CHAPITRE DIXIÈME
ayait là, évidemment, une entrave sérieuse apportée à la liberté delà presse; Marat protesta. Ses résistances se produisirent d^ailleurs dans les limites de la légalité, et elles ne faretit pas sans influencer TÂssemblée, qui, un peu plus tard, eut la sagesse de rapporter son décret.
Tandis que ces choses se passaient à la Convention, on Ëvfoemenu colportait dans les sections un prétendu appel du club des Cordeliers à l'insurrection, et une adresse où Ton demandait la révocation des infidèles mandataires du peuple. Mais c'était là l'œuvre particulière de quelques exaltés, à la tête desquels figuraient un jeune homme nommé Varlet, et Foamier, dit l'Américain; ni les Jacobins, ni même les Cordeliers, n'étaient encore pour rien dans cette menace d'ostracisme, qui bientôt allait se formuler contre la Gironde d'une façon plus nette et plus terrible. Le lendemain il y eut dans Paris des rassemblements que la gravité des circonstances su£Ssait à expliquer. On disait que le peuple, mené par des agitateurs de carrefour, voulait se jeter sur la Convention. Barère fit justice de ce bruit. Puis parut Robespierre. 11 se montra plein de confiance dans les destinées de la République. A l'égard 'de Dumouriez, sur qui reposait en partie alors l'espoir de la patrie, il fut trèsréservé; toutefois, il trouvait dans l'intérêt personnel de ce général une sorte de garantie de son patriotisme. Il s'étendit surtout sur la nécessité de subordonner complètement le pouvoir exécutif à la Convention, afin de mettre plus de cohésion dans le gouvernement et de prévenir désormais une administration occulte comme celle d'un ministre tout-puissant, dont tous les efforts avaient tendu à dénaturer les principaux événements de la Révolution et à calomnier les hommes qui avaient le plus servi la liberté. Ce fut sa seule allusion au pernicieux système des Girondins. Voilà pourtant ce que M. Michelet, dans sa prétendue histoire de la Révolution, appelle a remâcher ses éternelles dénonciations contre la Gironde. » Autrement amer
naire.
se montra Danton. Après un éclatant éloge de Dumouriez, il flétritceux qui, lorsque rennemiétaitaux portes de Pans, et qui gouvernaient alors, le fatiguaient de leurs contestations particulières et de leurs discussions misérables. « Je vous répudie tous comme traîtres à la patrie. » Il eut des emportements superbes, « Que Ja France soit libre et que mon nom soit flétri. Que m'importe d'être appelé buveur de sang ? Buvons le sang des ennemis de riiumauité, s'il le faut! » Et ces paroles d'une sauvage grandeur, qu'accompagnait d'ailleurs un noble appel à la concorde, retentissaient dans les cœurs comme le bruit sourd de ces tambours recouverts d'un crêpe funèbre. " Ls tribunal Cambacérès se leva ensuite pour demander que la séance ne fût pas close avknt qu'on eût réorganisé le pouvoir exécutif et constitué le tribunal révolutionnaire. Après quelques paroles de Buzot sur les dangers de réunir tous les pouvoirs dans les mains de la Convention, on ouvrit la discussion sur deux projets d'organisation du tribunal révolutionnaire, présentés par Lesage (d'Eure-et-Loir) et Robert Lindet. Comme l'Assemblée allait se séparer, après s'être contentée de décider, sur la proposition de Boyer- Fonfrède, que ce tribunal fonctionnerait avec l'assistance de jurés, Danton s'élança impétueusement à la tribune, et somma les bons citoyens de rester à leur poste. A cette voix éclatante, chacun retourna à son banc, et lui, au milieu d'un profond silence, s'attachant à démontrer la nécessité de lois extraordinaires pour atteindre les coupables et épouvanter les rebelles, demanda, comme Cambacérès, la reconstitution dupouvoir exécutif et l'organisation immédiate du tribunal révolutionnaire. Le soir même la Convention décréta qu'il serait institué à Paris un tribunal criminel extraordinaire, chargé de connaître dé tous les attentats contre la liberté, l'égalité, l'unité et l'indiNÎsibilité de la République, Le personnel de ce tribunal se composa de cinq juges chargés d'appliquer la loi d'après