‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 107 sur 226 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

était insidieusement question d*une lettre où Ton disait que les fauteurs de meurtre et de désordre ne voulaient entendre parler que de Robespierre comme du seul homme capable de sauver la patrie. Ainsi brusquement mis en cause, Robespierre s*élança à la tribune. À peine lui permit-on de s'expliquer. Guadet, qui présidait, Tinterrompait à tout moment avec une partialité révoltante, et le royaliste Henri Larivière lui trouvait une expression dictatoriale. Indigné, il s'écria qu'il n'était pas un homme qui osât l'accuser en face, en articulant contre lui des faits positifs. C'était là que l'attendait Louvet, qui tenait dans sa poche sa Rol>p.spierride toute prête. Il demanda la parole pour accuser Robespierre ; et deux compères, Barbaroux et Rebecqui, firent chorus. Robespierre reprit. Il montra, avec beaucoupdecalmeetde mesure, combien les ministres avalent beau jeu contre ceux qui leur déplaisaient, avec les trésors de l'État à leur disposition, toute la puissance du gouvernement, tousles moyens d'influence d'un grand empire, et il demanda à la Convention d'écouter son accusateur, à la condition de l'entendre lui-même plus tarda son tour. Danton vint ensuite réclamerla discussion immédiate du rapport ministériel. Séparant de nouveau avec soin sa cause de celle de a l'individu Marat » qu'il n'aimait point, ditril, il fit entendre des paroles conciliantes (et déclara que tous ceux qui parlaient de faction Robespierre étaient ou des hommes prévenus ou de mauvais citoyens. Malgré ces paroles et les protestations de Robespierre, l'Assemblée, sur la motion de Buzot, renvoya à un comité de neuf membres le rapport de Roland. C'était donner une preuve manifeste de partialité. Le terrain étant ainsi préparé, Louvet, sûr d'un succès, se présenta à la tribune, armé d'un volumineux discours médité de longue date.

Deux heures durant on entendit l'écrivain favori des l*

ruelles insulter l'auteur intègre de la Déclaration des ^J*^ày7t^* droits de l'homme. Dépouillée des artifices de langage

dont elle était enveloppée, la harangue de Louvet n'aurait pas, devant des juges impartiaux, soutenu une seule minute la discussion. Ce qu'il articulait de plus grave contre Robespierre, c'était : d'avoir permis qu'on le désignât comme l'homme le plus vertueux de France; de s'être laissé nommer membre de la Commune du 10aoû,t; d'avoir menacé du tocsin l'Assemblée législative; d'avoir accusé les plus dignes représentants d'être vendus à Brunswick, et enfin de marcher à grands pas vers le pouvoir dictatorial. Quant aux événements de Septembre, il n'en rendait pas Robespierre responsable; non, mais il les jetait à la tête de tous les adversaires de la faction girondine, avec une mauvaise foi qui doit assurer à son nom l'éternel mépris des gens de bien. Somme toute, il réclamait un examen sévère de la conduite de Robespierre et un décret d'accusation immédiate contre Marat. De Danton, il n'était pas Question; peut-être espérait-on encore l'enrôler dans la coterie. Cet épais factum, où les niaiseries le disputaient aux calomnies et aux mensonges, fut accueilli avec beaucoup de faveur. L'Assemblée couvrit d'applaudissements l'orateur, et décréta l'impression de son discours; cependant elle voulut bien accorder à l'accusé huit jours pour répondre.

Le ministre ^^^^ l'intervalle, le ministe de l'intérieur Roland com- Roiand mettait un acte arbitraire inouï. De sa propre autorité, il

et la poste, faisait suspendre à la poste le départ d'une circulaire de la Commune de Paris contre la garde conventionnelle, circulaire adressée sous enveloppe à tous les corps administratifs; en revanche, il expédiait aux frais du trésor public, et sans que l'envoi en eût été décrété par 1 a Convention, quinze mille exemplaires du discours de Louvet. La mesure illégale du ministre, blâmée par Pétion et Lasource eux-mêmes, se trouva virtuellement censurée par un décret qui rendit à la circulation l'adresse de la Commune. Si rétrograde était la marche des Girondins, si contraire aux principes de la

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