CHAPITRE NEUVIÈME
publique. Cette fois, les Girondins en furent pour leurs frais d'accusation. Mais, que de temps perdu, que de discussions oiseuses, que de personnalités regrettables, quand il s'agissait de consolider la fondation de la République! Et ils n'omettaient rien de ce qui pouvait irriter, envenimer W haines. C'est ainsi que, par un décret injurieux à force de défiance, ils astreignaient la Commune du 10 août à rendre ses comptes, comme s'ils la soupçonnaient d'avoir dilapidé les fonds de la ville.
Parce qu'ils' avaient alors la majorité dans la Çonven- Bnssot tion, ils se crurent entièrement maîtres de la situation. . ^^^, .
des Jacobins.
L'attitude des Jacobins à leur égard aurait dû cependant leur servir d'avertissement salutaire, et les rendre sinon plus justes, du moins plus prudents. La société, qui venait de changer son nom de société des Amis de la constitution en celui de société des Amis de la lil'erté et de Végalité, commençait à se lasser de la persistance de leurs calomnies contre les plus fermes patriotes. Invité à venir donner des explications au sujet des diatribes journalières dont sa feuille était le réceptacle, Brissot ne parut pas, et, le iO octobre, il fut rayé de la liste des Jacobins, comme indigne. Ses amis se promirent bien de le venger. Mais octobre les Girondins étaient à jamais vaincus aux Jacobins, où le ^^^^• surlendemain Couthon les définit d'une manière saisis-, santé, en les dépeignant comme des gens fins, subtils, intrigants, extrêmement ambitieux, voulant la république parce que l'opinion s'était expliquée à cet égard, mais voulant surtout la liberté pour eux, et tenant à se perpétuer dans le gouvernement, afin d'avoir à leur disposition les places et les trésors de l'État.
La réélection de Pétion comme maire de Paris, qui eut lieu vers cette époque, n'indiquait pas un mouvement de l'opinion en faveur des Girondins, car Pétion ne s'était pas encore declareouvertementpoureux.il eût pu certainement leur être très-utile à la mairie ; mais à l'écharpe munici-
pale il préféra son mandat de représentant. En revanche les Girondins croyaient bien pouvoir entièrement compter sur Tarmée, par Pache, appelé sur leur recommandation au ministère de la guerre, et surtout par Dumourioz, auquel ils avaient donné le commandement de Lafayette, et qui précisément à cette heure se trouvait à Paris. Situation Beaucoup s'étonnôrent de l'arrivée inopinée du général, militaire, quand sa présence au milieu de ses troupes était si essentielle. Notre situation militaire, il est vrai, s'était bien améliorée depuis le combat de Valmy. L'armée du Midi • entrait dans Chambéry, au moment même où, sur un mot de Danton, la Convention destituait le général Montesquieu qui la commandait. A quelques semaines de là, l'Assemblée proclamait, au milieu des applaudissements, la réunion de la Savoie à la France.
Au Nord l'attitude de nos soldats avait donné à réfléchir au gouvernement prussien, qui, malgré sa haine pour la Révolution, s'était abouché avec Dumouriez. Le pouvoir exécutif, en ayant été informé, répondit que la République ne pouvait entendre aucune proposition avant que l'ennemi eût évacué le territoire français. Bientôt après arrivaient au quartier-général trois commissaires de la Convention, Prieur (de la Marne), Sillery, l'homme dévoué du duc d'Orléans, et Carra, le gloriflcateur du duc de Brunswick. Que se passa-t-il ? Nous ne pouvons entrer dans le détail d'intrigues qui plus tard déteignirent fatalement sur la destinée de Danton. Il y a ici un mystère qui vraisemblablement ne sera jamais percé à jour. Quoi qu'il en soit, les Prussiens purent opérer leur retraite sans qu'on songeât à leur barrer le chemin. Moins heureux avaient été les Autrichiens; ils venaient detre obligés de lever le siège de Lille , dont la garnison et les habitants s'étaient immortalisés par une défense héroïque. Aussi la Convention déclara t-elle solennellement, dans sa séance du 8 octobre, que la ville de Lille avait bien mérité de la