CHAPITRE NEUVIÈME
pouvoir les ministres patriotes. Grandes durent en conséquence être leurs appréhensions, lorsque, dans la séance du 3 janvier, Gasparin dénonça l'existence de cette lettre comme une preuve de leurs trahisons. Il y eut dans TAssemblée un mouvement de surprise. Lanjuinais se leva pour réclamer l'arrestation:. . de Gasparin. Singulière réponse à une dénonciation parfaitement motivée. Les inculpés ne nièrent pas; ils se contentèrent d'exciper de leur bonne foi. En effet, ils n'avaiei^t point trahi. Mais il n'en demeura pas moins avéré que, à la veille du 10 août, ces républicains de la Gironde intriguaient pour ressaisir l'autorité et régner à l'ombre du pouvoir monarchique. Leur influence était considérable encore sur l'Assemblée, et ils obtinrent le bénéfice de l'Ordre du jour; seulement au dehors leur impopularité allait toujours croissant, et l'orage commençait à se former, qui devait les engloutir. Eux ne s'en sentaient que plus furieux. Le député Richaud ayant ' Sur proposé la suppression de la permanence des sections, ce ^* P«™*nence qui était enlever toute force à la Révolution, ils applaudirent à outrance et couvrirent de huées les adversaires de la motion. Robespierre entreprit de la combattre, a Le scélérat!... le factieux!... il se croit au 2 septembre! vociférèrent aussitôt Chambon, Lidon et Baraillon. — Gredins déhontés, f..... faction girondine, répondait Marat, vous trahissez impudemment la patrie. y> Robespierre cependant parvint à ramener le calme, et telle fut la puissance de sa parole, que la Convention, si prévenue alors contre lui, et qui au milieu du tumulte avait décrété la proposition Richaud, ajourna jusqu'à nouvel ordre l'exécution de son décret.
Ainsi se poursuivait, au milieu d'incidents pénibles, le 5»»*® procès du roi, dont les impatients gourmandaient la lenteur. ^^ Louisrvi. a Nous sommes entourés de morts et de blessés... et nous apprenons que Louis vit encore ! » écrivaient de Mayence les représentants Haussmann, Reubel et Merlin (deThîon-
ville). Déjà, le 4 janvier, Barère, faisant vers la Montagne un pas décisif, avait, dans un discours d*une longueur infinie, achevé de ruiner, dans l'esprit de la majorité, l'opinion de la Gironde sur l'appel au peuple, quand, dix jours plus tard, le 14 janvier, après une courte discussion sur une série de questions proposées par Daunou relativement au jugement, la Convention décida, sur la proposition du Girondin Boyer-Fonfrède, qu'elle se prononcerait, par voie d'appel nominal , .sur les trois questions suivantes : 1® Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d'attentat contre la sûreté générale de l'État? 2* le jugement sera-t-il soumis à la ratification du peuple? M® quelle peine sera infligée à Louis? L'appel Le lendemain, sur sept cent vingt et un' votants, —
nominal, yingt-huit représentants se ti'ouvant absents par congé ou commission, — six membres se récusèrent, trente-deux opinèrent pour la culpabilité en motivant leur vote, et six cent quatre-vingt-trois répondirent Oui, purement et simplement. C'était presque l'unanimité! Puis, quatre cent vingt-trois voix contre deux cent quatre-vingt- une repoussèrent l'appel au peuple. Le 16 était le jour où devait se décider le sort de Louis XVL Quoi qu'en aient dit les historiens de la réaction, Paris fut ce jour-là d'un calme admirable ; aucune pression de l'extérieur ne fut exercée sur l'Assemblée, et les membres de la Convention votèrent dans la plénitude de leur conscience et de leur liberté. Comme au commencement de la séance on délibérait sur un arrêté du conseil général qui, à tort ou à raison, avait interdit la représentation de VÀmi des foi», pièce de Laja, remplie d'allusions perfides contre les patriotes, Danton, arrivé de la nuit, se plaignit qu'en ces graves circonstances on s'occupât de comédies, et, de sa voix retentissante: « D s'agit de la tragédie que vous devez donner aux nations ; il s*agit de faire tomber sous la hache des lois la tête d*un tyran, et non de misérables comédies ! » En vain essaya-