CHAPITRE DIXIÈME
la déclaration du jury, d'un accusateur public et de deux substituts nommés par la Convention, et de douze jurés et quatre suppléants pris dans le département de Paris et les départements voisins, et nommés également par laCon- / vention. Les jurés devaient opiner à haute voix, et contre les jugements de ce tribunal il n'y avait point de recours en cassation. Ainsi fut forgé ce terrible instrument qui servit successivement à la Révolution et à la contre-révolution, et qu'on a appelé le tribunal révolutionnaire. La Convention venait, par anticipation, de décréter... la Terreur- Or, ce jour-là, à la môme heure, les agitateurs firent irruption au club des Jacobins, essayèrent de le porter à quelques mesures extrêmes. Ce fut peine absolument perdue. Un membre du nom de Desfieux proposa bien l'arrestation de tous ceux qui avaient voté pour Louis XVI, mais sa voix eut peu d'écho et la masse du club ne bougea pas. Le lendemain la bande se présenta au conseil général pour lui demander d'ordonner la fermeture des barrières, et de déclarer la Commune en état d'insurrection ; elle ne fut pas plus heureuse, et fut éconduite par le maire.Quelques Girondins, craignant pour leurs jours, ne couchèrent pas dans leurslits ; ils en furent quittes pour la peur. Lel2, parutàla La seotion barre de la Convention une députation de la section Pois- P««floiinière. sonnière, qui venait réclamer la destitution du général Beurnonville et un décret d'accusation contre Du mouriez et son état-major. Aussitôt un cri d'indignation s'éleva dans l'Assemblée. On fit remarquer que le drapeau porté par les pétitionnaires était orné de fleurs de lis et de cravates blanches. La section avait tout simplement omis de sup'primer du drapeau qu'elle avait reçu en 1789 ces emblèmes de la royauté. Il n'en fallut pas davantage néanmoins pour qu'on attribuât à cette démarche hasardée un caractère tout royaliste. Isnard et Marat, Marat surtout, jetèrent les hauts cris. On ne fut pas peu surpris d'entendre le sombre rédacteur de VAmi du peuple tonner contre les
factieux qui demandaient les têtes de Vergniaud, de Gnadet et de Gensonné, et sommer la Convention de livrer au tribunal révolutionnaire Fournier et ses complices. Ce qui ne Tempécha pas, quelques instants plus tard, d'accuser Roland et son parti d'être les auteurs de tous les maux delà patrie, maux que Lasource attribua, lui, aux agents de Pitt et aux émigrés. Après des récriminations réciproques, on renvoya à Texamen du comité de Sûreté générale la pétition de la section Poissonnière, et l'on décréta Fournier d'arrestation. Assurément, il eût été sage d'en rester là. Vergniaud eut le tort d'envenimer l'affaire en venant le jour suivant, dans un immense réquisitoire, présenter comme le résultat d'une formidable conspiration contre la Convention nationale un mouvement sans conséquence, dû à quelques agitateurs, et le tort plus grand d'incriminer fort légèrement d'excellents patriote^. Il arriva même, tant il j avait d'exagérations dans les allégations produites de part et d'autre, qu'après avoir entendu les explications personnelles de Fournier, l'Assemblée crut devoir rapporter le décret rendu contre lui. Marat ne se trompa donc pas tout à fait en qualifiant de vain batelage la très-éloquente mais très-prolixe harangue de Vergniaud.
Un nouveau Vainement Robespierre blâma très-sévèrement, aux Japamphiet cobius, co même jour, la tentative insurrectionnelle qui avait échoué devant le bon sens de la population parisienne; vainement il engagea ses concitoyens à se méfier de tous les pièges, à respecter les individus, à ne se porter à aucune voie de fait contre qui que ce fût ; vainement aussi le ministre delà justice vint démontrer combien était imaginaire la conspiration sur laquelle Vergniaud s'était si longuement étendu; cela n'empêcha pas le pamphlétaire Louvet de tirer de sa cervelle un roman tissu de mensonges et de calomnies contre la Montagne en masse, qu'il accusa bêtement de travailler au profit du duc d'Orléans. Et pourtant il y eut alors comme une lueur d'esprit de ré-
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conciliation entre la Gironde et les Montagnards. L'heure Tentative
réconciliation.
était yraiment bien choisie pôar raviver les haines et at« ^^
tiser le feu des discordes I II y eut, en effet, des pourparlers entre Danton et quelques Girondins, d'une part; de l'autre entre Robespierre et Bazot, qui avaient été liés si intimement du temps de la Constituante. On convint de se réunir.. Fâcheusement la tentativeéchoua. Par la faute de qui? C'est ce qu'il est bien difficile de dire. Le sort en est jeté ! Plus de trêve désormais. Ce sera la lutte sans fin, la lutte à mort. Et à Robespierre, s'écriant aux Jacobins que la République ne serait pas l'esclave d'un Brissot, d'un Brunswick, que tous les patriotes mourraient plutôt, Marat répondait : a Nous ne mourrons point , nous donnerons la mort à nos ennemis, nous les écraserons, o C'était le prélude du dernier combat.
Que de choses cependant conspiraient pour engager tous Soulèvement les patriotes à s'unir contre l'ennemi commun! Lyon se ^«Ja Vendée. trouvait toujours en proie à des tiraillements auxquels la présence des commissaires de la Convention ne suiBt pas à mettre fin. A Qrléans, la contre-révolution venait de s'affirmer par une tentative de meurtre dirigée contre le représentant Léonard Bourdon ; enfin la Bretagne et la Vendée étaient en feu. Là, pour pousser à la révolte des paysans superstitieux, on ne recula devant aucun stratagème. La Terreur blanche y fonctionna avant que la Terreur républicaine fût elle-même en vigueur. Le maire de la Roche- Bernard, patriote éprouvé, fut mis en lambeaux aux cris de Vive le roil II s'appelait Sauveur. Mais si la cause de la monarchie etde l'Église étaient pour quelque chose dans l'insurrection des paysans de la Vendée et de la Bretagne, le sentiment de l'intérêt personnel y était pour bien davantage. Ils ne voulaient quitter ni leurs champs ni leurs chaumières pour aller défendre au loin le pays menacé. Et voilà pourquoi, à des officiers comme Lescure et Larochejacquelein, ils préféraient des chefs roturiers comme eux.
comme Stofflet et Cathelineau. Prêtres et nobles exploitèrent admirablement d'ailleurs le sentiment égoïste auquel ils obéissaient, et le soulèvement général de la Vendéecoïncida précisément avec Texécution du décret qui ordonnait une levée extraordinaire de trois cent mille hommes. Pour résister à une insurrection qui donnait la main à rétranger, la République n'avait alors que des gardes na-' tionales, formées de la petite bourgeoisie et des artisans des villes, et quelques milliers de troupes régulières sous le commandement des généraux Labourdonnaye et Marcé. Aussi les insurgés, retranchés dans leurs landes, dans leurs ravins, derrière leurs haies, remportèrent-ils au début quelques avantages qui doublèrent leur audace et accrurent singulièrement leur nombre. Pendant le mois de mars, ils eurent le dessus sur les républicains à Machecoul, à Saint-Florent, à J allais, à Chemillé, à Chollet, et toujours ils signalèrent leurs succès par des atrocités sans nom. Il y eut notamment à Machecoul, où les paysans de TAnjou reconnurent pour chef un ancien lieutenant de vaisseau nommé Charette, des horreurs au récit desquels le cœur se soulève. Là, durant quelques semaines, on fusilla au bord de fosses fraîchement creusées tous les patriotes qu'on put ramasser, et souvent on les y ensevelit tout vivants. Ah! du moins FouchéetCollot-d'Herbois,qui, à Lyon, suivront cet épouvantable exemple, auront-ils soin de faire achever les victimes. Si à ces excès sanglants de semblables excès répondirent, si l'extermination appela l'extermination, à qui la faute, et sur qui doit tout d'abord porter le poids des malédictions de l'humanité ? Décrets A ces nouvelles affligeantes, la Convention, d'une voix
unanime, se décida à prendre des mesures d'une implacable sévérité. Le 18, sur la proposition de Duhem, elle décréta que tous les émigrés ou prêtres insermentés, qui au bout de huit jours seraient pris sur le territoire de la République, encourraient la peine de mort. Le lendemain, sur un
terribles.