‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 114 sur 226 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

t-on d'alarmer les membres de TAssemblée sur les conséquences de leurs votes, la Convention décida qu'elle prononcerait sans désemparer sur le sort de Louis. Il était huit heures du soir quand on commença le troisième appel nominal. Beaucoup de députés motivèrent plus ou moins longuement leurs votes. Ce fut un spectacle saisissant et plein d'émotion que celui de cette assemblée des représentants du pays décidant en dernier ressort, par cette longue et lugubre nuit d'hiver, de la destinée d'un roi de France. Les chefs de la Gironde, Vergniaud, Guadet, Lasource, Isnard, comme la grande majorité de la Montagne, se prononcèrent pour la peine capitale. JEn somme, sur sept cent CondMumtion vingt et un votants, trois cent trente-quatre voix votèrent pour la détention, le bannissement, les fers ou la mort conditionnelle, et trois cent quatre-vingt-sept pour la mort. C'était une majorité de cinquante-trois voix. Vergniaud, qui présidait, déclara, avec l'accent d'uneprofonde douleur, que la peine prononcée par la Convention contre Louis Capet, était la mort.

Alors furent introduits les défenseurs du roi. De Sèze demanda, au nom de son client, que le jugement rendu fût soumis à l'appel au peuple ; Tronchet argua d'un vice de forme, et Malesherbes, d'une voix entrecoupée par les larmes, pria l'Assemblée de lui accorder jusqu'au jour suivant pour qu'il pût développer devant elle des considérations essentielles à l'appui de l'incident soulevé par Tronchet. Mais, après quelques observations juridiques de Robespierre et de Merlin (de Douai), la Convention passa à Tordre du jour sur ces diverses requêtes. Le lendemain s'agita la question de savoir s'il serait sursis à l'exécution du condamné, conformément à une proposition de Mailhe, proposition qui, d'après la déclaration formelle de celui-ci, était indépendante de son vote pour la mort, et qu'avaient appuyée vingt-cinq de ses collègues. Après une discussion orageuse de deux jours, où se donnèrent largement carrière

Démission

de Manuel

etdeKeraaint.

Anatsinat

de Le Péletier

St-Fargean.

Exécution de Louis XYI.

toutes les passions haineuses qui agitaient Montagnards et Girondins, et où Buzot et Barbaroux recommencèrent leurs éternelles diatribes contre Paris, la Convention repoussa le sursis par trois cent quatre-vingts voix contre trois cent dix, et décida que l'exécution aurait lieu dans les vingt-quatre heures. « Citoyens, dit Cambacérès, en prononçant la mort du dernier roi des Français, vous avez fait un acte dont la mémoire ne passera point, et qui sera gravé par le burin de l'immortalité dans les fastes des nations. » Il ne restait plus au malheureux roi qu'à mourir.

Deux membres de FAssemblée, Manuel et Kersaint, qui avaient voté contre la -mort, donnèrent leur démission. Choudieu voulait que. pour ce fait on les déclarât infâmes et traîtres à la patrie. La Convention passa à l'ordre du jour; mais ils étaient appelés tout deux à de tragiques destinées, et devaient plus tard expier sur 1 echafaud la faiblesse d*avoir déserté leur poste en cette suprême conjoncture. Un autre Conventionnel, un ex-Constituant, un grand seigneur rallié à la démocratie, Le Péletier de Saint-Fargeau, paya au contraire de sa vie son vote pour la. mort. Frappé d'un coup de sabre chez un restaurateur du Palais- Royal, dans la journée du 20, par un ancien garde du corps nommé Paris, il avait expiré peu d'instants après, véritable martyr de la liberté, en se félicitant de mourir pour son pays. Quant à son meurtrier, décrété immédiatement d'accusation, il parvint à s'échapper, et, quelques jours après, il se suicidait dans une auberge de campagne.

Cependant Louis XVI avait appris, avec beaucoup de calme, de la bouche même de Malesherbes, avant que le ministre de la justice la lui notifiât officiellement, la nouvelle de sa condamnation. Ce fut lui-même qui fut obligé de consoler son ancien ministre et Cléry, son vieux serviteur. D'avance, il était résigné à son sort. La Commune usa donc d'une rigueur inutile quand, pour l'empêcher d'attenter à ses jours, elle le priva, pendant ses der-

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