CHAPITRE DIXIÈME 3Î
à la Commune, une satifaction suffisante, «r II n*y a que là journées des moitié de fait, » s'écrièrent aux Jacobins Chabot et Billaud- ^' ^ ®^ ^ J"^"- Varenne. Le lendemain, dès la première heure, madame Roland était mise en état d'arrestation, comme complice de son mari en fuite, et le comité révolutionnaire de la Commune invitait, par une proclamation énergique, tous les citoyens de Paris à rester debout. Dans la journée, Marat parût au conseil général, et là, il engagea vivement le peuple à ne pas désemparer de la barre de la Convention que l'Assemblée ne se fût rendue à ses vœux. Pendant ce temps, les principaux Girondins, réunis chez Louvet, songeaient à organiser la résistance dans les départements, où déjà, à leur instigation, des citoyens égarés faisaient appel à la révolte. La séance de la Convention avait été calme pourtant et avait présenté peu d'intérêt. On s'était contenté d'adopter une adresse au peuple français, au sujet des événements de la veille; Barère, qui l'avait rédigée, s'était attaché à présenter les faits sous un jour singulièrement adouci. Mais le soir les choses prirent dans l'Assemblée une tournure extrêmement grave. On s'y entretenait de la fermentation du dehors et de l'indignation publique qui, disait-on, allait toujours croissant, quand on annonça l'arrivée d'une députation de la Commune, du département et des quarante-huit sections. Admise sur-le-champ, cette députation, par l'organe du chimiste Hassenfratz, présenta contre les Girondins un court et terrible réquisitoire, et réclama impérieusement contre vingt-sept d'entre eux un décret d'accusation. L'Assemblée, visiblement impressionnée, admit- les pétitionnaires aux honneurs de la séance, et chargea son comité de Salut public de lui soumettre sous trois jours un rapport sur la pétition des autorités parisiennes.
Trois jours, c'était trop encore au gré des sections. Toute la nuit le tocsin continua de sonner; dès la pointe du jour la générale se fit entendre, et quand la Convention
a58 HISTOIRE DE LA REVOLUTION
se réunit le 2 juin, Paris entier était sous les armes. La séance s'ouvrit sous les auspices les plus défavorables. De sinistrés nouvelles étaient arrivées des départements. Lyon était en pleine contre-révolution, a Que vos désordres cessent, » écrivaient les autorités constituées de la Vendée. Or ces désordres, qui les avait provoqués, sinon les Girondins? Et chacun se prenait à penser que la République ne serait pas dans un si violent état de crise si, depuis huit mois, ces hommes s'étaient occupés de la patrie au lieu de se perdre en accusations ridicules contre les meilleurs patriotes et de souiSer leurs haines à tous les coins de la France. Jean-Bon Saint- André déclara qu'en présence de l'audace toujours croissante de l'aristocratie, il fallait avoir recours aux lois de la guerre, faire tomber toute tête qui s'opposerait à l'établissement de la liberté et renfermer toutes les personnes suspectes. On applaudissait, quand Lanjuinais demanda à parler sur la gêné* raie dont on entendait le bruit sourd et monotone. L'àpre Girondin avait des formes trop provocatrices pour ne pas soulever un orage; il le souleva en effet, et terrible. Corame il prétendait que Paris était opprimé par des tyrans avides de sang et de domination, A bas I à bas! lui criait-on. Legendre fut même accusé d'avoir voulu l'arracher de la tribune, autour de laquelle se pressaient Drouet, Robespierre jeune, Jullien et quelques autres représentants ^ Lanjuinais put achever cependant, et ce modéré demanda, en terminant, qu'on mît hors la loi ceux qui s'arrogeraient
1. Le Girondin Lanjuinais, devenu pair de France après avoir passé par le sénat impérial, a raconté, dans un fragment publié sous la Restauration; que Legendre lui ayant crié : Descends , ou je t^assomme, il lui avait répondu: Fat* (T abord décréter que je suis bcmf. Legendre était boucher. Quelques écrivains ont eu tort d'attribuer à cette saillie, évidemment arrangée après coup, une valeur historique. Il n'y en a trace dans aucune feuille du temps ; et c'est là une légende que Thistoire ne saurait accepter sur l'autorité plus que contestable du comte Lanjuinais.