‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 124 sur 226 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

dressa contre Brissot et ses amis un acte d'accusation formidable. Le lendemain, Dumouriez s'échappait comme un malfaiteur des rangs de l'armée française, et le 5, suivi du duc de Chartres et de quelques officiers de son étatmajor, il passait dans le camp autrichien, ensevelissant sous une honte éternelle la gloire éclatante dont il s'était couvert à l'aurore de la République.

En présence des nouveaux dangers de la patrie, la Convention s'était constituée en permanence. Elle décréta successivement, entre autres mesures, l'arrestation de la famille du général Valence, de la femme Égalité et du général Miazinski , la formation d'une armée de quarante mille hommes spécialement destinée à la défense de Paris, et l'envoi de nouveaux commissaires dans le Nord. Puis, • gravitant toujours vers la Terreur, elle autorisa l'accusateur public près le tribunal révolutionnaire à faire arrêter, poursuivre et juger, de son propre mouvement, tous les individus prévenus du crime de conspiration, excepté les députés, les ministres et les généraux, pour la poursuite desquels son autorisation continua d'être nécessaire. Le 6, sur un rapport d'Isnard, elle remplaça son comité de défense générale par un comité de Salut public composé de neuf membres renouvelables de mois en mois. Chargé de contrôler le conseil exécutif, ce comité était investi de la mission 4e prendre toutes les mesures de défense extérieure et intérieure, à la condition d'adresser à l'Assemblée un rapport de ses opérations et de tenir registre de ses délibérations. Ainsi fut créé ce grand comitéde Salut public an souvenir duquel les partisans de la royauté tressaillent encore aujourd'hui, et qu'on n'a tant calomnié que parce qu'il a été le plus solide pilier de la République.

La trahison de Dumouriez, au lieu d'apaiser les haines, fut un nouvel aliment de discorde entre les Girondins et les Montagnards. Elle ne pouvait manquer d'être fatale aux premiers, car le général était une de leurs créa-

Dumouriez

passe à rennemi.

Création

du comité

de

Salut public.

paasiozmées.

tares : par eux, il avait été promu au ministère, appelé au commandement des armées de la République, et Ton ne se Attaqaes priva point de le leur reprocher amèrement. De part et d'autre, on en arriva à des violences inouïes. Grâce à l'envoi d'une foule de Montagnards dans les départements, les Girondins disposaient encore de la majorité de la Convention, mais Paris se mettait de la partie et commençait à menacer sérieusement ses calomniateurs. Le 8, une députation de la section Bon-Conseil réclama un décret d'accusation contre les Vergniaud, les Guadet, les Gensonné, les Brissot, les Barbaroux, les Louvet, les Buzot, etc. ; le lendemain Rebecqui envoya sa démission, fondée « sur ce que Robespierre n'avait point porté sa tête sur l'échafaud pour avoir proposé un chef. » Un mensonge ne coûtait rien à ce maniaque, que Camille Desmoulins appelait un faux témoin suborné par la Gironde. Cela présageait un orage. Il éclata, effi'oyable, dans la séance du 10 Pétion en donna le signal en dénonçant un projet d'adresse de la section de la Halle-au-Blé, conçu en termes violents contre ses amis. Danton ayant demandé qu'on fît au procès-verbal mention de cette adresse, les Girondins poussèrent des cris de fureur. «Vous êtes des scélérats!» s'écria Danton. En vain essaya-t-il, quelques instants plus tard, de ramener le calme, la tempête était indomptable. Guadet et Marat se lancèrent mutuellement à la face les expressions les plus outrageantes. Provoqué par une sorte de défi du premier, Robespierre monta à la tribune et prononça contre la Gironde un nouveau réquisitoire, qui n'était autre chose que l'historique exact de ce parti depuis son apparition sur la scène de la Révolution, et où, à de dures et indiscutables vérités, il mêla des calomnies dont ses incorrigibles adversaires ne lui avaient que trop donné l'exemple. Vergniaud répondit par un discours plein d'éclairs magnifiques, mais non moins rempli de mensongesi d'insinuations perfides et calomnieuses, et où il parait ses amis et lui-même

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