CHAPITRE PRElfIfiR
se contentait d'en référer pour cela au Parlement, on n'obtiendrait jamais de ses membres, privilégiés égoïstes et endurcis, l'approbation de régale et juste répartition des charges publiques.
Fort découragé déjà, et très affecté de la mort récente d'un de ses plus fidèles serviteurs, le comte de Vergennes, au nom duquel restait attachée la gloire de notre intervention en Amérique, Louis XVI n'opposa aucune résistance, et, le 21 février 1787, il ouvrit en personne à Versailles, dahs la salle des Menus, l'assemblée des notables. Première Les questions d'étiquette et de préséance jouèrent là, comme toujours, un rôle considérable. C'est de règle dans les traditions monarchiques : les petites choses avant les grandes. Le roi parla peu, et peu dignement, laissant à son ministre le soin d'exposer à ses nobles collaborateurs les périls de TÉtat. Au lieu de déchirer complètement le voile et de faire toucher du doigt la plaie saignante à ceux qu'on avait appelés pour y porter remède, Calonne traça un tableau embelli de la situation, se flattant d'avoir, en partie du moins, comblé le déficit, dont il rejeta la responsabilité sur ses prédécesseurs. Seulement ses conclusions démentirent singulièrement ses prémisses; au remède héroïque qu'il proposa, il ne fut pas difficile de soupçonner toute rétendue du mal.
Calonne connaissait bien peu le cœur humain, quand il en appelait au patriotisme des privilégiés, et lorsqu'il s'écriait, de fort bonne foi sans doute, que le bien public et la nécessité de l'État seraient plus forts que le crédit particulier et d'antiques préjugés. Les notables opposèrent d'invincibles répugnances aux plans régénérateurs du contrôleur général, dont la situation embarrassée se trouva compliquée encore par l'intervention de Necker. Maladroitement accusé d'avoir altéré la vérité dans son compte rendu, le banquier genevois publia un mémoire justificatif d'une extrême virulence. On y répondit par une lettre
HISTOIRE DB Là BÉVOLUTION
alonne remplacé par
Loménie (le Brienne.
Lutte
des
• parlements
contre
la royauté.
de cachet qui exilait Necker à vihgt lieaes de Paris. Mais Galonné n'en succomba pas moins sous une double coalition d'ennemis» les uns lui reprochant d'avoir porté atteinte à la constitution du royaume, les autres d'ayoir ruiné le pays par ses prodigalités ; et après s'être vu con* traint de donner sa démission, il dut prendre, lui aussi» le chemin de Texil.
Un archevêque de mœurs équivoques, grand ami de Turgot et de ce frivole abbé de Vermond que Marie* Antoinette avait eu pour précepteur à Vienne » et qu'elle avait conservé auprès d'elle en qualité de secrétaire, Lo*» ménie de Brienne, fut appelé à remplacer de Galonné sous le titre de chef du conseil des finances et de ministre d'État On lui savait de la tète et de Ténergie ; on crut troitver en lui une sorte de Richelieu; mais les temps étaient bien changés. Un de ses premiers soins fut de congédier les notables, dont les actes avaient si peu répondu à l'attente générale. Gependant, dans un des bureaux de cette assemblée, où s'étaient trouvés réunis deux hommes d'un esprit et d'un cœur bien différents, Lafayette et le comt^ d'Artois, un mot avait été prononcé, cc^ui d'états gêné* raux, et ce mot prestigieux allait bientôt être répété d'é« chos en échos d'un bout du pays à l'autre.
G'est le mot dont va s'armer le Parlement danssa lutte contre le pouvoir royal, colorant ainsi d'un prétexte d'intérétgénéraldesrésistancesquiavaientsurtout pour mobile de pures questions d'intérêt particulier. G'est ainsi qu'après avoir enregistré sans opposition les ordonnances relatives à la liberté du commerce des grains et à l'abolition des corvées, il entra ikout à coup en révolte à propos des édits concernant l'impôt du timbre et la subvention territoriale^ qui le touchaient perscmnellement, et dont le seooasid, juste entre tous , était principalement destiné à protéger les classes pauvres et à répartir plus équitablement entre les citoyens le fardeau des contributions. Dans un lit de jus-