‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 13 sur 226 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ferme résolution de procurer à ses sujets une justice plus prompte et moins dispendieuse, et de remettre aux mains mêmes de la nation l'exercice de ses droits légitimes. Puis le garde des sceaux Lamoignon donna lecture d'une série d'édits dont quelques-uns étaient frappés au coin d'une véritable sagesse, comme celui qui supprimait les tribunaux d'exception et celui qui abolissait l'interrogatoire sur la sellette et la question préalable. Un de ces édits, portant La cour rétablissement de la cour plénière, avait un caractère P*<^n»^f«essentiellement politique, en ce qu'il enlevait au Parlement l'enregistrement des impôts et des lois, pour en charger spécialement cette cour suprême. Le même jour les parlementaires apprenaient qu'ils étaient suspendus de leurs fonctions jusqu'à nouvel ordre, et que le palais était fermé en attendant l'entière réorganisation de la justice.

Ces mesures extrêmes, excellentes en beaucoup de points, mais qui avaient le tort d'être un présent du despotisme, soulevèrent d'universelles clameurs. Le feu prit aux quatre coins de la France. Tandis que Paris chansonnait la cour plénière comme une innovation émanée du bon plaisir ministériel, les parlements et la noblesse de province s'insurgeaient, au nom de leurs intérêts froissés et de leurs privilèges menacés, contre les tendances unitaires des nouveaux édits. En certains pays, en Bretagne et dans le Dauphiné par exemple, les protestations allèrent jusqu'à la révolte. Du moins vit-on, dans cette dernière province, le tiers état se mettre sérieusement de la partie et réclamer, comme un droit de la nation, la convocation des états généraux. Il n'y avait plus moyen de reculer. La cour était à bout d'expédients et de ressources; les emprunts ne rendaient .rien; les rentrées d'impôts ne se faisaient pas ; l'argent semblait avoir disparu du pays, la banqueroute était imminente. L'impopularité du premier ipinistre se trouvait au comble, il fallut bien le sacrifier. Loménie de Brienne fut congédié le 25 août, après avoir,

HlSTOiaS D£ hk RÉVOLUTION

Chute

de

Brienne

et de

Lamoîgnon.

Rappel de Necker.

comme adieu^ promis, quelqaes jours auparavaiit, la réunion des états généraux pour le i^'mai de Tannée suivante* Lamoignon succombait également deux jours plus tard, et le Parlement vainqueur reprit ses fonctions après une suspension de près de cinq mois. La retraite des deux ministres excita danâ Paris une allégresse que troublèrent des scènes lugubres. Pour avoir témoigné trop brujanmient sa joie de leur chute, le peuple fut impitoyablement mitraillé sur la place de Grève, scellant ainsi de son sang l'éphémère triomphe des parlementaires.

Certes, lorsque le Parlement, dans ses remontrances, se plaignait que la liberté fût attaquée dans son principe et le despotisme substitué à la loi de TËtat, il avait raison; mais il avait tort quand il prenait prétexte de cela pour repousser les réformes les plus indispensables et les plus légitimes. Il n'appartenait donc pas à ce corps, pilier Termoulu de l'ancien régime, attaché à tous les vieux abus, à tous les vieux préjugés, d*étre le promoteur des réformes sociales réclamées par la grande école philosophique du xviir siècle. Ni royauté, ni Parlement n'étaient capables de venir à bout d'une pareille entreprise. Le roi comprit lui-même qu'il était temps de compter avec l'opinion publique, à laquelle il donna une première satisfaction en rappelant Necker, aux applaudissements de tout le pays. Puis, ajournant, jusqu'à la réunion des états généraux, les réformes qui avaient provoqué tant de tempêtes, il renouvela de vive voix la promesse de rassembler, dans les pre* miers mois de l'année 1789, les députés de la nation. Ce mot d'états généraux sorti de ^a bouche, c'était le cri suprême de la monarchie aux abois. La Révolntioii était faite dans les idées; nous allons la voir pe réaliser dans les faits.

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