CHAPITRE PREMIER
tice comroqae à Versailles le 6 août 1787 pour forcer la main au Parlement, le roi le prit de très-haat, et déclara avec roidear q«Ml n'appartenait pas au Parlement de douter du pouToir royal. Le Parlement répondit par une protestation que terminait un appel aux états généraux. Il fut exilé à Troyes. A coup sûr, il n'eût pas engagé la lutte, 8^ avait pressenti que ses résistances conduisaient la monarchie tout droit à une révolution. Dans la circonstance, le gouvernement avait évidemment raison, au point de vue de la justice et de Téquité ; mais comme il y avait dans l'air um souffle puissant d'indépendance, on prit pour du patriotisme cette révolte insolite contre le despo^jsme royal. L'opinion publique se rangea du cfttédu Parlement, et, sur le chemin de l'exil, il reçut des témoignages bruyants de la faveur populaire.
Cependant l'ennui, et peut-âtre aussi le souvenir du chancelier Maupeou, ne tardèrent pas à l'amener à résipiscence. Il fat rappelé en septembre, et enregistra les édits, dont on se contenta de modifier la forme pour lui donner un semblant de satisfaction. L'apaisement ne fut pas de longue durée. Encouragé par son garde des sceaux Lamoignon, le roi poursuivit son système de réformes. Parurent un arrêt concernant les pensions, et un règlementde réduction des dépenses royales, qui eussentété certainement de nature, en d'autres temps, à lui gagner de lalpopularité; mais ses meilleures intentions semblaient se retourner contre lui. En novembre il vint en personne présenter au Parlement deux nouveaux édits, dont l'un portait création de divers emprunts, dont l'autre accordait aux protestants l'exercice des droits civils. Ce dernier édit était éminemment Hbénl. Néanmoins, irrités peut-être par les formes acerbes du garde des sceaux, qui revendiqua pour le roi seul, en termes amers, la souveraineté législative, certains membres du Parlement, parmi lesquels se firent remarquer Dovaî d'Epréménil et l'abbé Sabarttier, parièrent
chaudement contre les.édits. On allait passer aux voix, quand tout à coup la séance se trouva transformée en lit de justice ; Tenregistrement eut lieu sans vote. Un prince du sang, le duc d'Orléans, protesta aussitôt, et le Parlement déclara qu'il n'entendait prendre aucune part à la transcription des édits. Le lendemain une lettre de cachet exila le duc d'Orléans dans ses terres, et les conseillers Duval et Sabattier furent jetés en prison. Deux jours après, le roi, qui avait fait détruire dans les registres du Parlement l'arrêté constatant la protestation de ce corps, promettait de convoquer les états généraux avant l'année 179^
Mais cela ne suffisait pas : on ne tint pas compte au gouvernement de la bonté de ses intentions, on ne vit que la brutalité de ses formes, tant on était las du despotisme. L'émotion devint générale ; toutes les cours souveraines du royaume prirent fait et cause pour le Parlement de Paris, Une popularité énorme s'attacha au nom du duc d'Orléans et à celui du conseiller d'Epréménil, qui cependant avait déclamé comme un sectaire contre l'édit de tolérance rendu en faveur des protestants. Décidé à briser toutes les résistances et à se débarrasser des tracasseries parlementaires, le gouvernement résolut de modifier radicalement l'administration de la justice et d'améliorer les lois civiles et criminelles dont les innombrables abus paraissaient si chers au Parlement. Ce fut Duval d'Épréménil, relâché depuis peu, qui, ayant eu vent de ce projet, en informa ses collègues, et, de concert avec le conseiller Goislard de Montsabert, enflamma leurs colères. Décrétés de prise de corps l'un et l'autre, ils furent arrêtés à main armée au sein même du Parlement, dont la majesté violée sembla un outrage à la nation. Ceci se passait le 6 mai
Dès le surlendemain, dans un nouveau lit de justice tenu à Versailles, Louis XVI informa le Parlement de sa