CHAPITRE DIXIÈME
compte de sa mission auprès de Dumouriez. Il répondit en inyitant ses accusateurs à produire leurs inculpations à la tribune. C'était le 30. Ce jour-là l'Assemblée manda le général à sa barre, enjoignit à Beumonville, récemment promu au ministère de la guerre, de se rendre sans retard à Tarmée du Nord, et désigna cinq représentants du peuple pour l'accompagner, avec mission de mettre en état d'arrestation tous généraux et fonctionnaires qui leur paraîtraient suspects.
Déjà s'étaient présentés au camp de Dumouriez trois membres du club des Jacobins, nommés Proly, Péreyra et Dubuisson, qui s'étaient donnés comme envoyés par le ministre des affaires étrangères Lebrun. Du rapport de ces trois commissaires officieux, lu à la Convention dans la séance du !•' avril, il résultait que le général conspirait ou- avril 1793. vertement contre la République. Accusé à son tour, à mots couverts, par Lasource, d'avoir été avec Lacroix le complice de Dumouriez, Danton bondit à la tribune comme un lion blessé. Presque au même moment le Girondin Biroteau dénonçait, pour avoir proposé un roi en plein comité dedéfense générale, Fabre d'Églantine, « très-liéavec Danton, D avait- il soin de dire, a C'est une scélératesse! x> s'écria Danton hors de lui. Relativement à une somme de cent mille écus dont on lui reprochait de n'avoir pas rendu compte, il invoqua le témoignage de Cambon. L'affaire venait d'être renvoyée à une commission d'examen quand, après une courte discussion pour savoir s'il serait entendu séance tenante, il reprit la parole. Il s'efforça d'abord de se justifier, lui et son collègue Lacroix; il rappela qu'il avait lui-même provoqué l'établissement du tribunal révolutionnaire, dont Dumouriez avait horreur, puis, vivement appuyé par Maure, Duhem et Marat, il prononça contre les Girondins un terrible réquisitoire. Il dit qu'il n'y avait plus de trêve entre la Montagne et les lâches qui, ayant voulu sauver le roi, calomniaient les patriotes dans toute la
A rrestation
des commissaires
de la Convention.
France. «Plus de composition avec eux,» s'écria Danton; et il demanda que la commission chargée d'examiner son affaire portât aussi se^investigations sur ceux qui avaient machiné contre l'indivisibilité de la République. Pour lui , dit-il, en terminant par une métaphore violemment hyperbolique, retranché dans la citadelle de la raison, il pulvériserait,avec le canon de la vérité, les scélérats qui l'avaient accusé. Il descendit de la tribune au milieu des applaudissements des uns et des transports de rage des autres. Tellement surexcitées étaient les passions que, déchirant, à la voix de Marat et de Biroteau, la charte d'inviolabilité de ses membres, la Convention décida qu'elle décréterait d'accusation ceux des représentants du peuple contre lesquels il y aurait de fortes présomptions de complicité avec les ennemis de la Révolution. Les Girondins venaient de forger là une loi dont, les premiers, ils devaient être victimes.
Et, — circonstance fatale pour eux, — le lendemain de cette lamentable séance, on lisait une lettre de Dumouriez à Beurnonville, dans laquelle le général récriminait contre Robespierre et contre Cambon, et mettait toute sa confiance dans les hommes de bien de l'Assemblée. Rien ne pouvait être plus funeste aux Girondins que cet éloge d'un traître. Ce jour-là même Dumouriez, jetant bas le masque, faisait arrêter le ministre de la guerre, les commissaires de la Convention, Camus, Quinette, Lamarque et Bancal, et les livrait à Clairfayt. Paris était alors en proie aux plus vives alarmes : on assurait que le général marchait sur la capitale. Le 3 avril, sur une motion de Thuriot, la Convention le mettait hors la loi, autorisait tout citoyen à lui courir sus et promettait trois cent mille livres à qui l'amènerait à Paris mort ou vif. Le soir même, Robespierre annonça qu'il ne voulait pas délibérer plus longtemps avec ceux qui calomniaient éternellement Paris et les patriotes, dont Dumouriez se déclarait l'implacable ennemi, et à son tour il