parti de Robespierre D comme aspirant à la dictature. Danton riposta, en séparant avec soin sa cause de celle de Marat, en jetant à son tour, à la tête des calomniateurs de Paris, l'accusation de vouloir morceler la France, et en demandant la peine de mort contre quiconque tenterait de détruire l'unité de la République. Nommément désigné, Robespierre n'eut pas de peine à démontrer l'extravagance de l'inculpation dont il était l'objet. En réponse à une accusation ridicule, il présenta sa vie tout entière. C'était assurément ce qu'il y avait de mieux; car le plus sûr moyen d'anéantir d'audacieuses calomnies, c'était, comme il disait, de prouver qu'on avait toujours fait des actes contraires. Mais si hostiles étaient alors à son égard les dispositions de l'Assemblée dominée par la Gironde, que, même pour se défendre, on lui fit un crime de s'occuper de sa personne. Il réclama, lui aussi, l'unité et l'indivisibilité de la République, et la peine de mort contre quiconque tendrait à la dictature. A peine était-il descendu de la tribune, que Barbaroux, Barbaroux autre député de Marseille, s'y élançait pour soutenir les al- ^ ^* rescousse, légations mensongères de Rebecqui. Et sur quoi appuyaitil son accusation? Uniquement sur ce qu'un jour un intime de Danton, l'avocat Panis, aurait désigné Robespierre comme l'homme vertueux qui devait être dictateur de la France Panis répliqua par un démenti sanglant. Barba-
et ses accusateurs.
roux, véritable hâbleur, resta muet sous la flétrissure. Qu'il la garde devant Thistoire.
iiorat Parut ensuite Marat. Il revendiqua comme sienne l'idée
d'une dictature triumvirale ; mais en même temps il déclara que tous ses collègues de la députation de Paris, et notamment Robespierre et Danton, avaient constamment improuvé cette idée d'une dictature qu'il avait mise en avant dans ses écrits, comme un moyen de sauver la chose publique. Et il termina, lui Marat, par un appel à la conciliation. Certes, si l'on ne voulait pas, — ce qui eût mieux valu, — étouffer toutes récriminations, il y avait assez de reproches à adresser à ce monomane, qui croyait que la société ne pouvait se régénérer que dans des flots de sang humain, sans aller lui jeter à la face les décrets dQ prise de corps lancés jadis contre lui par le Châtelet, ses véritables titres de gloire devant la démocratie. Ce fut pourtant ce que Vergniaud eut la maladresse de faire en évoquant le spectre du 2 Septembre. Non moins maladroit fut l'avocat girondin quand, prenant à partie Robespierre, au sujet duquel, dit-il, il n'avait jusqu'alors prononcé que des paroles d'estime, il lui reprocha d'avoir, dans la nuit du 2 au 3 septembre, accusé lui, Vergniaud, Lasource, Condorcet, Brissot, Guadet, etc., d'un complot ayant pour but de livrer la France à Brunswick. « Cela est faux ! » s'écria Robespierre. Vergniaud se félicita d'une dénégation qui lui prouvait que Robespierre aussi avait pu être calomnié. Boileau reprit, après Vergniaud, l'acte d'accusation contre Marat. A VAbbayel à /'i466«ye/ criaient tous ces modérés. L'Ami du peuple, pour se disculper, mit sous les yeux de l'Assemblée un article de lui, plein de calme et de bon sens, paru le jour même, et, tirant un pistolet de sa poche, il déclara qu'il se serait brûlé la cervelle si un décret d'accusation avait été rendu contre lui. La Convention coupa court au scandale en passant à Tordre du jour, et en proclamant l'unité et l'indivisibilité de la Ré-