CHAPITRE DIXIÈME
Arrestation
d'Hébert.
Imprécations dlsnard.
de police, Marino et Michel, du second substitut du procureur de la Commune, Hébert, et du jeune énerguraène Varlet, que le journal de Brissot, dans un langage assurément peu démocratique, se plaisait à appeler a Tagitateur dés boues de Paris. » Rédacteur du Père Duchesna^ Hébert était bien, question de forme à part, le digne émule de Girej-Dupré pour l'exagération de son langage. Un article d'une extrême virulence contre les hommes y,' État avait motivé le mandat décerné contre lui. Mais à ce compte il eût fallu frapper également les journalistes girondins, qui se répandaient en injures et en calomnies contre les députés de Paris. La Commune tout entière se sentit atteinte dans la personne d'un de ses magistrats. Le lendemain elle envoya une députation à l'Assemblée pour réclamer d'elle, non pas même, l'élargissement immédiat, mais le prompt jugement de son substitut. Rien de plus légal assurément. Au lieu de répondre, Isnard se mit à déclamer en véritable monomane contre Paris et ses habitants. H dit, au milieu des murmures soulevés par son blasphème, que, dans le cas où, par des insurrections toujours renaissantes, il serait porté atteinte à la représentation nationale, on chercherait vainement bientôt sur les bords de la Seine si Paris avait existé. Hyperbole ridicule, paroles imprudentes, contre lesquelles protesta éloquemment Danton, et qui, colportées de sections en sections, mirent au comble l'exaspération des patriotes contre les hommes de la Gironde.
Cette commission des Douze, si chatouilleuse à propos d'un article désagréable à ses amis, témoignait d'une partialité révoltante en faveur des perturbateurs girondins, et jetait à l'Abbaye le président de la section de la Cité, Dobsent, coupable d'avoir blâmé ses mesures. Legendre, outré, en demanda la suppression. C'était le 26. Il y eut le soir aux Jacobins une séance extrêmement animée. On y réclama l'impression d'une lettre de Vergniaud 'aux ^* Vergniaua.
Une lettre
Bordelais, laquelle n'était autre chose qu'un violent appel à rinsurrection des départements contre là capitale. Robespierre, qui avait gardé le silence dans les tristes scènes dont la Convention était le théâtre depuis quelques jours, engagea alors le peuple à se mettre en insurrection contre les députés corrompus, dans le cas où la trahison appellerait l'étranger dans le pays. Le jour suivant, à la Convention, nouvel et formidable orage, soulevé par une arrogante réponse dlsnard à des pétitionnaires de la section de la Cité, qui venaient réclamer la liberté de leur prési- Séance dent. Robespierre monte à la tribune pour demander Té-
da 27 mai. . ^ , . . ^ ,
largissement de tous les citoyens arbitrairement arrêtes; mais à peine a-t-il ouvert la bouche que les apostrophes les plus violentes lui coupent la parole, et, de guerre lasse, il quitte la place. « Tant d'impudence commence à nous lasser, nous vous résisterons ! s'écrie alors Danton hors de lui, en se tournant vers les Girondins. » Et Bourdon (de l'Oise), opposant la fureur à la fureur, menaça le président de l'assassiner, s'il osait proclamer la guerre civile. Quelques observations du ministre de l'intérieur parvinrent à ramener un peu de calme dans cette Assemblée tumultueuse comme la mer en courroux. Après avoir entendu les sages conseils de Garât, la Convention, sur une motion de Lacroix, cassa la commission des Douze et décréta l'élargissement des citoyens arrêtés par ses ordres. Cette mesure était excellente, car, en apaisant les esprits, elle eût peut-être assuré le salut des Girondins ; mais ceux-ci ne purent se résoudre à voir se briser l'instrument de leur domination. Le lendemain, dès l'ouverture de laséaAce, Lanjuinais nia qu'il y eût eu un décret rendu. C'était un mensonge de sa part. Dans tous les cas, ajouta-t-il, s'il y en a eu un, j'en demande le rapport. En vain Levasseur, Jean-Bon Saint-André et Robespierre, s'efforcent d'empêcher l'Assemblée de commettre la faute de revenir sur son décret de la veille, « ce grand acte dejustice,»