CHAPITRE DIXIÈME
rapport de Cambacérès, qui fut, avec Oudot et Merlin (de Douai), le grand législateur de la Terreur, elle décréta encore que tous les individus prévenus d'avoir pris part aux émeutes ou révoltes contre-révolutionnaires ou arboré la cocarde blanche seraient mis hors la loi ; que, s'ils avaient été pris les armes a la main, ils seraient, dans les vingt- 'quatre heures, livrés à l'exécuteur des jugements criminels et mis à mort une fois le fait constaté par une commission militaire ; que tous, les prêtres et ci-devant nobles, leurs agents et domestiques, subiraient également la peine de mort en cas de complicité, a Vous n'oublierez pas, avait dit Cambacérès, que les circonstances commandent presque toujours les décisions. » Là est tout le secret de la Terreur.
Sur ces entrefaites on apprit que Dumouriez venait Bataille d'être battu à Neerwinden, petit village de k Belgique, ^®
, . . , « . .... Neerwinden.
OU cent ans auparavant une armée française avait triomphé des Hollandais. Marat le premier cria à la trahison, et révénement fit bien voir qu'il ne se trompait pas de beaucoup. Sous l'impression de cette nouvelle, la Convention décréta coup sur coup des mesures d'une énergie suprême. Le même jour, 21 mars, pour déjouer les intrigues des étrangers, elle adopta à leur égard, sur un rapport de Jean Debry, une loi par laquelle furent institués dans chaque commune et chaque section de commune des comités de surveillance, ou comités révolutionnaires. Le 26, sur la proposition de Génissieu, elle ordonna le désarmement de tous les ci-devant nobles et prêtres, de leurs agents et domestiques, et de toutes les personnes reconnues suspectes, opération qui, deux jours après, eut lieu à Paris dans le plus grand ordre. Enfin, le 28, elle bannissait à perpétuité du territoire français tous les émigrés, punissait de mort toute infraction à ce décret, et, le lendemain, elle frappait de la même peine tous les auteurs d'écrits provoquant au rétablissement de la royauté, au meurtre et au pillage.
Dans rintervalle, le 2S, à un comité de défense générale faiblement organisé au mois de janvier précédent, elle avait substitué une commission dite de Salut puWic, composée de vingt-cinq membres pris dans les diverses fractions de l'Assemblée, et où Robespierre, Danton, Dubois-Crancé, figuraient à côté de Buzot, de Guadet, de Vergniaud et de Pétion. Composée d'éléments hétérogènes, cette commission ne pouvait fonctionner utilement, et elle ne devait avoir qu'une existence éphémère. Trahison Le jour même où elle fut organisée, nos troupes éva-
doDumouriez. cuaient Bruxelles, et, le surlendemain, Dumouriez confiait effrontément au colonel autrichien Mack son projet de marcher sur Paris pour j rétablir la monarchie constitutionnelle. Or, à ce moment, et comme si de loin il eût pénétré dans l'âme du général pour y lire ses secrets desseins, Robespierre tonnait contre lui à la Convention, et, comme mesure indispensable en ces critiques circonstances, il réclamait le bannissement de tous les membres delà famille des Bourbon et le renvoi de Marie- Antoinette devant le tribunal révolutionnaire, pour y répondre de ses rapports criminels avec ceux qui avaient machiné la perte delà patrie. Danton, qui l'avait précédé à la tribune, avait accusé formellement les Girondins d'avoir conduit le général à sa perte par des insinuations perfides. Dumouriez, paraît-U, lui avait montré une lettre de Roland, par. laquelle ce ministre l'invitait à se liguer avec la Gironde pour a écraser le parti de Paris et surtout ce Danton. » C'était, du reste, comme ou l'a vu, le mot d'ordre des Girondins aux départements; et, trois jours auparavant, André Dumont avait vivement dénoncé une adresse de la société populaire d'Amiens, où l'on réclamait, entre autres choses, le transfèrement de la Convention dans une ville du centre, le rappel de Roland et un décret d'accusation contre Marat et ses affidés. Les Girondins se vengèrent en sommant de nouveau Danton, avec une intention perfide, de rendre