CHAPITRE NEUVIÈMR
tendre un membre de la Montagne, Tex-capucin Chabot, Marat réclamer un décret d'accusation contre Marat, en se fondant sur ce que, dans sa feuille du jour, celui-ci déclarait que l'excès de la misère et les désordres de Tanarchie conduiraient inévitablement la nation à se donner un chef, si la Convention ne s'élevait à la hauteur de ses importantes fonctions. Rien d'absurde comme la dénonciation de Chabot, puisque l'Ami du peuple raisonnait ici uniquement par voie d'hjpothèse.Maraleut beau se justifier, les Girondins Salles et Pénières ' ^'empressèrent d'appuyer la proposition de l'ex-capucin. Il y eut un désordre inexprimable. Quand le calme se fut rétabli, Marat rétracta, de lui-même, quelques paroles un peu vives que lui avait arrachées la violence de ses adversaires, et il termina en reprochant amèrement au ministre de l'intérieur d'avoir fait imprimer et distribuer aux frais de l'État un écrit où l'on proposait de renvoyer le jugement du roi aux assemblées primaires. Nous allons entendre, en effet, certains députes, siégeant sur les bancs de la Gironde, réclamer très-impérieusement l'appel au peuple, soit qu'ils aient vu là, pour l'accusé, un moyen de salut plus probable, soit qu'ils aient tout simple- . ment voulu épargner à la Convention la responsabilité du jugement de Louis XVI,
Le 26 décembre, le prisonnier du Temple comparut pour Uappei la seconde fois à la barre de l'Assemblée. Il était accoïn- *** peuple, pagné de ses trois défenseurs, du maire de Paris et du commandant général de la garde nationale. De Sèze prononça d'une voix émue la défense du royal accusé. Son argumentation porta principalement sur deux points : ou Louis était couvert par la constitution qu'il avait jurée, et, partant, inviolable; ou, si l'inviolabilité n'existait plus pour lui, il devait jouir de toutes les garanties auxquelles avait droit tout accusé, et la Convention n'était point compétente. Cette plaidoirie très-longue, et dont on ne saurait d'ailleurs méconnaître le mérite, produisit peu
d'effet. Le roi y ajouta quelques paroles sans importance; puis, il se retira avec ses défenseurs, et fut ramené au Temple. Après son départ, un effroyable orage éclata, soulevé par un mot imprudent de Lanjuinais, qui avait appliqué l'expression de conspirateurs aux combattants du 10 août. Tout cela pour savoir si la Convention se constituerait, oui ou non, en cour judiciaire. Quelques paroles de Couthon parvinrent à calmer momentanément la tempête, et, à sa voix, il fut décidé que^la discussion serait immédiatement ouverte sur le procès de Louis, et continuée, toute affaire cessante, jusqu'au prononcé du jugement. Un nouveau scandale fut sur le point d'éclater par suite de l'entêtement de Lanjuinais, de Salles et dePétion à vouloir faire revenir l'Assemblée sur un décret voté. Le décret fut maintenu, avec cette restriction qu'il ne préjugeait rien sur le mode définitif auquel on s'arrêterait pour décider du sort de l'accusé.
Le lendemain, Saint-Just demanda que chacun des membres de la Convention montât à la tribune et déclarât simplement : Louis est ou n'est pas convaincu. Après lui, on entendit, dans un sens ou dans un autre, un certain nombre d'orateurs. Citons l'ex-constituant Salles qui, le premier, posa à la tribune la question de l'appel au peuple, et Lequinio qui le réfuta énergiquement. Le 28, Buzot appuya très- vivement l'opinion du premier. «Louis, dit-il, je te condamne à mort ; mais c'est à la société de ratifier ma sentence.» Robespierre se leva pour lui répondre. C'était une idée très-populaire en apparence que celle de l'appel au peuple, mise en avant par les Girondins; mais il y vit en principe un grand danger pour la République, et il n'hésita pas à la combattre au risque de sacrifier sa popularité. Il montra combien il serait périlleux de renvoyer aux quarante-quatre mille assemblées primaires du pays une cause qui, en définitive, était bien minime à côté des grandes questions que l'Assemblée était chargée de résou-