‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 133 sur 226 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

d'alarme. Cependant ordre avait été donné au commandant du Pont-Neuf de le tirer. Par qui? , Par Hanriot, qui avait agi en cela conformément aux prescriptions d'un comité révolutionnaire, formé d'une partie des membres de la Commune. Tout à coup on entend des détonations successives. C'est le canon d'alarme. Vergniaud, en proie à une poignante émotion, demande que Hanriot soit mandé à la barre, et il invite tous ses collègues à jurer de mourir à leur poste. L'Assemblée presque tout entière se levait lorsque Danton, de sa voix impérieuse : a Avant tout, faites donc justice de la commission des Douze; » et il réclama, comme l'unique moyen d'apaiser l'émotion populaire , le jugement des membres de cette commission, coupables, selon lui , d'avoir servi leurs ressentiments personnels. La discussion s'engagea vive, ardente, passion-

•née, interrompue seulement par des députations qui, d'instant en instant, se présentaient à la barre. Rabaut Saint-Étienne et Guadet se firent les avocats chaleureux

■ des Douze ; Couthon défendit Paris contre « la factio^ infernale » qui, par la persistance de ses calomnies, semblait avoir juré d'allumer la guerre civile et de fournir à l'ennemi les moyens de pénétrer en France. A ce moment Vergniaud remonta à la tribune, et, non sans étonnement, on l'entendit vanter à son tour le patriotisme des citoyens de la capitale , et proposer à l'Assemblée de décréter que les sections de Paris avaient bien mérité de la patrie. Ce qui fut en effet décrété au milieu d'unanimes applaudissements. Mais ce n'était pas une solution.

Survint au même instant une nçuvelle députation de la section des Gardes-Françaises ; elle venait à présent récla^ mer un décret d'accusation contre les Douze et les vingtdeux représentants précédemmentdénoncés.Puis parurent les membres du directoire, réunis à ceux de la Commune et aux commissaires des sections. Le procureur général syndic Lulier prit la parole au nom de ces derniers, et, dans

un langage à la fois énergique et mesuré, il demanda vengeance des paroles sacrilèges d'Isnard. Cependant le comité de Salut public, se décidant à donner signe de vie, vient réclamer, lui aussi, la cassation de la commission des Douze. On allait passer aux voix; Valazé proteste contre toute délibération. Vergniaud propose à l'Assemblée d'aller se mettre sous la protection de la force armée et sort, suivi de quelques-uns de ses collègues. On demandait lappel nominal pour connaître les noms des absents, quand Robespierre adjura les représentants fidèles de se réunir afin d assurer le bonheur du peuple. Vergniaud rentrait, et comme sa présence excitait quelques rumeurs : a Je n'occuperai point la Convention de la fuite ou du retour de ceux qui ont déserté ses séances, h continua dédaigneusement Robespierre, et il s'éleva contre une proposition de remettre à TÂssemblée la direction de la force armée. C'était en efi'et la confier aux Girondins. — a Concluez donc, lui cria Vergniaud. — Oui, je vais conclure, reprit-il en se retournant vers l'interrupteur, et contre vous. » Rappelant alors tous les griefs des patriotes contre la faction girondine, il réclama, lui aussi, l'adoption des mesures sollicitées par les sections. Sous cette terrible apostrophe, Vergniaud, qui l'avait provoquée, demeura muet, comme accablé. La Convention se contenta ce jour-là de casser la commission des Douze et de décider que son comité de Salut public s'occuperait, de concert avec les autorités constituées, de suivre la trace des complots dénoncés. A cette heure même on apprenait que les citoyens du faubourg Saint- Antoine venaient de fraterniser avec les sections du Mail et de la Butte-des-Moulins, avec lesquelles ils avaient été sur le point d'en venir aux mains au Palais- "" Royal, et ce fut sous une impression toute pacifique que, vers neuf heures et demie du soir, la Convention leva cette longue et mémorable séance.

Mais le vote de l'Assemblée ne parut, ni aux sections ni

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