CHAPITRE DIXIÈME
Discours
sur la
constitution.
pour entretenir TAssemblée de l'arrestation de son domestique, comme s'il eût juré de déchaîner l'ouragan. Heureusement Tordre du jour appelait la discussion sur la constitution, et l'orage soulevé se calma comme par enchantement.
Vergniaud rouvrit cette discussion par un discours excellent d'idées, mais n'apportant aucune solution pratique. Il conclut en proposant une série de questions qui eussent éternisé les débats et auxquelles il ne fut donné aucune suite. Le surlendemain, 10 mai, jour où la Convention transporta ses séances dans une salle des Tuileries à laquelle on travaillait depuis longtemps, Robespierre prit la parole sur le même sujet. Il s'attacha surtout à combattre la centralisation administrative et à démontrer la nécessité de fuir la manie ancienne des anciens gouvernements de vouloir trop gouverner. « Laissez aux individus, laissez aux familles le droit de faire tout ce qui ne nuit point à autrui, laissez aux communes le pouvoir de régler ellesmêmes leurs propres affaires... En un mot, rendez à la liberté individuelle tout ce qui n'appartient pas naturellement à l'autorité publique, et vous aurez laissé d'autant moins de prise à l'ambition et à l'arbitraire. » Il faudrait citer tout entier ce discours, qui est la véritable profession de foi de la démocratie; mais l'espace nous est mesuré, et force nous est d'abréger. La séance dans laquelle Robespierre prononça ce discours fut une des dernières où, jusqu'à la chute prochaine des Girondins, on s'occupa de l'œuvre pacifique de la constitution. îsous entrons dans la région des tempêtes, pour n'en sortir qu'au jour de la défaite définitive de l'un des deux partis.
Et cependant, à cette heure, heure douloureuse où la nouvelle de la mort du général Dampierre, tué devant * «"pw"'» Valenciennes, venait encore d'attrister les esprits, où Santerre se disposait à partir pour la Vendée à la tête des troupes levées dans les sections parisiennes, le journal de
Mort
Nouveaux orages.
Isnard président.
Brissot constatait lui-même qu'un calme absolu régnait dans Paris, et Robespierre, aux Jacobins, protestait avec énergie contre l'emploi des moyens violents. Mais la démence de ceux que veut perdre la Providence sembait s'être emparée des Girondins. Rebecqui écrivait à son ami Barbaroux que le seul moyen de sauver la République était de faire marcher quarante mille hommes sur Paris, La violence appelle la violence : Marat réclamait de son côté la liberté illimitée des opinions, afin de pouvoir envoyer à réchafaud les hommes d'État qui l'avaient décrété d'accusation, et Girey-Dupré, dans le Pabnote français: a Ces messieurs veulent en finir... qu'ils l'osent, nous le demandons, leur mort est au bout. » D'autre part, Guadet lisait à la Convention et louait fort une adresse bordelaise bien faite pour exaspérer la population parisienne. La confiance des Girondins sembla s'accroître de l'acquittement du général Miranda, une de leurs créatures, acquittement qui fut suivi de près de la condamnation de Miaczinski, accusé comme lui de complicité dans la trahison de Dumouriez. La nomination d'Isnard — un des plus violents du parti — comme président de la Convention, avec Fauchet, Dupraît jeune et Poulain-Grandpré comme secrétaires, n'était pas de nature à ramener le calme dans les esprits. Aussi, allons-nous marcher rapidement au dénoûment.
A propos de l'arrestation d'un juge de paix du nom de Roux, dont les Girondins prirent avec passion la défense, dans la séance du 17, la discussion étant devenue fort tumultueuse, Couthon invita, en quelque sorte, ceux qui savaient fort bien être les seuls sujets des troubles qui déchiraient l'Assemblée, à donner leur démission. Vergniaud répliqua vivement que si on le réduisait à cette extrémité le département de la Gironde n'aurait plus rien de commun avec la capitale. Forts de leur nombre, les Girondins enlevaient à la minorité, dans la séance suivante, le droit de requérir l'appel nominal. Le même jour, Gua-