CHAPITRE DIXIÈME . ^ 3i
cratie, au delà duquel il n'y a plus qu'incertitude et ténèbres, fut accueilli avec un enthousiasme extraordinaire par la société, qui Topposa résolument à la Déclaration girondine. Il n'obtint pas moins de succès du reste à la Convention quand, trois jours après, il lui fut communiqué, et ce fut au bruit d'applaudissements unanimes que Robespierre descendit de la tribune nationale. Les différences essentielles entre sa Déclaration des droits et celle des Girondins portaient principalement sur la propriété, au sujet de laquelle il prononça un discours qui montra combien, relativement à la question sociale, il était en avant de la plupart de ses collègues; sur la liberté, à laquelle il donnait pour règle la justice ; sur l'impôt, qu'il voulait progressif. Enfin, comblant ane lacune capitale dans le plan girondin, Robespierre consacrait les devoirs de fraternité qui doivent unir tous les hommes et toutes les nations; il posait en principe que les différents peuples devaient s'entr'aider comme les citoyens du même État, et que quiconque opprimait une nation se déclarait l'ennemi de toutes. C'était le couronnement de sa Déclaration, et un démenti éclatant au décret égoïste récemment rendu sur une motion de Danton.
Tous les orateurs qui parlèrent sur la constitution, Saint- Just et Salles, Cloots et Robert, Edme Petit et Daunou, furent religieusement écoutés, et quelques-uns chaleureusement applaudis. Tous dissentiments paraissaient effacés; mais c'étaient là des trêves de bien courte durée, et il fallait peu de chose pour rallumer la discorde. Les haines des Girondins se réveillèrent plus ardentes sur la tombe du patriote Lazousky, un des héros du 10 août, qui mou- Mort rut vers cette époque, et auquel la municipalité parisienne fit des funérailles magnifiques. Le journal de Brissot prétendit qu'il était mort d'un accès d'ivresse. Exaspérée du triomphe de Marat, cette feuille ne vit dans ces funérailles qu'une sale mascarade, et, sous la plume des écrivains de la Gironde, le peuple, qui avait battu des mains à l'acquit-
de Lazousky.
tement de son ami, n'était qu'un composé d'êtres vivant d'émeutes et de moyens infâmes. Si violentes étaient les passions que deux frères, Etienne et Jean DupratJ'un président du tribunal d'Avignon, l'autre député à la Convention, se déchirèrent afifreusement, après avoir vécu jadis dans une étroite union. Le 29 avril on entendit le Conventionnel traiter en pleine tribune son frère de calomniateur et de lâche, de mauvais père et d'ami infidèle, parce qu'il lui avait reproché de s'être laissé corrompre par Barbaroux et d'avoir déserté pour la Gironde la cause patriotique des Jacobins. Le lendemain, à propos de quelques murmures échappés aux tribunes, pendant que Ducos combattait comme contraire à la liberté du commerce le projet d'établir un maximum sur les denrées de première nécessité, Guadet, levant le masque, demanda le transférement de la Convention à Versailles. Et cependant, plus que jamais cette Convention, à laquelle était attaché le salut de la République, avait besoin d'entente, d'unité et de cohésion, car d'heure en heure les dangers grandissaient. Situation Les révoltés de la Vendée, sous les ordres de Charette, miutaire. ^q d'Elbée, de Cathelineau, de Bonchamp, de Larochejaquelein, deStoffletet de quelques autres, faisaient des progrès effrayants. La reprise de Saint-Florent et de Machecoul, théâtre des horreurs royalistes, la victoire de Chemillé ne furent pas une compensation suffisante des désastreux combats^ de Vihiers, de Beaupréau et des Aubiers où les républicains furent écrasés. La prise de • Thouars, mollement défendu par Quétineau, la facile victoire de la Châtagneraye, accrurent l'audace des royalistes. Vaincus devant Fontenay, dans la journée du IG mai, ils revinrent à la charge le 25, au nombre de trente-cinq mille, et, après avoir culbuté une poignée de républicains commandés par le général Chalbot, ils prirent possession de la ville au nom du roi. Nul doute qu'ils ne se crussent â la veille de triompher de la Révolution.