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CHAPITRE NEUVIÈME

nîers repas, de l'usage d'un couteau et d'une fourchette. La Conrention l'ayant autorise à appeler auprès de lui un ecclésiastique de son choix, il manda l'abbé Edgeworth de Firmont, ancien gfend-vicaire du diocèse de Paris, et confesseur de madame Elisabeth, lui lut son testament et s'entretint longuement des affaires de son salut. Il passa ensuite deux heures avec sa famille. Ce fut une scène d'adieux déchirante; et à ce souvenir, quelque indomptables que soient les convictions, on ne peut s'empêcher d'être ému, car cet homme, dont le fer de la guillotine allait trancher la tête, laissait abandonnés à de terribles orages une femme, des enfants, ce qu'il avait de plus cher au monde; et trembler pour les siens, c'est.bien plus douloureux que de trembler pour soi-même. Aussi le lendemain, quand on vint le prendre pour le mener à la mort, préféra-t-il ne point les revoir, afin de leur épargner l'angoisse de la dernière séparation.

Il était un peu moins de neuf heures quand, le 21 janvier, dans la matinée, Louis XVI quitta la prison du Temple. L'échafaud avait été dressé sur la place de la Révolution, en face du château des Tuileries, à la place même où, quelques inois auparavant, s'élevait encore la statue de Louis XV. Là, une foule immense attendait, frémissante, le funèbre cortège, conduit; par le commandant général Santerre. Arrivé au lieu de son supplice, le condamné, encouragé par quelques paroles de son confesseur, monta d'un pas ferme les degrés de l'échafaud. Sur la plateforme, il protesta de son innocence, dit qu'il pardonnait aux auteurs de sa mort, et qu'il priait Dieu pour que son sang ne retombât jamais sur )a France. Ah! les véritables auteurs de sa mort, c'étaient ses conseillers perfides, les émigrés et ces rois de l'Europe dont il avait consenti à être le .complice. Un bruit de tambours empêcha. ses dernières paroles d'être recueillies. Il fallut l'entraîner de force sur la planche fatale. A dix heures vingt-deux

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minutes sa tête tombait. Le bourreau — c'était le royaliste Sanson — la prit sanglante dans le panier pour la montrer au peuple. Â cette vue, un immense cri de Vive ta République l sortit de toutes les poitrines. Hélas I cette République, rêve éternel de tous les cœurs épris de liberté et d'égalité, seul asile possible de la démocratie, n*était pas encore destinée à vivre bien longtemps. Le sang humain n'est jamais une bonne rosée pour féconder les choses de ce monde.

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