CHAPITRE NEUVIÈME
dra Si le peuple avait le temps de s'occuper de ses affaire» au point de vue politique, est ce qu'il nommerait des représentants pour les traiter? Constamment aux. champs, à l'atelier ou au camp, aurait-il le temps de courir aux assemblées primaires, où domineraient, sans conteste, les oisifs, les désœuvré?, les intrigants, tous les ennemis de la Révolution? Cela était sans réplique. Quittant ensuite le terrain des principes pour entrer à son tour dans la voie des récriminations et des personnalités, où fâcheusement l'avait convié Buzot, il rendit coup pour coup, dénonça les intrigues et les calomnies dontles patriotes ne cessaient d'être victimes, et, en termes indignés, il flétrit ces niajorîtés formées dans des conciliabules ténébreux, autour des tables ministérielles. Il rappela, aux applaudissements des tribunes et d'une partie de l'Assemblée, que la vertu avait été toujours en minorité sur la terre. Sans cela, est-ce que le monde serait peuplé de tyrans et d'esclaves? Sa péroraison fut d'ailleurs un magnifique appel à la conciliation et à la concorde, ce qui n'empêcha pas une feuille girondine, le Courrier des quatre^vingt- trois départements y de vomir un torrent d'injures contre l'orateur, et d'écrire que ce discours, dont l'effet sur la Convention fut prodigieux, était un chef-d'œuvrç d'astuce et de perfidie.
A un lutteur de cette taille, la Gironde opposa Vergniaud, qui, trois jours après, pour soutenir la thèse de son ami Buzot, prononça un des plus beaux, mais aussi un des plus haineux discours qui soient sortis de sa bouche. Plus avant qu'aucun des orateurs précédents il entra dans la voie des personnalités ; il ne recula devant aucun mensonge, devant aucune calomnie, et l'on ne fut pas médiocrement étonné de l'entendre reprocher à ses adversaires d'avoir rédigé cette fameuse pétition du Champ de Mars, que Robespierre avait au contraire si vivement combattue pour sa part. Il accusa ce dernier d'avoir calomnié le peuple en disant que la vertu était en minorité sur la
terre; et il crut le réfutervictorieusement en alléguant que Catilina et César avaient été de la minorité dans le sénat romain. Cette façon de caresser les masses ne rangea pas celles-ci du côté de l'orateur girondin. Exaspération Le succès qu'obtint au dehors le discours de Robespierre, dm Girondins, dont Timpression se fît aux frais d'une souscription nationale, portaau comble Texaspérationdesesennemis.Arinstigation des Girondins, une foule d'adressesyenues des départements, et notamment du Finistère, traitaient de scélérats, de contre-révolutionnaires, les Danton, les Marat, les Robespierre, les Bazire et leurs complices, et réclamaient leur exjAMviER pulsion. Gensonné, dans la séance du 2 janvier 1793, prit 1793. directement Robespierre à partie. Avec un abominable machiavélisme on s'^efforçait d'établir une confusion entre celui-ci et Marat, lequel était pourtant une personnalité assez distincte, et qui gâtait, par des exagérations sanguinaires, le bien qu'il aurait pu faire par des articles marqués au coin de la raison et de la vérité. C'est ainsi qu'après avoir combattu avec un grand bon sens et une élévation d'idées peu commune la doctrine des Girondins sur l'appel au peuple, il applaudissait au meurtre d'un nommé Louvain, qu'on accusait d'avoir été l'un des mouchards de Lafayette. Les Girondins poussèrent les choses si loin, leur perfidie fut si persistante que les Jacobins crurent devoir envoyer à toutes les sociétés affiliées une circulaire où se trouvaient énumérées les différences essentielles existant entre Robespierre et l'Ami du peuple, et que, dans ses Lettres à mes commettants, Robespierre prit la peine d'adresser à Vergniaud, à Guadet, à Gensonné et à Brissot une réponse publique, afin de réclamer énergiquement son individualité.
Ces quatre députés étaient précisément les signataires de la fameuse lettre adressée au peintre Boze et destinée à Louis XVI, à qui ces meneurs de la Gironde avaient promis implicitement leur appui s'il consentait à replacer au