‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 105 sur 226 · CHAPITRE NECVIÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE NECVIÈMB

patrie. En même temps elle apprenait d'excellente*? nouvelles de l'armée du Rhin, à la tête de laquelle était Custine. Le 7 elle avait reçu des mains d'un aide-decamp du général cinq drapeaux ennemis dont elle orna les voûtes de la salle de ses séances ; le 27 nos troupes victorieuses entraient dans Mayence. En moins d*un mois nons avions refoulé l'ennemi sur son territoire et gagné la ligne du Rhin. On voit sous quels heureux auspices la République inaugurait son règne. Ah! pour toujours sans doute elle se serait afi'ermie, si, dès la première heure, de misérables questions personnelles n'eussent pas ébranlé ses fondements. Aussi l'histoire n'aura-t-elle jamais assez de sévérités pour ceux qui les ont provoquées !

Le singulier projet d'entourer la Convention d'une garde prétorienne et de faire surveiller Paris par une force armée tirée des départements servit d'aliment aux passions qui divisaient la Montagne et la Gironde. Buzot reprit la parole pour le soutenir devant l'a Convention. A son discours, animé d'une mesquine jalousie provinciale contrôla légitime influence de la capitale, Robespierre répondit dans son journal par un article où l'ironie venait en aide à la logique et à la raison. Que de récriminations violentes, que de déclamations oiseuses de la part des Girondins contre cette grande cité de Paris qui avait été le berceau de la liberté! Chalot, Bentaboie, Billaud-Varenne etLevasseur s'élevèrent vivement aux Jacobins contre l'injustice de leurs attaques. Et comme à chaque instant la Gironde proposait des mesures répressives, Marat, qui avait plus de bon sens que ne voulaient bien lui en prêter ses adversaires, demanda très-nettement à la Convention, le 42 octobre, de se servir d'instructions fraternelles et non pas de moyens tyranniques pour ramener les citoyens égarés.

Ce jour-là même Dumouriez parut à la barre de l'Assemblée, où il annonça les premiers triomphes de la République et loua fort le courage, l'enthousiasme, et le dés-

Discuflaion

sur la garde

de la

Convention.

Dumoarlez à Paris.

intéressement. de ses jeunes soldats. Il fut reçu au milieu , des applaudissements, avec un grand enthousiasme, et obtint les honneurs de la séance. Non moins favorables lui furent les Jacobins quand, le surlendemain, accompagné de Westermann, un des héros du 10 août, il se rendit au milieu d'eux. Et cela par une raison bien simple, c'est que le général ménageait à la fois, fort habilement, les Girondins et les Montagnards. De bruyants applaudissements retentirent quand on le vit aller droit à Robespierre, se jeter dans ses bras et l'embrasser avec effusion. Il parla en véritable républicain, fut harangué par Danton dans les termes les plus flatteurs, et CoUot-d'Herbois salua • d'avance en lui le conquérant de la Belgique. Marat seul vint, deux jours après, troubler l'éclat et la sérénité de son triomphe. Il l'apostropha en plein salon, chez l'acteur Talma, au milieu d'une fête à laquelle assistaient les notabilités littéraires, artistiques et... girondines de l'époque, et lui demanda compte du traitement arbitraire infligé à deux bataillons parisiens, désarmés par ses ordres pour avoir fusillé quatre émigrés qu'on prétendait être de simples déserteurs prussiens. Le général lui tourna le dos; ce n'était pas répondre. Marat ne se tint pas pour battu ; il porta l'affaire devant la Convention où il obtint gain de cause : on restitua aux bataillons leurs drapeaux et leurs armes. Dumouriez repartit pour son armée, enchanté de l'accueil qu'il avait reçu, et peut-être emportant dans son cœur la secrète espérance de devenir le régulateur des destinées de la République ; néanmoins cette petite aventure ne fut pas sans compromettre singulièrement sa réputation de patriotisme, et il faudra bien peu de chose pour le dépopulariser tout à fait.

Les patriotes Se flattant de pouvoir absolument disposer au besoin de ^a ^^i^* l'épée du général, entièrement maîtres du pouvoir exécutif par la nomination d'uneMe leurs créatures, le littérateur Garât, au ministère de la justice à la place de Danton, les Gi-

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