CHAPITRE DIXIÈMB
sëdés par le démon de la haine, prenaient pour des réalités les visions de leur imagination.
La situation si tendue de la capitale revêtait dans les Troubles départements un caractère non moins alarmant. Cambon ^°"'
avait dénoncé des arrêtés antipatriotiques de l'administration du Var ; on apprit bientôt qu'à Lyon la contre-révolution relevait audacieusement la tête. Un patriote éprouvé, à l'intégrité et aux lumières duquel ses ennemis même rendaient hommage, Ghàlier, président du tribunal criminel et chef du parti populaire, était particulièrement l'objet de Tanimadversion des meneurs de la réaction. On lui prêtait gratuitement le projet d'établir la guillotine en permanence dans la ville. Il avait pour adversaire principal le maire de Lyon, Nivière-Chol. Celui-ci, ayant donné sa démission à la suite de visites domiciliaires ordonnées contre son gré, avait été réélif par la majorité bourgeoise de rassemblée électorale. Enflés de cette victoire, les contre-révolutionnaires se livrèrent à des démonstrations menaçantes à l'égard des patriotes de la ville, et la malheureuse cité lyonnaise entra dès lors dans une période de convulsions sanglantes, que trois commissaires de la Convention, Bazire, Rovèreet Legendre, furent impuissants à conjurer.
Pendant que la Révolution était menacée et battue en Projeu brèche dans un des centres les plus importants de la Repu- deDumounez. blique, une immense conspiration était organisée en Vendée par le marquis de la Rouarie, et, en même temps, s'évanouissaient tout à coup les espérances qu'avaient fait naitre la bataille de Jemmapes et ses suites glorieuses. Déjà Dumouriez songeait à trahir; c'est lui-même qui l'assure, et nous devons bien l'en croire, si toutefois il faut s'en rapporter à un homme alléguant ainsi sa propre honte. Il était reparti de Paris avec le projet d'envahir la Hollande, de décider les Anglais à garder la neutralité, d'offrir aux Autrichiens une suspension d'armes, et, au cas où la Conven-
Revers en Belgique
tion n'eût pas ratifié ses propositions, de marcher sur Paris, de dissoudre TAssemblée et de ramasser la couronne de France dans le sang de Louis XVI, pour la mettre sur la tête du fils aîné de Philippe-Égalité. Quatre personnes, assure-t-il, Danton, Lacroix, Westermann et Miranda, avaient été mises dans la confidence de ce plan extravagant; mais c'est là une assertion toute gratuite, et que l'admiration qu'à cette époque Danton professait publiquement pour lui ne saurait justifier. Dumouriez a trop souvent menti dans ses Mémoires pour être cru sur parole en un point aussi délicat. Quoi qu'il en soit, l'exécution de son plan commença sous les plus fâcheux auspices. ïARs 17S2. Dans les premiers jours de mars, nos troupes furent obligées d'évacuer Aix-la-Chapelle ; et Miranda, contraint de lever le siège deMaestricht,dut se replier précipitamment sur Valenciennes. Aces nouvelles, la Convention, sur une motion de Choudieu, ordonna immédiatement le départ, pour les frontières, de tous les fédérés casernes à Paris, malgré la vive opposition de Lanjuinais, de Barbaroux et d'Isnard, qui, s'acharnant à dénoncer l'ombre d'une conspiration, ne voyaient de sécurité pour eux que dans la présence de ces volontaires des départements.
L'énergie de la Convention croissait en raison de la grandeur des périls. Le 7, aux hostilités sourdes de l'Espagne, dont elle avait dédaigneusement repoussé l'intervention dans le procès du roi, elle répondait par une déclaration de guerre. Le lendemain, sur une motion de Lacroix, vivement appuyée par Robespierre, elle enjoignait à tous les officiers, volontaires nationaux et soldats, de rejoindre sans délai leurs régiments, et, à la voix de Danton, elle chargeait quatre-vingt-seize de ses membres de se rendre le soir même dans toutes les sections parisiennes, d'y peindre les dangers de la patrie, de souffler à tous les citoyens l'héroïsme dont elle-même était embrasée, et de les pousser au secours de la Belgique. La Commune ne resta pas au-des-
Mesures suprêmes.